Paris Match Belgique

La première victime de Roman Polanski réagit aux accusations de Valentine Monnier

Roman Polanski au festival de Deauville

Roman Polanski. | © Lou BENOIST / AFP

People et royauté

Après de nouvelles accusations de viol contre Roman Polanski, Samantha Geimer, abusée à 13 ans par le cinéaste franco-polonais, a pris la parole sur Twitter, regrettant ne pas avoir reçu de soutien public à l’époque où elle et sa mère tentaient de le faire condamner.

L’affaire Polanski rebondit à nouveau. Une sixième femme, la photographe française Valentine Monnier, accuse le réalisateur franco-polonais de violences sexuelles. Dans son témoignage au Parisien, cette dernière raconte comment le cinéaste déjà condamné pour rapport sexuel illégal avec une mineure l’aurait brutalement violée en 1975 en Suisse alors qu’elle avait 18 ans. « Ce fut d’une extrême violence, après une descente de ski, dans son chalet, à Gstaad (Suisse). Il me frappa, roua de coups jusqu’à ma reddition puis me viola en me faisant subir toutes les vicissitudes », a témoigné Valentine Monnier qui n’a jamais porté plainte au sujet de cette agression désormais prescrite par la loi.

Lire aussi > Une Française accuse Roman Polanski de l’avoir violée

Sur Twitter, la première victime de Polanski Samantha Geimer a réagi à ces accusations, regrettant ne pas avoir reçu de soutien public à l’époque où elle et sa mère tentaient de faire condamner le cinéaste qui avaient fui les États-Unis. « Sous le feu des critiques pour ne pas soutenir davantage les accusatrices qui utilisent des dates de sortie de film pour programmer leurs révélations avec la presse et sont restées assises en silence alors que je me faisais traiter de menteuse, pute et chercheuse d’or en 1977, sachant qu’elles auraient peut-être pu empêcher cela, si elles avaient eu la vérité et le courage de ma mère », écrit-elle, très remontée, sur Twitter. « Ce n’est pas à moi de décider de la vérité ou du mobile des autres. Rien de tout cela ne nie la faute du juge et la corruption qui perdure à ce jour dans mon cas, en raison de la célébrité de Roman [Polanski] et de l’obsession pour la célébrité du système de justice de Los Angeles. J’ai toujours besoin de soutien à cause de cela », poursuit-elle, en réponse à un tweet de l’actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy, qui a porté plainte pour viol contre Luc Besson en 2018. « Laisse nous te donner ce soutien, mais s’il te plait n’abandonne pas les autres femmes qui osent prendre la parole », lui a-t-elle rétorqué.

Retour sur l’affaire Polanski

Depuis 1977, Samantha Geimer ne lâche rien. Le 10 mars de cette année, sa mère Susan Gailey avait déposé plainte contre Roman Polanski alors que sa fille était âgée de 13 ans. Le lendemain, le cinéaste était arrêté et incuplé pour six motifs : avoir fourni une substance prohibée à une mineure, s’être livré à des actes licencieux et de débauche, s’être rendu coupable de relations sexuelles illicites, de perversion, de sodomie et de viol. Après une négociation entre les différentes parties pour éviter un procès public, un seul chef d’accusation fut retenu à son encontre : les rapports sexuels illégaux avec une mineure. Roman Polanski plaida coupable. Condamné à 90 jours de prison, il avait été libéré après 42 jours. Mais le juge avait ensuite estimé la sentence insuffisante. Apprenant qu’il risquait la peine maximum, le réalisateur s’envola pour la France. Il ne remettra plus jamais les pieds aux États-Unis, où il fait l’objet depuis d’un mandat d’arrêt.

Dans son autobiographie La fille. Ma vie dans l’ombre de Roman Polanski sortie en 2013, Samantha Geimer est revenue sur les circonstances de ce viol, dédouanant Polanski de mauvaise intention : « Il ne voulait pas me faire du mal. C’est le sentiment que j’avais. Mais il ne comprenait pas que c’était complément déplacé, que j’étais trop jeune. » Pour Iris Brey, spécialiste de la représentation du genre au cinéma, cette réaction est particulièrement symptomatique de la culture du viol. « Samantha Geimer disait qu’elle ne savait pas que c’était un viol, parce que ce qu’il s’était passé avec Polanski s’était passé sans violences et que dans son imaginaire, un viol c’était forcément un homme que l’on ne connaissait pas, qui nous attaque brutalement », raconte l’universitaire sur le plateau de Mediapart. « Pourquoi a-t-elle cette image-là ? Parce que toutes les images qui nous entourent nous renvoient à cette culture du viol, qui minimise les faits et qui surtout est basée sur de faux stéréotypes puisque le viol est commis, la plupart du temps, par des hommes que l’on connait. »

Lire aussi > « C’est pas bien, mais… » : quand Emma met la culture du viol en dessin

Six accusatrices à ce jour

Dans ce même entretien, Iris Brey rappelle que les témoignages contre Roman Polanski sont nombreux et détaillés, même si le cinéaste continue de nier toutes ces allégations. Sur Twitter, Samantha Geimer a cité les victimes ayant osé prendre la parole. Mai 2010, la comédienne britannique Charlotte Lewis accuse Polanski de l’avoir violée en 1984, alors qu’elle avait 16 ans. Sept ans plus tard, trois nouvelles accusatrices se manifestent. En août, « Robin » accuse le réalisateur de l’avoir agressée sexuellement en 1973. Elle avait également 16 ans. En septembre, Renate Langer, une ancienne actrice, dépose plainte pour viol, affirmant avoir été agressée en 1972 à Gstaad alors qu’elle avait 15 ans. En octobre, l’artiste américaine Marianne Barnard l’accuse aussi de l’avoir agressée en 1975, alors qu’elle était âgée 10 ans. Valentine Monnier est la dernière de cette liste, qui pourrait s’allonger selon Samantha Geimer.

Le soutien d’Adèle Haenel

Après avoir osé prendre la parole, la photographe française a reçu le soutien de l’actrice Adèle Haenel. « Je soutiens entièrement la démarche de Valentine Monnier et je sors bouleversée de la lecture de son témoignage. Je la crois. Sa démarche suscite d’autant plus d’admiration que son agresseur est puissant », a déclaré l’actrice française qui accuse elle-même le réalisateur Christophe Ruggia, aujourd’hui moins célèbre qu’elle, d’attouchements et de harcèlement sexuel alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans, dans une enquête publiée le 3 novembre par Mediapart. Si le cinéma français a salué le témoignage d’Adèle Haenel, il se tait lorsqu’il s’agit d’un accusé plus puissant et plus connu, comme Roman Polanski.

CIM Internet