WikiLeaks : Après sept ans de prison, les premiers mots de Chelsea Manning

Chelsea Manning sur une photo la montrant au lendemain de sa libération, le 18 mai 2017. © Chelsea Manning / BY-SA / Reuters | © AFP PHOTO / BALESTRAMEDIA / HO
Incarcérée durant sept ans avant d’être graciée par Barack Obama, Chelsea Manning a changé de genre en prison. Elle se confie pour la première fois depuis sa libération.
Des paroles fortes en émotion. Chelsea Manning a donné sa toute première interview télévisée depuis sa sortie de prison le 17 mai dernier, après avoir passé sept ans derrière les barreaux. La jeune femme, qui a entamé en prison un traitement hormonal de changement de genre, a expliqué à ABC News les raisons qui l’ont poussée à dévoiler les milliers de documents classifiés qu’elle a transmis à WikiLeaks : « Je voyais toutes ces informations. Ce n’était que mort, destruction, chaos… À la fin, je ne pouvais plus ne voir que des informations et des statistiques. J’ai commencé à voir des personnes ».
Considérée par certains comme une héroïne et comme une traitresse par d’autres, Chelsea Manning assume toute la responsabilité de ce qui a été la plus grande fuite d’informations de l’histoire des États-Unis : « Personne ne m’a dit de le faire, personne ne m’a forcée. […] Nous avons tous une responsabilité ».
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« Merci de m’avoir laissé une chance »
Vêtue d’une robe longue beige et maquillée, elle a aussi expliqué pourquoi elle avait décidé d’annoncer son intention de changer de genre au lendemain de sa condamnation à 35 ans de prison : « Il fallait que je sois qui je suis ». La lutte menée contre les autorités pour enfin recevoir le traitement hormonal qu’elle souhaitait l’a poussée à tenter de se suicider à deux reprises. Mais une fois le traitement accepté, Chelsea Manning a pu entrevoir l’espoir d’une nouvelle vie, même si elle était encore derrière les barreaux de la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas : « C’est ce qui me gardait en vie, qui m’empêche de me sentir dans le mauvais corps. J’avais ces horribles moments où j’avais envie de m’arracher le corps en morceaux ». Elle a été la première prisonnière à être autorisée à recevoir ce type de traitement dans le pays.
Elle a été libérée le mois dernier, cinq mois après que le président sortant Barack Obama a annoncé qu’il commuait sa peine de prison. Encore très émue et reconnaissante, Chelsea Manning n’a pas pu parler avec l’ancien dirigeant mais tient à le remercier : « Merci de m’avoir laissé une chance, c’est tout ce que je voulais. C’est tout ce que je demandais. Et c’est ma chance ».
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Au lendemain de sa sortie de prison, elle avait publié la première photo la montrant en tant que Chelsea, portant un haut bleu marine au décolleté profond. Si ses cheveux n’ont pas beaucoup poussé – l’administration pénitentiaire lui a interdit durant toute son incarcération –, Chelsea Manning voulait, avec cette image, mettre derrière elle la vie qu’elle menait en tant que Bradley pour entamer un nouveau chapitre.