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Christine and the Queens : « Je suis une don Juan »

Christine and the Queens en concert

"Etre née jeune fille blanche queer dans la société française fait que mon corps est déjà inscrit dans un rapport de force." | © Belga Images / Valerie Macon

People et royauté

Notre grand témoin musical de la décennie 2010-2020 est devenue une star de la chanson mais aussi une icône de la nouvelle approche des sexualités et du genre. 

Dès 2013, je suis l’une des seules à dire que je suis pansexuelle. Au moment de la sortie de Chaleur humaine, il y a même des gens qui m’ont demandé si c’était un vrai mot !

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La déconstruction du genre – concept que je n’ai pas inventé et qui appartient à Judith Butler –, je suis l’une des premières à en avoir parlé dans la variété. Dans les séances photo, on me demandait souvent des trucs très girly à l’ancienne et je me retrouvais à expliquer pourquoi je ne le ferais pas.

Avec le succès, j’ai reçu des messages qui me disaient : « Merci d’exister différemment. »

J’ai voulu avoir une parole libre parce que mon projet portait notamment autour du concept de libération de la jeune fille. Je ne crois pas à un art qui délivre un message. Mais je suis convaincue que tout est politique. Etre née jeune fille blanche queer dans la société française fait que mon corps est déjà inscrit dans un rapport de force. Alors j’écris des chansons avec celle que je suis. Forcément différentes de celles de Kendrick Lamar.

Avec le succès, j’ai reçu des messages qui me disaient : « Merci d’exister différemment. » Ce succès est troublant, épuisant et souvent galvanisant, dans certains Zéniths les gens chantent mes chansons. Cette dépossession est jouissive : ma voix ne compte même plus et elle ouvre des questionnements, je suis devenue un cheval de Troie. Christine est devenu synonyme d’audace, c’est un prénom sur la libération.

Tout cela m’a rendue encore plus bravache. La reconnaissance de mon travail m’a donné l’espoir, mais a aussi créé de nouvelles impasses dans ma vie intime. Personne n’ose me toucher, je suis devenue incandescente.

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Dans mon deuxième album, j’ai eu envie de questionner le tabou qu’est la sexualité active d’une femme. D’être celle qui revendique une sexualité conquérante que l’on attribue classiquement à un homme. Je suis une don Juan, celle qui vient demander, qui dit qu’elle a faim de sexe. Alors la moitié de la France s’est demandé si je transitionnais, c’était quand même assez irrespectueux…

Parce que j’ai les cheveux courts, je deviens un homme ? Est-ce qu’on se posait la question quand Mylène Farmer portait les cheveux courts dans le clip de Libertine ? Les imaginaires collectifs sont lents à bouger. Même s’il y a des forces incroyables en ce moment. Aujourd’hui j’ai 31 ans. Je vois que les gens de 15-16 ans sont bien plus prêts à parler de ces questions. Alors je crois en la jeunesse !

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