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Johnny Hallyday et Catherine Deneuve : L’amour au long cours

Johnny Hallyday et Catherine Deneuve : L'amour au long cours

En 1980 à Paris. Johnny fête ses 37 ans. | © VILLARD/BARTHELEMY JEAN-GABRIEL/SIPA

People et royauté

Johnny Hallyday et Catherine Deneuve se sont rencontrés en 1961 sur un tournage. Un coup de foudre aussi secret que puissant.

 

D’après un article Paris Match France de Benjamin Locoge

Il est tard, ce 19 septembre 2002. Pour faire plaisir au réalisateur Patrice Leconte, Johnny a accepté de se rendre au Festival international du film de Marrakech. Laeticia l’accompagne, bien entendu, mais la soirée s’étire et la jeune femme n’a pas envie de retenir la nuit. Lui n’est pas du même avis, il se dirige vers le bar de La Mamounia avec son ami l’homme d’affaires Marc Francelet. Johnny le taiseux aime ces ambiances tardives, ces after parties où tout le monde est un peu éméché, où tout semble possible. Et où les interdits tombent, pour un temps.

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Quand Catherine Deneuve fait son apparition dans la pièce, elle aperçoit immédiatement le chanteur et se dirige vers lui. Lady Lucille est dans la place. « Ils étaient si heureux de se retrouver », se souvient Francelet qui n’avait jamais rencontré la grande actrice jusqu’à ce jour. Pas d’effusions ni d’embrassades entre les deux stars, mais un sentiment de plénitude, comme un vieux couple qui se revoit après des années de galère et d’errance. Lady Lucille ? Le nom de code que Hallyday a donné à Deneuve dans Destroy, ses Mémoires rédigés avec le journaliste Gilles Lhote. Depuis 1997, il est l’un de rares à qui Johnny a raconté son histoire la plus secrète, sa passion la plus intime. Pour protéger cet amour infaillible, Johnny a tenu à ne pas révéler l’identité de la femme concernée. Parler d’elle de son vivant aurait été mettre à mal le pacte qu’il avait conclu le 12 décembre 1963, à Lyon, dans une chambre d’hôtel. Ce jour-là, en pleine rupture avec Vadim, son compagnon, qui s’affichait sans vergogne au Ritz avec Jane Fonda, l’actrice de son nouveau film, Catherine Deneuve avait fait ses valises et pris la direction de la capitale des Gaules pour y retrouver son rockeur. Celui qu’elle avait connu et aimé en 1961, sur le tournage des Parisiennes, un des premiers films de l’un comme de l’autre.

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C’est Charles Aznavour, son « parrain », chez qui Johnny vivait alors, qui lui avait apporté ce projet cinématographique, lors d’un dîner avec Roger Vadim et Marc Allégret, à Montfort-l’Amaury. Quand le duo de cinéastes évoque ces « Parisiennes », Vadim pense immédiatement au jeune Hallyday pour donner la réplique à sa protégée. Johnny, déjà, avait besoin de s’échapper de la folie de ses débuts, de cette gloire insensée qui lui était tombée dessus. Alors pourquoi pas une expérience au cinéma ?

Johnny confiera bien des années plus tard, en 1983, la réalité de ses sentiments : « Catherine Deneuve est le grand amour de mes 18 ans. Pour nous, le temps a suspendu son vol bien plus d’une nuit »

Le voilà donc en septembre 1961, acteur d’un jour, qui doit séduire Sophie, jouée par Deneuve, uniquement armé de sa guitare et de sa chanson « Retiens la nuit » – un texte d’Aznavour, tiens, tiens… Sur le plateau, le garçon de 18 ans n’a d’yeux que pour l’actrice. Il tombe aussitôt amoureux d’elle. Qui, réciproquement, succombe au charme du rockeur. Médusé, Vadim assiste à l’éclosion de cette histoire. Mais, même s’il a lui-même provoqué l’étincelle, il ne veut pas être le dindon de la farce. Quand il somme Catherine de s’expliquer sur cette romance de cinéma, dont la presse commence à s’emparer, elle l’envoie balader, laissant planer pour toujours un doute sur la nature exacte de ses sentiments pour Johnny. Mais, pour l’heure, le chanteur ne fait plus partie de son périmètre.

Quand le rockeur l’apprend, il décide, en toute simplicité, de se foutre en l’air. Filant sur l’autoroute de l’Ouest au volant de son bolide, il roule à fond dans l’espoir insensé mourir comme James Dean, son idole. Le sort en décide autrement : une stupide panne d’essence l’empêche de mener à terme son funeste projet. La vie est-elle vraiment sérieuse quand on a 18 ans ? Johnny confiera bien des années plus tard, en 1983, la réalité de ses sentiments : « Catherine Deneuve est le grand amour de mes 18 ans. Pour nous, le temps a suspendu son vol bien plus d’une nuit. Nous sommes amis pour la vie. Maintenant, elle est la Deneuve qui illumine le cinéma international. Mais pour moi, elle est Catherine à jamais. » « Je suis tombé amoureux fou d’elle le jour même où je l’ai rencontrée, dira-t-il aussi. Pour moi, elle incarnait l’idéal féminin. Elle me rappelait les plus troublantes héroïnes d’Alfred Hitchcock : du feu sous la glace. »

Mais le feu, lors du fameux épisode lyonnais, va vite se raviver. Que s’est-il vraiment passé les nuits des 12 et 13 décembre ? Personne ne le saura jamais. Mais Johnny et Catherine ont conclu un pacte. Un pacte de cœur. Un pacte d’amour. Oui, ils seront toujours là l’un pour l’autre. Quand Johnny voulait Catherine, elle n’était pas libre. Maintenant, c’est lui qui ne l’est plus. D’autant que Sylvie lui a promis d’assister au concert du 14. Mais il reste fasciné par l’actrice, par sa beauté froide, par l’intensité de son regard. La presse, encore elle, s’empare de nouveau du drame shakespearien qui se joue à Lyon. Deneuve finira par s’exprimer, pour la seule fois de sa vie, sur cet épisode dans une interview à Ciné Télé Revue, en 1964. « La bombe explosa : Catherine n’aime plus Roger Vadim mais aime Johnny Hallyday. Johnny Hallyday n’aime plus Sylvie Vartan mais aime Catherine. Roger n’aime plus Catherine mais aime Jane Fonda. Qu’aurions-nous dû faire ? »

Leur relation a toujours tenu grâce à l’absence. Ils ont pu être deux, trois ans sans se voir. Mais Johnny faisait toujours attention à lui envoyer des fleurs pour son anniversaire.

Alors ils n’ont rien fait. Ils ont laissé la vie reprendre son cours. Johnny a épousé Sylvie, Catherine s’est mariée avec David Bailey. L’année 1965 aurait pu être celle de leurs nouveaux bonheurs. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Quand Johnny tente de se suicider, en septembre 1966, un mois à peine après la naissance de David, c’est encore Catherine qui vient le voir en secret à l’hôpital. Tous les jours, par des portes dérobées, à des horaires improbables, elle est là. Pour le voir, lui sourire. Catherine est en train de devenir l’immense comédienne que la France va aduler l’année suivante dans Les demoiselles de Rochefort et Belle de jour. Johnny, lui, va connaître une période creuse. Sans la présence de Catherine, aurait-il eu le courage de vivre ? Il n’est plus là pour répondre. Mais, en réalité, leur histoire ne faisait que recommencer.

« Dans cette relation incroyable, note Gilles Lhote, Johnny a beaucoup plus sollicité Catherine qu’elle ne l’a fait. Elle a su sentir les moments où il était au plus mal. Elle l’a toujours compris, accepté, aimé pour ce qu’il était. Un garçon timide, terriblement attachant, bien plus profond que l’image qu’il pouvait renvoyer. »

Quand, en 1972, l’infidélité de Johnny avec Nanette Workman est révélée, Sylvie Vartan voit rouge. Johnny se tourne vers l’actrice pour soigner ses plaies. Deneuve est en couple avec Marcello Mastroianni, mais elle accueille l’effondré avec bienveillance et tendresse. Pour le remettre dans le bon chemin. « Leur relation a toujours tenu grâce à l’absence. Ils ont pu être deux, trois ans sans se voir. Mais Johnny faisait toujours attention à lui envoyer des fleurs pour son anniversaire, le 22 octobre, comme pour le nouvel an. Il n’a jamais manqué un seul de ces rendez-vous », raconte un intime de l’artiste.

Aussi opposés semblent-ils être, Deneuve et Hallyday sont en réalité les mêmes une fois la nuit tombée : des loups solitaires

En 1978, rien ne va plus dans le couple Hallyday-Vartan. Le chanteur est convié au festival du film de Yokohama en tant que juré… en même temps que Catherine. Sylvie est aussi en ville pour des concerts, le public japonais étant fan de Mme Hallyday. Quand le trio se retrouve dans un restaurant, après la cérémonie de clôture, l’ambiance est tout sauf zen. Catherine et Johnny semblent plus proches que jamais, tandis que Sylvie ne peut plus cacher son désarroi. Quelques mois plus tard, elle s’exilera aux États-Unis avec David, avant de divorcer en 1980.

Alors, en ce début de nouvelle décennie, Johnny est bien seul dans sa vaste demeure du XVIe arrondissement ; Catherine, elle, est de nouveau célibataire. La fête va les réunir : Hallyday et Deneuve vont être de toutes les soirées parisiennes, de l’Elysée Matignon à l’Elysée Biarritz en passant par le Martine’s de Sam Bernett, situé dans le bois de Boulogne. Johnny boit beaucoup pendant que Catherine observe le bal de la nuit, toujours une cigarette à la main. Aussi opposés semblent-ils être, Deneuve et Hallyday sont en réalité les mêmes une fois la nuit tombée : des loups solitaires, heureux d’être débarrassés des brouhahas de la célébrité. Au premier étage du Martine’s, Sam Bernett a fait installer un studio. Le musicien Pierre Billon convainc Johnny d’enregistrer un album pour le marché espagnol, puisque sa carrière bat de l’aile en France. Deneuve, qui vient de triompher dans Le dernier métro, de François Truffaut, et Je vous aime, de Claude Berri, assiste assidûment aux séances, élégante dans ce milieu si éloigné de celui des plateaux de cinéma où elle est en permanence dans l’œil du cyclone. « Johnny et Catherine se ressemblent, analyse cet intime du chanteur disparu. Elle est aussi rock’n’roll que lui, si ce n’est plus. Elle aime la nuit, la fête, les gens. S’ils ont trouvé une telle complicité, c’est parce qu’ils se sont connus au tout début de leur carrière. Johnny a toujours été fasciné par la liberté de Catherine, elle qui n’en a toujours fait qu’à sa tête. Au cinéma, dans sa vie, elle est unique. Comme lui. »

Deneuve connaissait ses démons, ses angoisses, ses problèmes d’alcool, de drogue. Elle a préféré être toujours là pour lui, plutôt que de partager sa vie

Alors, pourquoi l’histoire n’a-t-elle pas été plus loin ? Pourquoi Johnny le rockeur et Catherine l’actrice adorée n’ont-ils jamais réussi à former un vrai couple ? « Question de timing ! Au début des années 1980, Hallyday et Deneuve sortaient toujours en bande, avec Depardieu et Gainsbourg. On prêtait d’ailleurs des liaisons à Catherine avec ces deux derniers. Mais tout le monde se trompait, rigole le même intime du rockeur. La réalité, c’est que Johnny n’aurait jamais voulu prendre le risque de perdre Catherine. Et Catherine n’a jamais ouvert la porte à une vie ensemble. Elle connaissait ses démons, ses angoisses, ses problèmes d’alcool, de drogue. Elle a préféré être toujours là pour lui, plutôt que de partager sa vie. S’ils avaient vécu ensemble, ils se seraient probablement séparés, comme beaucoup de couples du show-biz. C’est tout ce qu’ils ne voulaient pas. »

Catherine aura-t-elle été, pour autant, la seule vraie passion amoureuse dans la vie de Johnny, au détriment de toutes ses femmes officielles ? Gilles Lhote dément cette idée. « Johnny a aimé Sylvie, il a vécu quelque chose de très fort avec Nathalie Baye, une passion folle avec Adeline, et il a vraiment aimé Laeticia. Ce sont quatre femmes très différentes. Chacune à sa manière, elles lui ont apporté une forme de sécurité dont il avait besoin. Deneuve, ce n’était pas la sécurité. Car, comme Johnny me l’avait dit : “Catherine a tout ce que les autres n’ont pas.” »

Quand il fête ses 50 ans au Parc des Princes, en 1993, Johnny est l’objet d’une multitude de propositions et d’hommages. Si TF1 est vite désignée comme partenaire des trois concerts, c’est le chanteur lui-même qui exige que Catherine enregistre la voix off d’un documentaire racontant son histoire. Et dans le numéro spécial que lui consacre Match à cette occasion, il choisit une image de l’actrice photographiée par André Rau, sur laquelle il dessine un cœur et écrit « LOVE » à l’intérieur. Deneuve est de nouveau la comédienne la plus populaire de France, surfant sur les succès d’Indochine et de Ma saison préférée. Mais elle accepte sans sourciller.

Lors du dîner organisé en petit comité en 2003, raconte un ami de Johnny, Laeticia avait invité Deneuve. Mais elle l’avait placée en bout de table. Johnny n’avait pas du tout apprécié

Tout est dit ? Pas tout à fait. Laeticia entre dans la vie du chanteur deux ans plus tard. Elle est tout ce que Deneuve n’aime pas. La jeune ingénue, la bimbo aux boucles d’or qui disparaîtra aussi vite qu’elle est arrivée. Catherine sait que Johnny va mal. Il est désemparé par le succès de ses 50 ans, qui lui semble étonnamment sonner le début de la fin. Johnny traîne son blues dans sa propriété aux allures de hacienda de Saint-Tropez. La Lorada est devenue une attraction au moins aussi touristique que la Madrague de Bardot. Mais il faut bien penser à demain… Alors Johnny enregistre un paquet de chansons pour son prochain disque, intitulé Lorada – preuve de sa folle inspiration à l’époque. Et glisse, parmi les treize titres, un morceau qui passe inaperçu, écrit et composé par Gildas Arzel. « Si trop souvent je t’appelle / Si tu te lasses de moi / Si parfois je suis infidèle / Je n’ai jamais aimé que toi », chante-t-il dans « Lady Lucille ».

Mais toute cette période ne lui plaît pas. Alors, avec Laeticia, il prend la mer sur son bateau, le « Only You », s’inventant une vie de pirate des Caraïbes, alternant cigare et rhum, loin du monde de la musique. Deneuve, entre-temps, a découvert « Lady Lucille » et a bien compris le message. Elle lui envoie un fax, puis deux, puis d’autres. Quand Laeticia en prend connaissance, elle met son mari en garde : « C’est elle ou moi ». Encore une fois, Johnny fait le choix le plus raisonnable. Mais cela n’empêchera pas Deneuve d’assister à toutes ses premières parisiennes. Dès la fin du concert, elle rejoint dans sa loge, pour féliciter celui qui l’a fait vibrer pendant deux heures. Car, oui, la star de cinéma est tout autant fascinée par le chanteur que par l’homme. Laeticia aura du mal à s’accommoder de cette histoire platonique, mais très envahissante dans l’esprit de son mari. « Lors du dîner organisé en petit comité en 2003, raconte un ami de Johnny, Laeticia avait invité Deneuve. Mais elle l’avait placée en bout de table. Johnny n’avait pas du tout apprécié. »

Deneuve a construit son mythe et sa légende ainsi : jamais elle ne répond aux questions sur sa vie privée, contrairement à Hallyday qui a (presque) tout dit

Laeticia prendra soin de convier Catherine aux 67 ans de Johnny, célébrés sur une péniche parisienne, six mois après son coma à Los Angeles. Ce soir-là, si Deneuve est assise à la droite de Johnny, c’est sur les genoux de celui-ci, « [son] homme », que Laeticia s’installe le temps des images. Histoire de bien marquer son territoire. « Il n’existe aucune rivalité entre Catherine et Laeticia, affirme une connaissance des deux femmes. Catherine n’a guère le goût des réseaux sociaux et préfère le cinéma d’auteur aux challenges TikTok. »

Johnny et Catherine se voient une dernière fois ce 15 juin 2010, au milieu de 250 invités. Au milieu de ce show-biz qui aura finalement été le frein à leur véritable histoire d’amour. Deneuve n’a pas, cependant, laissé tomber Johnny. Si elle n’a pas assisté à ses premières parisiennes, les années suivantes, c’est parce qu’elle était en tournage, ou prise par d’autres engagements. Les SMS ont remplacé les fax. Et les fleurs n’ont jamais cessé d’arriver place Saint-Sulpice, au domicile de l’actrice. Johnny était en quelque sorte le plus fidèle des hommes.

« Catherine a été très peinée de sa disparition, raconte un de ses proches. Il lui a fallu de longs mois pour l’accepter. C’est une des plus belles pages de sa vie qui s’est tournée le 5 décembre 2017. » Tous ceux qui, depuis, ont tenté de demander à Catherine Deneuve de lever le voile sur son histoire avec le plus tendre des rockeurs se sont fait renvoyer dans les cordes. Deneuve a construit son mythe et sa légende ainsi : jamais elle ne répond aux questions sur sa vie privée, contrairement à Hallyday qui a (presque) tout dit. Son silence est finalement le plus bel hommage qu’elle puisse rendre à l’homme qu’elle a tant aimé, avec ses démons et ses faiblesses. Une vraie Lady Lucille. Pour l’histoire.

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