Paris Match Belgique

JCVD : « J’ai beau jouer les gros bras au cinéma, j’ai le cœur qui chavire quand je pense à ma Belgique »

Los Angeles, février 2020. Jean-Claude Van Damme se prépare pour « The Tower », un grand film d’action qu’il s’apprête à réaliser avec de nombreux vrais champions. | © DR

People et royauté

L’équipe de « C’est du Belge », sur la RTBF, en rêvait pour son quinzième anniversaire : avoir Jean-Claude Van Damme comme parrain et retrouver « les Muscles de Bruxelles » à Los Angeles. Pour fêter les quinze ans de son partenariat avec « C’est du Belge », Paris Match Belgique a donc mis les petits plats dans les grands. Direction Hollywood, où JCVD nous attendait pour un reportage exclusif en télévision et dans les pages qui suivent. Forcément musclé.

 

Entretien Marc Duvinage

Paris Match. Est-il touchant de voir des caméras de la RTBF débarquer à Los Angeles, c’est-à-dire de voir la Belgique venir chez vous alors que vous avez quitté le pays voilà trente-huit ans pour tenter votre chance ? N’est-ce pas une forme de consécration ?
Jean-Claude Van Damme. Je ressens effectivement beaucoup de joie. Mais pas pour moi, pour mon pays, et parce que l’émission met en valeur les jeunes talents belges comme les talents confirmés. Le plus important est l’image que les Américains ont de la Belgique : un petit pays où il fait bon vivre, où des gens de toutes nationalités et de toutes confessions religieuses se côtoient, où la mixité culturelle est d’une richesse unique au monde. C’est pourquoi, quand on m’a surnommé « les Muscles de Bruxelles », j’étais aux anges : ma ville devenait célèbre, et pas seulement pour être la capitale du Vieux Continent. Il est temps qu’on se rende compte du bonheur que c’est d’être belge ! C’est souvent à cela que je pense quand, en hiver, je viens me ressourcer avec mes chiens à la mer du Nord, chez mes parents ; que je suis seul sur la plage de Knokke à admirer les vagues déchaînées, avec un ciel aussi gris que celui de Brel. C’est encore plus beau qu’à Malibu, même si le soleil y fait la différence. Alors, quand une équipe belge sonne à ma porte, c’est beaucoup de fierté et de nostalgie. En plus, ces journalistes travaillent pour une émission qui porte bien son nom : « C’est du Belge » ! Ils sont venus me voir pour me demander d’être le parrain de l’émission qui célèbre leur quinzième anniversaire. Ça tombe bien, j’adore le film du même nom de Francis Ford Coppola ! (Rires)

Vous avez invité l’équipe chez « Gold Gym », une salle de sport mythique de Californie.
Oui, puisque mon médicament vitaminé à moi, c’est le sport. Je m’y adonne deux heures par jour. Parfois même davantage quand mon fils Nicholas est présent (NDLR : on voit d’ailleurs ce grand talent de la peinture dans le reportage de « C’est du Belge »), uniquement pour lui montrer que son père est toujours en forme ! (Rires)

Etes-vous nostalgique de votre période belge ?
Forcément, ça me replonge dans des souvenirs familiaux et d’adolescent. J’ai beau jouer les gros bras au cinéma, j’ai le cœur qui chavire quand je pense à ma Belgique. J’ai souvent la gorge serrée quand je suis loin de mes parents, qui ont tout fait pour moi et sont des êtres exceptionnels. On ne voit jamais assez ses parents, on ne dit jamais assez « Je t’aime » à sa maman. Papa, si tu me lis, c’est pour toi également ! Je dois tout à mes parents. Ils m’ont laissé partir à la conquête de mon rêve alors qu’ils savaient que j’avais peu de chances de réussir. Mais plutôt que de montrer leur angoisse, ils m’ont dit : « Il y aura toujours ici un lit pour toi. » Quel beau cadeau ! Ma vraie « dream team », c’est ma famille. A la réflexion, j’ai parfois l’impression d’avoir toujours été un peu nostalgique de mon pays. Surtout parce que le temps passe vite. De plus en plus vite ! Et donc, les images de l’enfance passent par la mémoire avec beaucoup d’émotion.

Au point d’avoir le blues par moment ?
Oui, ça m’arrive. Comme je l’ai expliqué, des images me reviennent régulièrement. Je n’en souffre pas, mais la nostalgie est présente. Des moments de jeunesse passée à Ixelles. Mes souffrances en salle de sport. De ma vie à Bruxelles, il me reste beaucoup de bons souvenirs. Après, ma carrière a pris un tournant mondial. Aujourd’hui, je deviens plus casanier. J’adore vivre à Los Angeles, dans ma maison située dans les collines. Je suis bien chez moi lorsque je ne tourne pas. J’essaie de profiter pleinement des miens. Lorsque nous sommes ensemble, il est impossible de nous séparer. Mes enfants et mon épouse sont ma source de bonheur.

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Venice. Arrivée avec son fils Nicholas (24 ans) à la salle de sport « Gold Gym » de Californie, un club mythique où s’entraînent les plus grands champions. ©DR

La télévision est un média que vous acceptez pourtant à doses homéopathiques. Elle vous a souvent joué des tours. Vous vous méfiez encore d’elle aujourd’hui ?
Oui, puisqu’au montage, certains font ce qu’ils veulent de votre image. Vous pouvez passer pour un mec intelligent ou pour le plus idiot des hommes. Vous êtes à la merci de la personne qui monte votre film, le documentaire ou l’interview. Et puis, il y a une période où toutes les stars américaines qui arrivaient en Europe devaient être tournées en dérision. Tous les coups était permis. Pourquoi ? Par jalousie, peut-être ? Plutôt l’envie de faire du buzz ? Depuis des années, les Français luttent contre le cinéma américain, qui recueille tous les spectateurs. Mais il est impossible de rivaliser avec les Américains ! L’industrie made in USA est mondiale. Moi, j’ai cette chance de tourner aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Et j’ajoute que j’adore les films français.

Avec les Magritte du cinéma belge, vous avez réussi à faire le buzz tout récemment à Bruxelles. Vos capsules vidéo étaient un bonheur. Les Belges présents dans la salle ne l’oublieront pas de sitôt.
Oui, j’en ai entendu parler. L’idée de Marie-Pierre Dinsart était vraiment sympa. Je me suis marré à enregistrer ces capsules en les mettant à la sauce Van Damme, c’est-à-dire avec beaucoup d’humour. En fait, c’est peut-être cela qui manque à beaucoup et à notre monde de nos jours : savoir ne pas se prendre au sérieux. Cette façon de faire correspond bien à notre autodérision, humour et univers belges.

D’où vient votre sens de l’humour ? On le voit également dans le reportage de « C’est du Belge », quand vous proposez de déplacer votre voiture à la force de votre mâchoire…
(Il rit encore) Je tiens cela de mon pays. C’est notre force en Belgique. Nous avons tous quelque chose en nous d’humoristique. Une force que beaucoup de monde nous envie. Mon père a toujours eu un humour très posé, avec beaucoup de finesse. Il est brillant d’intelligence. Ma mère fait sans cesse des blagues, comme ma sœur. Chez les Van Damme, l’humour fait partie de notre quotidien.

Une soirée belge réussie pour vous, c’est…
Etre avec mes parents, ma famille, dans un bon restaurant. Voir mes amis fidèles, qui sont toujours restés avec moi durant ses nombreuses années. Dans mes hauts comme dans mes bas.

Vous n’avez jamais eu cette envie de retourner en Belgique ?
Parfois, l’idée m’a traversé l’esprit. Mais c’est juste impossible. J’adore vivre à Hong Kong et à Los Angeles. Mes enfants ont grandi dans ces deux pays. Ils y ont leurs amis, leurs habitudes et leurs repères. Ceci dit, je reviens souvent en Belgique. Deux à trois fois par an.

Vous fêterez le 18 octobre prochain vos 60 ans. Un cap difficile pour vous ?
Je ne suis pas à bout de souffle… Je vous dis cela pour faire référence à un ami que j’adore : Jean-Paul Belmondo ! On s’appelle parfois, ce qui amène des surprises en raison du décalage horaire. C’est lui qui m’apprend ce qu’est la jeunesse éternelle. Pour moi, avoir 60 ans n’est qu’un chiffre, même si je suis conscient d’avoir vieilli. Rassurez-vous, j’ai bloqué le compteur à 50. Ensuite, on n’est pas vieux à 60 ans : on devient juste un homme d’âge mûr. J’ajouterai enfin que c’est aussi un âge où les rides font partie du voyage, comme les bobos du corps. Maintenant, je trouve que je suis encore pas mal pour mon âge, non ? (Rires)

Vous êtes du genre à vous regarder tous les jours dans votre miroir ?
Oui, lorsque je lave mes dents !

 

Entraînement avec Nicholas : 2 h 30, montre en main ! Au programme : poids, cardio et souplesse coups de pieds. ©DR

Sur les réseaux sociaux, des fans du monde entier veulent se donner rendez-vous aux pieds de votre statue pour célébrer cet anniversaire le 18 octobre prochain à Anderlecht. Vous serez présent ?
Difficile à dire. Mon agenda professionnel dirige ma vie et il me tire souvent la tête ! Mais l’idée de se réunir à Bruxelles devant ma statue me plaît beaucoup. Ce serait un beau moment de partage avec les fans.

Vous aimez les aventures de Tintin. Votre vie elle-même pourrait-elle être une bande dessinée ?
Figurez-vous qu’on me l’a déjà proposé à plusieurs reprises. C’est vrai, ma vie est une aventure depuis mes 20 ans. Mon désir de réussite m’a conduit à faire le tour du globe. A voir de belles choses comme de moins belles. A rencontrer les plus puissants de la Terre comme des inconnus intéressants. Différentes mentalités et religions. De la richesse comme de la pauvreté. Des inégalités sociales qui font mal au cœur. J’aimerais tellement que tout le monde réalise ses rêves. Et vive des moments intenses.

Vous dites adorer Hergé. Vous auriez aimé être dessinateur ?
Oui, j’adore ce métier. D’ailleurs, il n’est pas rare que je dessine. J’aime vraiment ça.

Dans la rubrique « I Like Belgium » de Paris Match, on demande souvent aux Français ce qu’ils devraient emprunter à la Belgique. Une idée ?
Beaucoup de choses. Croyez-moi, beaucoup, beaucoup de choses (il éclate de rire). Il y a une dizaine d’années, j’ai participé à une émission de télévision en France. Sur le plateau, j’ai expliqué que les films finiraient par se retrouver un jour sur les téléphones. Tous les invités présents se sont marrés, ils m’ont pris pour un fou. Et bien évidemment, c’est parti en boucle sur les bêtisiers. Mais aujourd’hui, qui a raison ? Les Belges ont souvent été visionnaires, généreux, volontaires et libres dans leur tête. La preuve avec nos poètes et nos champions sportifs. En réalité, le Belge possède cette humilité que nous envient beaucoup de gens. Pour revenir à la télévision, aux Etats-Unis, à l’inverse de la France, les talk-shows ne sont pas juste une réunion de chroniqueurs. Ils sont imaginés pour faire du show. Les Américains aiment ça. Ils veulent être divertis et pas être les témoins de débats, de jugements. En France, on est encore loin du show à l’américaine.

Vous ne parlez jamais de politique. Et vous n’avez jamais soutenu aucun candidat. Mais quel regard portez-vous sur eux en général ?
Je n’ai aucun jugement à porter. A chacun son métier. Ils ont été élus par le peuple pour aider le peuple. C’est leur job de trouver des solutions et de mouiller leur chemise. Dans le monde actuel, c’est parfois un rôle difficile à endosser. Mais lorsque vous vous engagez, vous devez le faire à fond. Et là, certains devraient rendre leur costume et changer de rôle.

Vous avez déjà été approché dans ce cadre-là ?
Non, jamais. Je ne suis pas comme mon amie Schwarzie (NDLR : Arnold Schwarzenegger, qui a été gouverneur de Californie) ! Je suis apolitique. J’ai des opinions de citoyen, mais elles ne regardent que moi.

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Tournage de l’interview sur la plage de Santa Monica. ©DR

Comment voyez-vous l’avenir de votre carrière cinématographique ?
En plus de quelques propositions, je m’investis actuellement dans un film d’arts martiaux que j’aimerais produire. Je renforcerai le film avec différentes disciplines, mais surtout de vrais champions. Je pense même à une combattante féminine qui aurait toute sa place dans ce long métrage. Un film qui vous donnerait l’envie d’aller vous défouler dans une salle, ou même de monter sur le ring.

C’est pour cela que, comme dans le reportage de la RTBF, on vous voit des heures dans les salles de gym ?
Je suis toujours un battant dans l’âme. Il faut toujours voir grand ! Et toujours avoir des rêves. Dans les années 90, il y avait sur les écrans une armée d’acteurs de films d’action, mais Stallone, Schwarzenegger et moi-même en voulions plus que d’autres. Certains diront que nous avons eu de la chance. En réalité, nous avons bossé dur. Peu importe, en définitive, le chemin que nous avons dû accomplir pour réussir. C’était non seulement semé de désillusions, de doutes, d’angoisses, mais aussi de fausses promesses… et j’en passe ! Néanmoins, après plus trente ans, nous sommes toujours là. Et ceci grâce au travail.

A 59 ans, vous êtes toujours une icône du cinéma. Dans les rues de Los Angeles, impossible de marcher avec vous sans être arrêté par des fans. Photos, dédicaces, selfies… Certains vous attendent trois heures devant un restaurant ou la salle de sport. Les réseaux sociaux doivent vous déranger, non ?
Non, pas du tout. Sans les fans, je n’aurais jamais connu le succès. Je ne comprends pas les stars qui refusent des photos. Quand je m’entraîne, j’aime qu’on me laisse me concentrer sur mon programme. Mais je ne refuse jamais les demandes. Les réseaux sociaux ont du bon pour beaucoup de choses mais, hélas, aussi du moins bon. Il faut juste savoir doser. Et surtout trier les infos, qui sont souvent des fake news. Mais, croyez-moi, dans cette interview, il n’y en a aucune !

 

Devant son « office » personnel chez Facebook, dans un quartier huppé de Los Angeles. ©DR

 

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