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Delphine Boël : « Je ne peux pas laisser cette situation hypothéquer l’avenir de mes enfants »

Delphine Boël, son partenaire Jim O'Hare et leurs enfants Joséphine et Oscar à l'expo Strokar Inside à Ixelles. Un événement street art proposé par l'International Urban Arts Platform. ©Ronald Dersin

People et royauté

En constatant que son fils de 11 ans figure sur une liste noire bancaire en tant que «Politically exposed person », classé « haut risque », Delphine voit rouge. Après un silence médiatique de trois ans, elle revient, en exclusivité pour Paris Match, sur les effets collatéraux de la quête d’identité qu’elle mène pour elle et sa progéniture. Et sur son ressenti à ce stade du combat. Une démarche qui s’impose mais devrait en réalité, souligne-t-elle, relever du passé. « Chacun devrait avoir le droit aujourd’hui de savoir qui est son père.»

«Nous avons découvert, il y a quelque temps, que notre fils était classé PEP (politically exposed person).» Cette constatation, Delphine Boël et son mari, Jim O’Hare, la font accidentellement. Ils sont au siège de leur banque belge et décident d’ouvrir un simple compte bancaire pour Oscar O’Hare, leur fils de 11 ans. «Notre intention », explique Delphine, «était de lui apprendre à gérer de manière responsable ses 11 euros d’argent de poche mensuel. On ne parle pas ici de haute finance… Le banquier, ne pouvant épeler un renseignement, se tourne vers nous. Et là, nous voyons l’écran de la banque où figure la mention PEP, accompagnée de la mention “high risk”.»

Cette note, qui classe un client dans la catégorie « risqué », Delphine en souffre depuis quelques années. Son statut de PEP, elle en prend conscience malgré elle le 6 janvier 2012. Ce jour-là, la Royal Bank of Scotland (RBS), où elle a ses habitudes, lui adresse, de même qu’à sa mère, Sybille de Selys Longchamps, un courrier peu amène. La banque, se basant sur son profil secret de PEP, entame une procédure agressive pour clôturer ses comptes. «Ils n’ont toléré aucune discussion», nous dit-elle. «Or, ces comptes étaient parfaitement en ordre et dûment approvisionnés de sources connues depuis plus de vingt ans. J’étais une cliente honnête. Parfaitement réglo. Je n’avais rien d’une hors-la-loi ni d’une experte en blanchiment. La banque m’indique alors qu’elle ne peut me garder comme cliente, que si elle le fait elle s’exposerait à de grosses amendes. Le même jour, ma mère recevait un avertissement identique de la RBS. Ses comptes étaient également sains et en ordre depuis longtemps. Nous avons été expulsées comme de vulgaires criminelles ou terroristes.»

Wikipedia and co pour nourrir des fichiers

Le PEP est un type de statut émis notamment par l’entreprise internationale World-Check, qui a fait de la «protection contre le crime financier» son business. Son slogan : «Reducing risk through intelligence» (réduire les risques grâce au renseignement). En l’occurrence, il s’agit de renseignements censés être à l’origine publics, basés souvent sur des recherches Google, des extraits de journaux ou des bases de données payantes. Les articles de presse sont mentionnés sur un document prévu pour diffusion interne seulement. Sur une brochure destinée à ses clients, World-Check décrit ainsi ses avantages : «(Nous) vous aidons en permettant de mieux comprendre qui sont vos clients, à comprendre la nature de menaces cachées, à révéler des liens entre des individus et certaines entités, à mettre en lumière des cas qui demandent des examens complémentaires.»

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Dans les rapports PEP créés par la firme et obtenus par Delphine, les mentions suivantes figurent dans sa propre section « identification » : « Albert II Van Saksen Coberg Gotha (PEP) (alleged father) » – père présumé. « Sybille de Selys-Longchamps (mother). Mother of two children » – mère de deux enfants. Dans le rapport portant sur la mère de Delphine, il est écrit : « Albert II Van Saksen Coburg Gotha (PEP) (former partner) » précédent partenaire – et « Delphine Boel (daughter)». Le rapport dit aussi, en parlant de Sybille de Selys Longchamps: « Belgian aristocrate and baroness. Mother of Delphine Boel, illegitimate daughter of King Albert II » (aristocrate belge et baronne. Mère de Delphine Boël, fille illégitime du roi Albert II).

«Ce classement « à haut risque  » de mon fils Oscar, 11 ans et la réaction des Allemands par rapport à ce récit m’a rappelé à quel point que nous vivons est pénible, révoltant. Je dois protéger mes enfants.» Delphine et sa famille à l’expo Strokar Inside. ©Ronald Dersin
Ces fichiers secrets portent également les mentions légales suivantes : «Il vous est strictement interdit de montrer ou copier les contenus de ces documents à des tiers, sauf aux agences de régulation (…)». Seuls donc les clients de World-Check comme les banques ont un accès direct à ces rapports personnels. Delphine et sa mère, Sybille, n’auraient jamais dû en connaître l’existence.
En se basant sur des sources premières telles que Wikipédia et des textes publiés dans des médias, fiables ou non, rédigés en anglais et remontant à 1999, le système a ainsi catalogué Delphine comme la fille « présumée » et « illégitime » d’Albert. «Je suis malheureusement considérée comme une PEP “sale” uniquement en raison de cette qualification», précise cette dernière, qui souligne a contrario les avantages qu’il y a à être catalogué “PEP” au sens noble du terme. «Je présume qu’Albert est quant à lui un PEP “propre” grâce aux vertus de son statut et sa réputation de responsable public honorable.»

Cette alerte initiale, à travers le courrier initial de la Royal Bank of Scotland, ébranle également les proches de Delphine. La prise de conscience d’un fichage leur apparaît d’autant plus injuste que ce classement est lié à une quête d’identité. La découverte récente de l’étiquetage PEP accolé au dossier de son fils Oscar provoque un nouveau traumatisme familial.

« Je ne suis pas une criminelle »

Une journaliste de Die Welt, l’un des grands quotidiens allemands, contacte Delphine pour le suivi d’une interview qu’elle lui avait accordée en 2017. Delphine lui signale qu’elle vient d’apprendre qu’Oscar fait l’objet, lui aussi, d’un classement de PEP à « haut risque ». Die Welt relaie l’info en grosses lettres. « Mon cas est compliqué mais je ne suis pas une criminelle », titre le journal en citant Delphine.
Les Allemands sont « choqués », relate celle-ci. « Ils voient ce classement PEP comme totalement barbare. » Delphine reçoit de nombreux messages qui s’expriment dans ce sens. « Cette réaction des Allemands m’a rappelé à quel point ce que nous vivons est pénible, révoltant. Je dois protéger mes enfants. »
Le sujet est repris largement, avec un bonheur variable, par une série de médias. Des erreurs sont commises dans l’interprétation des faits. Certains en détournent l’impact, prétendent par exemple qu’on a refusé l’ouverture d’un compte au fils de Delphine. Ce n’est pas le cas, puisqu’il est question en l’espèce d’une banque belge qui connaît la bonne réputation de sa famille. Mais une telle interdiction pourrait se produire, insiste-t-elle, dans d’autres pays. Ailleurs, ses enfants seront contraints de démontrer leur respectabilité, se retrouveront confrontés à la procédure de quête d’identité que leur mère a engagée.

Le nom de mes enfants va-t-il être accompagné pour toujours de ces mentions nocives ? C’est simplement inacceptable.

« En réalité, nous avons la chance d’avoir d’excellentes relations avec notre banque en Belgique. Chaque année, celle-ci doit répondre aux questions d’un comité et apporte toutes les garanties nécessaires quant à notre fiabilité et réputation. Mais si c’était ailleurs, je n’ose imaginer… Si mes enfants souhaitent s’installer dans un autre pays, ils vont devoir se plier aux desiderata d’institutions pour lesquelles ils seront des inconnus − qu’il s’agisse d’ouvrir un compte, de faire un emprunt pour poursuivre des études ou d’acheter une petite voiture, par exemple. Même dans un pays européen, ce statut de PEP entraînera des vérifications à tout le moins fastidieuses. Et, potentiellement, des interdictions d’ouvrir un compte. Leur nom va-t-il être accompagné pour toujours de ces mentions nocives ? C’est simplement inacceptable. »

« Régler cette question de mon vivant »

Delphine visualise son fils devenu adolescent, ensuite adulte, l’imagine catalogué ad vitam peut-être en tant que « dirty PEP », avec cette fameuse réputation de haut risque. « Quand on est ministre ou souverain, ce n’est pas grave. D’ailleurs, ceux-ci bénéficient quand ils sont “clean” d’une mention favorable, ce sont de “bons PEP”. Mais dans la vraie vie, lorsqu’on est catalogué “dirty PEP”, c’est une autre affaire. Le temps passe vite, tout peut arriver. Mes enfants grandissent. Il faut que je m’occupe d’eux avant qu’il ne soit trop tard. Comme tout être humain, je pourrais disparaître à tout moment. Je ne veux pas et ne peux pas leur laisser ce bagage.»

Delphine met un point d’honneur donc à « régler cette question » de son vivant. Et revient sur ce combat qui est le sien. Qu’elle justifie aussi par une obligation de contrer les déformations médiatiques, cette façon automatique de combler parfois l’absence de parole. Le fait de ne pas s’exprimer, dit-elle, laisse libre cours aux interprétations les plus farfelues. Elle dénonce une forme d’appel du vide et signale aussi qu’elle entend continuer à porter haut ses valeurs. « Je ne me suis plus exprimée depuis des années mais ici, si je ne le fais pas, des choses fausses seront écrites. Je n’ai pas parlé plus tôt parce que je suis trop respectueuse des lois. J’ai essayé de ne pas faire de bruit, je n’ai pas clamé mon désarroi. Je suis restée très calme. Mais quand ça touche vos proches, vos enfants en particulier, tout prend une autre dimension. Mettre la tête dans le sable ne va pas aider. Ce n’est simplement pas possible. Ce qui se passe est, je le répète, inadmissible.»

Je pourrais disparaître avant même la prochaine étape, qui est la cassation. Ou la suivante, quelle qu’elle soit. Je ne peux pas me permettre de laisser mes enfants être classés “risque élevé” sur des formulaires, même bancaires.

Par ailleurs, dit-elle en substance, ces mentions pourraient évoluer avec le temps. La gestion des données privées est une vaste nébuleuse aujourd’hui déjà. Quels contours aura-t-elle demain ? «Ça pourrait dégénérer encore, qui sait ce que ce type de statut deviendra pour les générations suivantes ? Je ne peux pas laisser cette situation hypothéquer l’avenir de mes enfants. Je veux croire que leur nom, comme le mien, peut être “lavé”. Et ils sont à mes yeux une évidente priorité. Nous sommes toujours dans une procédure juridique, je pourrais disparaître avant même la prochaine étape, qui est la cassation. Ou la suivante, quelle qu’elle soit. Je ne peux pas me permettre de les laisser être classés “risque élevé” sur des formulaires, même bancaires. Je ne peux me permettre de laisser cette situation pourrir leur avenir.»

Le « blanchiment » des données se heurte à l’opacité du système

Il y a quelques années déjà, via ses conseils, Delphine a contacté Thomson Reuters, qui détient un pourcentage de la compagnie World-Check. « World-Check a proposé de retirer mon nom de sa liste PEP si je signais un document qui signifiait clairement que je n’avais absolument aucune connexion à Albert et que les infos figurant sur Wikipédia et autres sources publiques n’étaient que des ragots. J’ai refusé de me plier à leur jeu et de faire cette déclaration mensongère. Les problèmes ont continué à surgir. L’abdication du roi Albert en juillet 2013 n’a ni modifié ni effacé mon statut de “dirty” PEP. Ce n’est qu’un exemple des discriminations que je dois endurer et affronter dans la vraie vie. Tout cela crée un bad buzz associé à ma personne, à mes enfants. C’est ce qui a tant heurté les lecteurs allemands. Ce sont des obstacles réels et non de simples questions de perception, contrairement à ce que certains ont laissé entendre. »

Novembre 2019. Un dimanche en famille dans Bruxelles. ©Ronald Dersin
L’ambition de faire disparaître ces données, de les « blanchir », dans le sens noble du terme ici, se heurte pour l’heure à l’opacité du système PEP. « J’ai des amis qui travaillent dans la gestion de fortune pour des banques. Ils nous ont confirmé que c’était l’enfer pour “nettoyer” la réputation des “dirty” PEP. En revanche, ils disent aussi que pour les “bons” PEP, ceux qui ont un score de non-risque en quelque sorte, comme Albert, pour ceux-là, être classé PEP est considéré comme un avantage.»

« Ne me rappelle jamais »

Delphine reparle de cet ultime échange téléphonique qu’elle a eu avec le roi Albert en 2001. La conversation, qui n’en fut pas une, dit-elle, se résumait à cette phrase lapidaire : « Tu n’es pas ma fille. » Un quotidien américain réputé donne, au printemps dernier, quelques infos que Delphine conteste – le fait qu’elle ait eu une « discussion » avec le Souverain avant que celui-ci ne lance les mots fatidiques. « En réalité, il n’y a pas eu de discussion. Il ne m’a donné aucun argument… Ce coup de fil date de 2001. Je suis pour ma part listée comme “PEP” depuis 2002. J’ai remarqué que, depuis ce dernier échange téléphonique, tout s’est effondré. Et les intermédiaires qui ont été à la manoeuvre n’ont fait que causer ou renforcer ce chaos. Jusqu’à mes 33 ans, lui et moi avions pu communiquer. Tout était calme, apaisé. Même après 1999 et les révélations du livre (la biographie de Paola par Mario Danneels, NDLR), nous communiquions encore. Ensuite, il y a eu cet appel, lorsqu’il a crié : “Tu n’es pas ma fille”. C’était très dur. S’il m’avait dit, par exemple, “Je ne peux pas résoudre ce problème maintenant, ou te parler maintenant”, je l’aurais respecté. Il est mon père et je ne lui voulais aucun mal, bien sûr. D’ailleurs, son conseil, il y a des années, m’avait dit ceci : “Mon client ne vous veut pas de mal.” J’avais littéralement bu ses paroles, cela m’avait portée pendant longtemps. Jusqu’au jour où j’ai commencé à me heurter à un mur lorsque certains organisateurs d’événements pour lesquels j’étais pressentie en tant qu’artiste ont soudain rejeté ma participation. En gros, celle-ci embarrassait Albert et son entourage. Je l’ai lu sur un document officiel. »

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Tout le monde devrait avoir le droit de savoir qui est son père. C’est la seule raison pour laquelle j’ai entamé cette procédure en justice. Etre la fille illégitime d’Albert m’a causé de nombreux problèmes.

Le manque de communication, admet-elle, a contribué à détériorer le lien. « En regardant la situation avec du recul, je me rends compte que oui, c’est vrai, la communication est au coeur de tout. Nous aurions pu continuer à nous parler, même en secret si cela s’imposait. Tous nos échanges auraient pu être strictement privés. Il avait une autre vie, d’autres enfants… C’est la vie et je l’aurais compris. Mais j’aurais aimé être traitée avec intelligence et respect. Albert et moi avions une relation qui n’était pas ordinaire. Pendant trente-trois ans, il a agi comme un père. De cette relation discrète mais satisfaisante, nous sommes passés à une absence totale de communication. Comme je vous l’ai déjà dit, je ne cherche plus un père. Je veux juste que cette situation soit réglée. D’une part, je ne suis pas une criminelle, je le redis. D’autre part, j’ai droit, comme chacun, à mon identité.»
Delphine fait une parenthèse, rappelle que la date de cassation demandée par Albert n’est pas encore connue, qu’entre-temps « l’ADN est au frigo », une situation qu’elle qualifie par ailleurs de « surréaliste», «du jamais vu ».

Delphine à l’expo de street art de Strokar Inside. Son tempérament d’artiste la porte. ©Ronald Dersin

En voyant son fils exposé, labellisé comme elle, elle a vu, « en un flash », tout ce que ces inconvénients de ce qu’elle nomme encore « la vraie vie » peuvent représenter comme héritage. « Désolée les amis, mais quand votre enfant est étiqueté “haut risque”, il y a un problème ! Tout le monde devrait avoir le droit de savoir qui est son père. C’est la seule raison pour laquelle j’ai entamé cette procédure en justice. Etre la fille illégitime d’Albert m’a causé de nombreux problèmes. Ceux-ci ne sont pas résolus.»

« Je ne crois pas aux vertus du silence »

« La seule raison pour laquelle ma mère et moi avons été classées comme “dirty PEP”», rappelle Delphine, « est, de fait, notre association présumée avec le roi Albert. Une relation de dix-huit ans entre Albert, ma mère et un enfant sont plus qu’une “deuxième famille”. Nous sommes convaincus qu’une procédure transparente, une reconnaissance de paternité devrait me protéger, ainsi que ma famille, en première ligne. Quelqu’un a le pouvoir de régler ce problème si c’est une priorité pour lui. A moins que ces questions de données ne soient trop importantes, trop écrasantes pour être manipulées et maîtrisées par des individus belges, quelles que soient leur notoriété, réputation ou statut social ? Je ne crois pas aux vertus du silence. »
Delphine perçoit ces vexations comme des atteintes à son intégrité. C’est à la fois son identité professionnelle et personnelle, nous a-t-elle souvent rappelé, qui sont mises en cause. Cette quête à ses yeux n’a rien de léger. « Encore une fois, je n’ai pas provoqué ces problèmes auxquels je dois faire face. Je recherche une identité, un ancrage. Je ne me pose pas la question de savoir si Albert m’aime ou ne m’aime pas, ce serait ridicule à ce stade. Je sais aussi qu’il a perdu sa mère très jeune et que ces blessures laissent des traces à vie. Mais je ne suis plus une enfant et, au fil du temps, je me suis habituée à ne plus le voir. J’ai surtout besoin de justice. Je crois que quel que soit votre âge ou votre position dans la vie, vous avez des devoirs. Plus votre poste est élevé, plus vous devez être exemplaire.»

Je mène ce combat aujourd’hui pour que mes enfants n’aient pas, à l’avenir, à gérer ce gâchis pathétique.

Elle enchaîne sur les sphères parallèles dans lesquelles chacun évolue. «Albert, le roi, a une énorme influence sur ma vie privée. J’espère que l’homme va se redresser et endosser la responsabilité qui lui revient par nature. Etre la fille d’Albert II a rendu ma vie très compliquée et a créé des problèmes politiques. Les personnes nées de parents politiques sont épaulées,elles ont des “bodyguards”, des conseillers. Moi, je n’ai pas été soutenue. J’ai le droit d’obtenir justice, pour moi-même et pour mes enfants. Je suis déterminée à ôter les stigmates de “présumée” et “illégitime” qui sont associés à mon nom en fournissant à Albert un cadre légal permanent dans lequel il peut agir ouvertement et de façon responsable pour me protéger ainsi que ma famille. »
Après les essais infructueux de rapprochement et de « clarification» de sa situation auprès du Palais, Delphine estime que « reposer sur les décisions des tribunaux civils est, aujourd’hui, la façon la plus responsable et la plus civilisée de résoudre ces problèmes. Je mène ce combat aujourd’hui pour que mes enfants n’aient pas, à l’avenir, à gérer ce gâchis pathétique. Et qu’ils n’aient jamais le moindre doute ou questionnement sur leur propre identité.»

La guerre en recours ultime

« Je n’aime pas la guerre », précise-t-elle par ailleurs. « Je pense qu’il faut toujours pouvoir l’éviter à tout prix. Mais j’ai appris que certaines choses, certaines valeurs, ne pouvaient nous être prises. Et qu’il fallait lutter pour ne pas s’en laisser déposséder.» Parmi ces valeurs, il y a donc en première ligne l’identité. Ce terme qui ne tolère guère de synonyme ni d’approximation demeure l’un des leitmotivs du combat de la « fille présumée du Roi ».
Delphine signale encore qu’avant d’introduire son action en justice, en juin 2013, elle a soigneusement et méthodiquement pesé les enjeux de la démarche. « J’ai pris le temps d’une réflexion au calme et tenté de régler, au cas par cas, les différents problèmes que cette situation a engendrés pour moi en Belgique et ailleurs, car l’information, de nos jours, est globale. Des mots-clés, comme “présumée”, “fille illégitime” et “roi”, sont des signaux rouges manifestes lorsqu’ils sont réunis en un rapport. Sur combien d’autres “watchlists” peut-on retrouver mon nom simplement parce qu’Albert est roi et que je suis sa fille présumée ? Quelles seront les conséquences à venir pour moi et ma famille ?»

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