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Tony Parker : À Villard-de-Lans, une reconversion au sommet

Les Spurs de San Antonio lui interdisait de dévaler les pistes. Aujourd’hui à la retraite, il découvre les joies de la glisse.

Les Spurs de San Antonio lui interdisait de dévaler les pistes. Aujourd’hui à la retraite, il découvre les joies de la glisse. | © Paris Match France / Louis Garnier

People et royauté

Tony Parker n’avait jamais skié de sa vie, mais il a créé la surprise en rachetant la station située aux portes des Alpes, dans le massif du Vercors. Le champion de basket rejoint ainsi la famille des ambassadeurs de Rossignol. Rencontre exclusive.

 

D’après un article Paris Match France de Florence Saugues

À 37 ans, pour la première fois, il a chaussé des skis. C’était en Isère, cet hiver. Tony Parker, jeune retraité, se met au sport de glisse… Nouvelles sensations, nouveau défi. « J’apprends enfin à skier, raconte l’ancien basketteur. Nous avons passé une semaine de vacances avec ma famille, mes frères et quelques amis. Nous étions une vingtaine à Villard-de-Lans pour le nouvel an. »

TP n’a pas choisi cette station du Vercors par hasard. Depuis le printemps dernier, le Français a racheté la Société d’équipement de Villard-de-Lans-Corrençon (SEVLC), créée en 1950 par deux frères du cru, Victor et Daniel Huillier. Et aux côtés de Martin Fourcade – quintuple champion olympique de biathlon et treize fois champion du monde –, qui habite le village à l’année, Parker est devenu ambassadeur de Rossignol, « une marque de ski française et de qualité ».

Désopilant pour quelqu’un qui n’était jamais monté sur des planches de sa vie. Les contrats en NBA l’interdisent formellement aux joueurs, pour éviter les blessures. Choisir la montagne plutôt que la mer ? Étonnant pour l’enfant dont le rêve de devenir basketteur a grandi à Fécamp. Près de l’océan, les traditions sont plutôt pique-nique sur la plage que vin chaud en bord de pistes. « Ma femme adore le ski. Mes enfants aussi, explique Tony. [La famille Parker a déjà séjourné à Aspen, une station du Colorado.] Moi, j’aime l’ambiance de la montagne, les grandes marches, respirer l’air frais, se retrouver près de la cheminée autour d’une fondue ou d’une raclette. »

« J’aime respirer le grand air. Les longues marches dans la neige », s’enthousiasme la star du basket.
« J’aime respirer le grand air. Les longues marches dans la neige », s’enthousiasme la star du basket. © Louis Garnier

William Anthony Parker II est né le 17 mai 1982 à Bruges, d’une mère hollandaise et d’un père américain, également appelé Tony Parker et basketteur professionnel. À sa naissance, ce dernier évolue en Belgique, avant que la famille s’installe en Normandie. Sa mère, Pamela Firestone, est un ancien mannequin devenu naturopathe. Le jeune Parker suit les traces de son père, comme ses deux frères, Pierre et Terence. Tony est doué. Il prend sa première licence à 10 ans, à Fécamp. À 15 ans, il choisit la nationalité française. La France, c’est son histoire, ses racines. Après un passage au pôle Espoirs et à l’Insep, il signe son premier contrat au PSG Racing avant d’être « drafté » (sélectionné) par l’équipe des Spurs de San Antonio. Parker est le premier joueur français à évoluer en NBA, le prestigieux championnat américain. Il y restera dix-sept saisons et y remportera quatre titres de champion de NBA.

TP a racheté 80 % de la société des remontées mécaniques de Villard-de-Lans. Ici, dans une cabine qui le mène au sommet de la station.
TP a racheté 80 % de la société des remontées mécaniques de Villard-de-Lans. Ici, dans une cabine qui le mène au sommet de la station. © Louis Garnier

Quand il pense investir en France, c’est à Fécamp qu’il choisit de s’implanter. L’idée de créer un camp de basket pour les jeunes a germé dans la tête de deux copains d’enfance, Alexis Rambur et Gaëtan Muller. Ils se sont rencontrés au pôle Espoirs de Haute-Normandie. Les deux hommes proposent à Tony que le projet porte son nom. Ses frères, Terence et Pierre, eux aussi devenus professionnels, se joindront plus tard à l’aventure. Le principe : pendant quinze jours, Tony Parker himself, entouré de ses frères et d’entraîneurs régionaux ou hexagonaux, prodigue ses conseils aux stagiaires. Certains deviendront professionnels. Après onze éditions, l’expérience prend fin en 2018. Le champion se tourne vers de nouveaux projets et anticipe sa « petite mort ». L’adieu au parquet ne doit pas signer la fin de sa vie professionnelle, c’est pourquoi il prépare sa reconversion depuis longtemps. « Je suis attaché à la France ! C’est elle qui m’a formé. Même si je désire vivre à San Antonio après ma carrière de sportif, c’est ici que je veux faire du business et redonner à la France ce qu’elle m’a apporté. »

Je suis un challenger, rappelle-t-il, un bâtisseur, un aventurier, un entrepreneur.

Dès 2009, Parker fait son entrée comme actionnaire de l’Asvel, le club de basket de Villeurbanne. Il en deviendra l’actionnaire majoritaire cinq ans plus tard. En juin 2019, il signe un accord avec l’OL Groupe, l’entreprise du président du club de football de l’Olympique lyonnais. Jean-Michel Aulas a pris une participation de 25 % dans le club de basket masculin de Villeurbanne et de 10 % dans le club féminin. Les deux équipes sont championnes de France 2019. À la même période, Ruben Jolly, l’un de ses coinvestisseurs dans le club de Villeurbanne, parle à Tony Parker de l’opportunité de racheter une station de ski. Ruben est isérois et connaît bien Villard-de-Lans. Les fondateurs de la station approchent les 90 ans et souhaitent se retirer. Des propositions comme celle-là, Parker en a des dizaines par semaine …

Le 1er janvier, avec ses deux fils, Liam, 3 ans, et Josh, 5 ans, après un cours en famille
Le 1er janvier, avec ses deux fils, Liam, 3 ans, et Josh, 5 ans, après un cours en famille. © Louis Garnier

Il est le plus américain des Français et le plus français des Américains. Il est inscrit au panthéon de la NBA et a été le capitaine emblématique de l’équipe de France de basket. Il fait rêver les jeunes et les chefs d’entreprise. Son image est attrayante pour les investisseurs et pour le public.

Qu’est-ce qui a bien pu séduire l’ancien meneur de jeu ? « Je suis tombé sous le charme », dit-il. L’endroit a des allures de carte postale. Le village a conservé son patrimoine architectural, né au début du développement d’un tourisme bourgeois. Le bourg et les hameaux environnants respectent l’identité du territoire. Avant que les sports d’hiver ne prennent le pas, en 1925, il était de bon ton de s’offrir ici une « cure d’air et de bon lait ». Aux alentours : pistes vallonnées, passages en forêt, champs de poudreuse ou vue panoramique sur le parc du Vercors. « Et puis j’ai su que des Russes et des Chinois étaient sur les rangs, ajoute Parker. Je ne voulais pas qu’un bout du patrimoine français soit détenu par des étrangers. »

Je veux en faire une station qui fonctionne sur les quatre saisons et pas uniquement l’hiver.

Même en dehors des terrains, le champion a toujours la niaque : « Je suis un challenger, rappelle-t-il, un bâtisseur, un aventurier, un entrepreneur. J’ai pensé que cela correspondait bien à ce que je faisais déjà dans la région avec l’Asvel et l’Academy. » À l’automne dernier, TP a inauguré la Tony Parker Adéquat Academy (TPAA) dans l’agglomération lyonnaise, qui entend s’adresser aux « passionnés » (et pas que de basket) et voudrait révolutionner la formation des jeunes sportifs français promis au haut niveau. Sur le modèle des high schools américaines, la TPAA permettra de concilier compétition et études. Ticket d’entrée : entre 25 000 et 40 000 euros pour être nourri, blanchi, entraîné et éduqué. « Pourquoi ne pas réfléchir à des synergies entre Villard-de-Lans et le club de basket ou l’Academy ? » reconnaît Tony Parker. Un centre d’entraînement ? Des camps d’été ? « Trop tôt pour le dire ! » rétorque le businessman.

L’espace Villard-Corrençon possède 125 kilomètres de pistes entre 1 111 mètres et 2 050 mètres d’altitude. Il compte 4 564 habitants et se situe seulement à 130 kilomètres de Lyon et 40 de Grenoble. « Je veux en faire une station qui fonctionne sur les quatre saisons et pas uniquement l’hiver, avoue Tony. Nous réfléchissons avec mes partenaires à donner un coup de boost à la station sans dénaturer son côté authentique. » Pour cela, il s’est entouré de « locaux », dont Guillaume Ruel, adjoint au maire de Corrençon, et de Sébastien Giraud, restaurateur à Villard. Si le projet n’est pas encore bien défini, une chose est sûre : Tony Parker devra partager sa vie entre la France et les États-Unis. Même s’il gère déjà à distance ses affaires depuis le Texas. « Je viendrai en France une fois par mois. J’y resterai une semaine à chaque fois. C’est important d’être sur le terrain ! » Parole de champion.

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