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Elisabeth de Belgique, princesse tout-terrain, fait ses armes au camp d’Elsenborn [VIDÉO]

La future reine des Belges lors d'un cours à la caserne militaire d'Elsenborn, où elle suit un entraînement d'initiation militaire jusqu'au 25 septembre. ©️ Palais Royal, Belgique/ Photo Bas Bogaerts | © BELGA HANDOUT - PALAIS ROYAL BRUXELLES

People et royauté

Treillis, gilet matelassé, arme au poing, pompes en t-shirt kaki, récurage des locaux à grands coups de balai par un prince en herbe : c’est une image à laquelle la monarchie britannique notamment nous a habitués. La future reine des Belges est – comme son père avant elle et avant le règne de l’image – confrontée au terrain, militaire s’entend. Elle s’y applique, sans une once de « chochotterie ».

Engagée depuis quelques semaines dans un cursus à l’École royale militaire (ERM) ou Royal Military Academy, la fille aînée des souverains a montré qu’elle était logée à la même enseigne que ses camarades de promotion. A Armes égales donc. Parmi les mots clés de l’institution : « respect, honnêteté, ordre et discipline, immense détermination et camaraderie ».

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Depuis le 2 septembre et jusqu’au 25, Elisabeth est en exercice au camp d’Elsenborn – un quartier militaire situé sur les communes de Butgenbach et de Bullange en Belgique, utilisé comme champ de manoeuvre par l’armée belge, les forces armées de l’Union européenne et l’Otan. Ces journées s’inscrivent dans une Phase d’Initiation Militaire (PIM) qui entend « effectuer une transition progressive de la vie civile à la vie militaire ». Une formation que tout le personnel militaire doit suivre au sein de la Défense. « Le module PIM a pour objectif de permettre au candidat d’acquérir les qualités militaires initiales sur le plan professionnel, physique et caractériel, nécessaires pour poursuivre la formation et assurer son intégration au sein des Forces Armées », précise le communiqué de l’ERM.

Outre les compétences de base d’un militaire, le programme entend inculquer et assurer les valeurs de la Défense comme le respect encore, la reconnaissance de la “valeur ajoutée de la diversité », l’engagement, le courage, l’(auto)discipline, le sens de l’honneur. « Ils doivent toujours agir en accord avec les normes et les valeurs de la société belge en général et celles de la Défense en particulier. »

La future reine des Belges en plein drill au camp militaire d’Elsenborn. © Palais Royal, Belgique/Bas Bogaerts

Sur les vidéos mises en boîte par le Palais – une dizaine de séquences au total -, on découvre la future reine des Belges en pleine action, un training dûment balisé par les consignes sanitaires liées à la crise du coronavirus bien sûr.
Le déroulé d’une journée en mode compilation démarre par une vidéo qui s’appelle « Ochtend » le petit matin. Nuit noire encore. 05h45 : « Réveil des élèves et une petite activité sportive ». Une tranche d’une dizaine de minutes, composée de jogging et de stretching basique. Gymnastique en short noir et t-shirts, course, moulinets avec les bras, pompes rythmées… Passage au mess des élèves officiers, masqués toujours.
Après l’hygiène et le repas, les élèves sont réunis pour le « Vlaggengroet », le salut au drapeau quotidien au son des cuivres. Contrôle des tenues et drill militaire pour préparer le premier grand défilé – ceux qui auront réussi la PIM (Phase d’Initiation Militaire) y recevront leur béret bleu.
Le volet de l’inspection générale évoque, de loin, les grands films américains, en plus sobre et moins emphatique.

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Démonstration de camouflage. Le commandant du peloton donne les conseils nécessaires aux élèves. Port d’un masque élastique à imprimé para et de lunettes jaunes. L’instructeur rappelle les mesures covid. Répartition par groupes de deux, dispersion dans les bois. Un étudiant sécurise le secteur tandis que l’autre se camoufle. Maquillage du visage en vert pour Elisabeth aussi, pose à plat ventre dans les feuilles mortes, avec arme en position de tir.
Lunch au réfectoire. Plat sommaire, du typée potée de pommes de terre, accompagné de tartines prises à la hâte sur de longues tables de bois, deux personnes par table, éloignées de deux mètres au bas mot. Dégustation religieuse dans un silence presque complet. Élisabeth mange de bon appétit.
« Schietoefening » : Selon un horaire fixe, les élèves apprennent les techniques de base du tir. Sous un ciel très Magritte, soleil léger, nuages cotonneux, entraînement à la cible. « Kijk naar de schutter en niet naar het doel ! » («Regardez le tireur et pas la cible ! »), lance l’instructeur à la cantonade. On y voit Élisabeth s’appliquer, casque sur les oreilles, lunettes jaunes, gants de tir. L’instructeur lui prodigue quelques conseils pour « plus de sûreté ». Comment positionner le fusil sur l’épaule.
Il y a aussi l’ « avond drill », le drill militaire où les élèves apprennent les « différents mouvements à l’arrêt et en marche. »

Elisabeth en plein entraînement. © Palais Royal, Belgique/Bas Bogaerts

Le petit film « Klaslokaal » montre, comme le nom l’indique, Élisabeth et ses congénères en salle de classe. Prise de notes dans un calepin qui côtoie un gros classeur. Instructions en néerlandais toujours.
La journée se termine par l’entretien des armes et du logement. Nettoyage et préparation des armes, sur les banquettes de bois. Gros plan sur les mains de la princesse, aux ongles hyper courts. Des mains d’enfants, tachées d’huile, légèrement égratignées.
Dans la vidéo intitulée « Einde van de dag », on assiste à un zoom sur le récurage des couloirs en fin de journée. Coups de balai appliqués où l’on remarque au poignet d’Elisabeth, une montre sport noire pour seul bijou princier.
L’entretien des armes et du logement sont cruciaux, précise l’Ecole. «  Une arme mal entretenue est plus susceptible de mal fonctionner avec toutes les conséquences que cela implique. (…) Le maintien des blocs est tout aussi important pour nous. L’apprenti doit apprendre ce qu’est l’ordre, car à tout moment de la journée, il doit pouvoir trouver rapidement le matériel. De plus, l’ordre favorise le repos. »
23 heures, extinction des feux. Les images se clôturent sur l’extérieur du bâtiment qui s’assoupit sagement.
Sur l’ensemble de ces petits films, le spectateur a droit de temps à autre à un gros plan sur le visage d’Élisabeth, parmi d’autres. Aucune ostentation. Chacun est logé à la même enseigne, le message est bétonné. De dos, on repère le petit chignon doré serré sur la nuque, déjà légendaire. On reconnaît les pommettes de Mathilde, les yeux bleus en amande, qui évoquent Mathilde également, Paola, mais aussi Philippe. La princesse se montre sobre, réservée, naturelle aussi. Plus rompue au règne de l’image que ses prédécesseurs en leur temps.

La fillette qui était apparue un peu empruntée sur ses premiers clichés semble loin. Elle a acquis de l’aplomb, tient le rang tout en se fondant à l’esprit de corps. Solide comme les autres, traitée à l’égal des autres élèves. Prête à tout assumer, ou presque.
« C’est un honneur de compter la Princesse parmi nous mais ça ne nous empêche pas de la traiter comme tous les autres candidats élèves officiers », souligne Isabel Vanhavermaet, major d’aviation et responsable des trois premières années à l’ERM.
Ce rite initiatique permet de mieux appréhender la fonction royale, entre autres. La Grande Muette synthétise ainsi l’état d’esprit de ce passage obligé : « La phase d’initiation militaire est un passage nécessaire pour chaque militaire. C’est une période au cours de laquelle on est confronté à la fatigue, au stress et au manque. Mais (…) où l’on se fait des amis pour la vie, où l’on rit beaucoup, où l’on apprend à se connaître et à se dépasser. Chaque soldat repense à sa phase d’initiation militaire avec nostalgie et un bon sentiment. »

Sujet et photos dans le prochain numéro de Paris Match Belgique

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