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Delphine de Belgique : bienvenue en haut lieu

La princesse Delphine et son conjoint Jim O'Hare : première apparition officielle lors du défilé du 21 juillet, fête nationale belge. Une date historique à plus d'un titre : elle s'inscrit dans le cadre de la pandémie du coronavirus et suit les inondations meurtrières en Belgique. La veille était une journée de deuil nationale pour commémorer les victimes de cette tragédie. ©Laurie Dieffembacq - Belga

People et royauté

Delphine, avec son sourire droit, a capté les regards lors de la cérémonie du 21 juillet 2021, marquée par l’émotion et une certaine modernité dans cette sobriété imposée par les événements. Une date historique à plus d’un titre. Elle suit les grandes crues qui ont meurtri le Plat pays et s’inscrit dans le contexte de la pandémie du coronavirus, relancée par le variant Delta.

 

Dans une tenue soigneusement choisie pour l’occasion, la fille du roi Albert a démontré si besoin était qu’elle restait elle-même en toutes circonstances. Au côté de son compagnon, Jim O’Hare, elle a incarné de façon solennelle le caractère profondément humain de la monarchie belge. Une image de papier glacé qui évoque une réalité tangible : celle de nombreuses familles recomposées.

La taille serrée dans une tunique aux imprimés afro, un wax merveilleux, coiffée d’un chapeau comme l’impose le protocole, Delphine a la tête haute, le regard marine souligné de khôl, le sourire bien droit. La touche de fantaisie qu’elle manie comme une reine se double d’un port altier, comme toujours. Un trait qui semble inné, très Saxe-Cobourg.
Le 21 juillet, sur la tribune où la famille royale a pris place dans un ordre et un timing réglés au cordeau, Delphine apparaît entière, complètement elle, parfaitement à l’aise en apparence. La représentation dans le sang pourrait-on dire. Et pourtant, elle n’est pas particulièrement friande de mondanités, on le sait. Mais ici, c’est différent, la journée scelle de beaux pas en avant. Un petit pas pour l’Homme ou la femme, un grand pas pour l’Humanité.

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Sa robe et son chapeau– entre béret africain ample et casquette gavroche – sont signés Erratum Fashion, la griffe de Siré Kaba, une créatrice afro-belge pour laquelle elle avait eu un coup de foudre et qu’elle suivait depuis un bon moment. Humour, décalage, liberté de ton. Delphine estime qu’il est de son devoir, surtout en de pareils moments, de valoriser la création belge, et plus particulièrement les jeunes artistes qui souffrent parfois d’un déficit de notoriété. Même si en l’occurrence Siré Kaba affiche déjà un magnifique parcours. Il ne fallait donc pas, avait conclu Delphine, y voir un « statement » de sa part. C’eut été un peu bateau. Mais elle tenait à valoriser cette « designer » reconnue déjà mais qui ne demande qu’à exploser.

Elle avait prévenu le Palais du fait que les créations qu’elles porterait – robe, chaussures, accessoires – ne seraient pas de son cru. L’attention a été appréciée. Une marque d’ouverture et un souci de promotion de la création belge font partie du sceau royal.

Erratum Fashion, est un jeune label qui « offre à la femme urbaine, cosmopolite (…), anti-conformiste une garde-robe entière made in Belgium. » La marque, qui travaille les tissus liés à l’Afrique, dont le wax, ne fait pas dans la production de masse mais privilégie le « slow-fashion ». Quant à sa créatrice, Siré Kaba, qui se décrit comme une « Afro-Européenne basée à Molenbeek », elle a choisi le nom de sa marque pour mettre en place « la correction des erreurs du passé ». Tout un symbole.
Les chaussures de Delphine en ce 21 juillet sont de Morobé. Du belge encore, et une ligne décrite comme « farouchement élégante, sophistiquée et ludique, contemporaine et classique. De l’esthétique avec des tonnes d’attitude ». Des adjectifs qui se posent comme un fleur sur le style Delphine. Morobé propose des chaussures à plateforme, des talons aiguilles et des « flats ». « Nous pensons qu’il est temps pour la muse de réclamer son pouvoir », clame le fabricant. « De rester fidèle à elle-même sans s’en excuser et de manifester la vie qu’elle entend mener. Et « mener » doit être pris au sens littéral du terme ici car la bonne pair de chaussures n’élève pas seulement une tenue – elle change la façon dont vous faites face au monde ». Là encore, le mariage avec la Delphine touch s’impose naturellement.
On se souvient de Delphine lors de nos premières rencontres, au début des années 2000. Elle arborait alors une tenue furieusement londonienne : des chaussures compensées et une veste en agneau de Mongolie parfaitement rock’nrollesque. On se rappelle de ses sorties du tribunal le buste serré dans un spencer noir souvent, court-vêtue, dans une sportivité qui s’assume, et perchée sur des talons vertigineux.

Princess Delphine and her husband Jim O’Hare pictured as they arrive prior the establishment of the Fonds Prinses Delphine van Saksen-Coburg Fonds in the Delphine de Belgique avec son compagnon Jim O’Hare à l’Hôpital universitaire de Gand, le 10 décembre dernier. Le Fonds qui porte son nom va nourrir et soutenir des initiatives pour l’intégration de l’art dans les soins de santé. ©Benoît Doppagne / Belga

Un sens du détail pointu mais à mille lieues aussi d’une avant-garde modeuse systématique qui serait, par essence constamment dépassée. Delphine creuse simplement son sillon loin des convenances et des sentiers battus. Un attitude arty créative, qui traduit ce qu’elle est fondamentalement : une artiste jusqu’à la moelle. Le cliché de la sensibilité prend ici tout son sens.
Il y a enfin ce sac, hors du commun. De la marque Awardt Wies & Els. Des lignes claires, parfois aérodynamiques. Plutôt éloignés a priori des modèles prisés dans les occasions royales. Quoique. On a vu des princesses dans le passé arborer des modèles parfois teintés d’une excentricité paisible. La marque belge, réalisée par le duo mère-fille Wies et Els affiche, pour ses chapeaux et sa maroquinerie, ce must : le label « handmade in Belgium ». Les créatrices flamandes proposent des modèles réalisés dans une gamme de matières, « allant du cuir de boeuf de Belgique, au cuir de poisson comme le saumon de Atlantic Leather, sans oublier les alternatives végétaliennes comme le Pinatex ». Tout un programme encore.

Truth and Freedom

Delphine, aime le sport, l’authenticité et l’attitude qui pose une femme. Il y a avant tout cette discipline de vie qu’elle s’est forgée : travail, obstination, sens du détail. Ne pas céder. Terminer ce qui est entamé, aller au bout de ses idées. Clamer les injustices mais ne pas faire un plat de ses accomplissements, sauf lorsqu’ils concernent autrui. On se souvient ainsi de la croisade qu’elle avait entamée pour tenter de déconstruire le statut de PEP (Politically Exposed Person) que les banques avaient accolé à toute sa famille. Le fils de Delphine, encore garçonnet, s’était ainsi retrouvé sur une liste noire bancaire en raison simplement de la filiation « présumée » de Delphine avec le personnage exposé qu’était le roi Albert.

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Le poids du nom, d’une appartenance à une tribu quelle qu’elle soit est indicible et précieuse toujours. « J’aurais agi de même si mon père avait été un criminel », nous a-t-elle souvent dit lors de l’interminable saga judiciaire qui a rendu justice à son sang. La petite fille qu’elle fut et qui réalisait des collages en silence, observant timidement les adultes qui parfois chuchotaient en sa présence, s’est construit un univers propre et elle continue de l’affirmer.
Elle qui a été élevée dans un moule de convenance, dont elle a perçu très tôt le caractère factice, ne peut tolérer le flou, si artistique fût-il.
Elle appris, au fil du temps, à poser sa volonté, à la déployer, à travailler sur elle-même pour être dans la cohérence avec son moi profond.
Truth and freedom sont deux de ses mots clés. On les retrouve au fil de ses œuvres. Pas de blabla, pas de « small talk » mais la vérité et la liberté. Ces notions ne peuvent exister qu’à travers l’identité et sa reconnaissance.

Famille recomposée

Cette Fête nationale restera dans les livres d’histoire belge, voire internationale. Des images historiques à plus d’un titre. Elle suit les grandes crues qui ont meurtri le Plat pays et s’inscrit dans le contexte de la pandémie de coronavirus, relancée par le variant Delta. Mais elle marque aussi un événement qui fera date dans l’histoire de la monarchie : cet accès à la tribune royale de Delphine, fille d’Albert II, de son conjoint. Cette journée traduit ce qui est déjà considéré comme une forme de révolution en soi : la reconnaissance de la fille de l’ancien souverain qui se cristallise par son accueil au sein d’une cellule familiale. Un pas « exemplaire » pour la monarchie, par essence traditionaliste.

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On y perçoit ce côté famille recomposée, un moule souple, ouvert, serein. Une transparence affichée. Philippe, dont on a souvent souligné la modernité, s’inscrit de fait dans l’air du temps. Le roi des Belges s’est distingué à plusieurs reprises ces derniers mois par des positions ouvertes, assez progressistes même. En termes d’environnement et de féminisme notamment.

On songe aussi bien sûr à ce courrier qu’il a envoyé au président congolais, Félix Tshisekedi, dans le cadre des 60 ans de l’indépendance de la République démocratique du Congo. Le souverain y évoquait « la période coloniale (…) qui a causé des souffrances et des humiliations » et exprimait ses « plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés (…) ». Il y a enfin l’affaire Delphine, dont il souhaitait, de longue date, la résolution, comme nous l’avait confirmé un membre de son équipe lors d’une visite d’État en Asie, en 2015 déjà.

Briser le carcan d’un autre siècle

Mais ce moment historique, petite révolution en soi, est lié avant tout à la détermination d’une femme. Delphine. Artiste, bosseuse, intègre. Elle méprise plus que tout les faux-semblant et s’est battue pour que soit reconnue la vérité. Pour que la clarté soit faite sur son cas. Mais aussi pour ouvrir la voie, montrer l’exemple, soutenir ceux qui ont pâti comme elle d’une lacune identitaire.
L’ouverture encouragée, préconisée et appliquée par Philippe, roi des Belges, est à ce titre aussi exemplaire. Le modèle vient toujours d’en haut dit-on. Aux États-Unis, c’est dans les sphères intellectuelles et de l’entertainment que le progressisme s’affiche, marque des points dans l’opinion publique. En Europe, les brèches s’ouvriraient ainsi, parfois, dans les sphères institutionnelles les plus conservatrices… Bien sûr, Delphine n’est pas la première à gagner un combat identitaire mais la visibilité de sa croisade devrait avoir des répercussions dans l’opinion, briser quelques carcans dignes d’un autre siècle.

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La Belgique a acquis de longue date une réputation de pointe en matière d’éthique – avortement, mariage pour tous, euthanasie, procréation médicalement assistée etc. La voici désormais pionnière dans une sphère pourtant, par définition, hyper conservatrice.
C’est au combat juridique et humain de Delphine que l’on doit cette avancée. Et c’est aussi le reflet d’une nouvelle génération de monarques dont Philippe est un représentant. Rigueur, transparence, clarté sont aujourd’hui incontournables pour maintenir une institution fragile dans le grand bain contemporain.

Philippe de Belgique essuie une larme après le discours d’un jeune sur la solidarité des Belges durant le défilé civil et militaire du 21 juillet 2021. Une date marquée par la tragédie des inondations qui ont détruit des vies quelques jours plus tôt. Cette dernière édition de la Fête nationale belge a été adaptée pour commémorer les victimes des crues dévastatrices de juillet 2021. ©Laurie Dieffembacq / Belga

Le 1er octobre dernier, la cour d’appel de Bruxelles confirmait que Delphine était la fille légitime d’Albert II et devenait princesse de Belgique. Le 9 octobre, Philippe recevait Delphine et publiait une dépêche quelques jours plus tard. « Je me rallie sans réserve au communiqué que le Roi et la Princesse Delphine viennent de publier et je me joins à l’esprit de ce message », communiquait à son tour le roi Albert le 16 octobre. « Mon épouse et moi-même, nous sommes très heureux de ce qui a été réalisé à l’initiative du Roi, prémices de jours meilleurs pour tous et en particulier pour Delphine ».

La rencontre informelle de Delphine et Philippe avait devancé les pronostics, la rapidité avec laquelle le roi avait reçu Delphine, quelques jours après la décision du tribunal, de même que le caractère convivial de l’échange, avaient été autant de points favorables dans l’opinion. Cette ouverture avait également ouvert une voie royale à Albert II qui avait ensuite, à son tour, reçu sa fille en compagnie de Paola.

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Si Albert a souvent été loué pour sa bonhomie, son sens de l’humour, une adaptabilité à toute épreuve, Philippe fut longtemps décrié pour sa « raideur » et sa réserve. Mais l’accueil chaleureux que ce dernier, nourri de philosophie, a réservé à Delphine n’a surpris que ceux qui le connaissent mal.
Sur la photo du duo Philippe et Delphine, diffusée à la presse, Delphine portait un top aux tons vifs, arty sans excès, sur son jean marine délavé aux entournures. Ce jean des grands jours. Pas très loin finalement de cette salopette tachée de peinture qui est devenue sa signature. Et des bijoux fantaisie de poids. Bien sûr, le choix de sa tenue n’était, là non plus, pas anodin. Elle restait elle-même, Palais ou pas.
Des quotidiens les plus vénérables au tabloïds friands de potins mondains, tous se sont enthousiasmés alors pour une rencontre aux accents novateurs. « Welcome to the family ! », titrait le Daily mail en évoquant la rencontre entre le roi des Belges et sa sœur Delphine, « enfant de l’amour ».

Une date charnière

La fierté, la dignité n’empêchent évidemment ni l’humilité ni l’émotion. Delphine ne le sait que trop bien. Ces moments clés la bouleversent. La Fête nationale est un moment puissant, qu’elle respecte immensément. Elle en mesure toute la symbolique, elle est d’ailleurs depuis toujours, extraordinairement attachée à la Belgique. Elle a tenu à s’y ancrer, quitte à y affronter, un temps, les vents contraires. Tout plutôt que de se cacher, de louvoyer.

Ce 21 juillet 2021 ne marque pas la clôture mais le début d’une autre tranche de vie, avec une identité propre, reconnue, légitimée. Et si Delphine ne peut exprimer l’évolution de son lien avec Albert, parce qu’il est indicible, parce que ce point reste naturellement brûlant, intimement bouleversant, elle met en lumière l’évolution de son « dossier ». Dans cet accueil que lui a réservé la famille royale, il y a, dit-elle un « bon progrès ». Un progrès incontestable. Un progrès au sens générique du terme. Un progrès fondamental, lié à la notion même de progressisme précisément.
Ce rôle model qu’incarne aujourd’hui, notamment grâce à son combat, la famille royale, acquiert, en ce 21 juillet, une visibilité particulière, emblématique d’un cause universelle. Les réactions sur les réseaux sociaux sont pour la plupart enflammées, voire extatiques. « Enfin ! » clament les followers les plus assidus de cette saga humaine.

Delphine s’est « essentialisée »

Ces derniers temps, Delphine s’est montrée, comme toujours, égale à elle-même. On oserait même dire qu’elle s’est « essentialisée », allant de plus en plus volontiers « straight to the point ». Un langage élégant mais direct. Sans arrogance ni candeur.
On sait aussi qu’elle s’était éloignée, sans bien sûr les renier, des œuvres des débuts, de leur optique un brin provocatrice, à tendance punkisante et post-adolescente. Elle voyait alors le royaume de Belgique comme une entité respectable certes, mais un soupçon étriquée. Elle s’étonnait de la fascination de certains, ceux qui lui reprochaient parfois tout et son contraire : d’être la fille d’Albert ou de le revendiquer.
Elle ne garde en apparence aucune rancune des années douloureuses, préfère, dans la démarche de positive thinking qui est la sienne, se remémorer les tranches de vie savoureuses qu’elle a pu, des années durant, partager avec Albert. Et puis ce lien étroit qu’elle a conservé avec lui jusqu’en 2001.

Delphine refuse aujourd’hui de remuer le sédiment passé. Comme elle vomit les « gossips », tout ce blabla de couloir, de salons, de boudoirs, qu’elle a souvent dénoncé à travers ses œuvres.

L’artiste qu’elle est, dans les tripes, n’en finit pas de bosser. Superbe exutoire qui lui a permis de tenir durant toutes ces péripéties judiciaires. Elle les a traversées avec l’appui et les conseils éclairés de ses avocats, Marc Uyttendaele, constitutionnaliste, et Yves-Henri Leleu, spécialiste du droit des personnes et des familles, mais auss de son partenaire, père de Joséphine et Oscar : Jim O’Hare, le Texan discret, intelligent, pugnace qui a toujours veillé à défendre Delphine, sa personnalité, son parcours hors du commun, à protéger leur cocon.
Il nous avait expliqué avoir été, à l’époque, choqué par la non-reconnaissance de Delphine, qu’il jugeait « médiévale ». Jim est le chevalier protecteur qui veille, en ce jour de Fête nationale comme en général, à éviter tout stress psychologique inutile à Delphine. Il est aussi le fils d’un vétéran américain largement décoré et qui se distingua dans de nombreuses batailles pour la libération de l’Europe lors de la Deuxième Guerre mondiale.
L’épopée menée par Delphine fut et reste dans un certaine mesure un combat de tous les instant : contre certaines idées reçues, qui, enfin, s’amenuisent. De Boël elle est devenue Saxe-Cobourg. Ce n’est pas, doit-elle rappeler aux distraits, une question de gloriole, mais simplement d’identité, de vérité. Elle n’a jamais assumé profondément le nom qui lui avait été attribué, a toujours su que ce lien était factice.

La cause des enfants en quête d’identité

« Grâce à Delphine », nous disait Marc Uyttendaele en 2020, « le mot bâtard est devenu une honte pour celui qui le prononce. (…) Le combat de Delphine est politique au sens le plus noble du terme ». Une politique générique, sociétale, éthique aussi.
Delphine incarne désormais, au terme de cette croisade, l’espoir pour ceux qui comme elle, sont en quête d’identité – enfants nés sous x, abandonnés, adoptés ou non, de tous âges, de tous profils, de toutes générations. Car même âgé, un adulte qui cherche ses racines conserve en lui un part d’enfance piétinée. Un bout de vie sacré qu’il faut retrouver, reconquérir. Une part d’existence qu’on ne peut pas toujours revivre mais qu’on peut utiliser, lorsqu’elle est enfin révélée, pour se reconstruire. Connais-toi toi-même.
Delphine s’est nourrie, nous a-t-elle souvent dit des messages de soutien de ceux qui la félicitaient d’avoir fait avancer cette cause. Des personnes en perte de repères parentaux qui fondaient parfois en larmes dans ses bras. « Ils ont », nous disait-elle encore il y a quelques mois, « non pas remplacé mais un peu compensé le manque que je ressens du côté paternel. »

Delphine est dans la parentalité profonde, c’est une mère à l’écoute constante de sa progéniture. Mais sans en faire des enfants-rois. On n’a guère été surpris de voir l’aisance apparente avec laquelle la jeune Joséphine – jolie coupe au carré peroxydée, regard félin très Cobourg – et son frère Oscar ont assumé une exposition publique parfois brutale.

Delphine durant une ournée de vaccination du personnel au CHU Saint-Pierre de Bruxelles, le 17 novembre dernier. Elle s’investit de plus en plus dans des actions à connotation médicale et artistique, combinant parfois les deux comme ce fut le cas récemment pour le Pink Ribbon, qui lutte contre le cancer du sein. ©Benoît Doppagne / Belga

Delphine a pu être parfois « incendiée » sur les réseaux sociaux par quelques esprit obtus (comme ce fut le cas, nus l’avions évoqué dans ces pages, l’an dernier, peu après la confirmation de son titre de princesse de Belgique). Les médias du monde la relancent en permanence mais sa dignité et sa méticulosité ont protégé la famille de paparazzades potentielles.
Elle applique une vigilance de chaque instant. Ne rien lâcher. Et ne pas faire non plus « du Walt Disney », même si a priori son récit relève du conte de fées, car, « it’s been no bed of roses ». « Je ne vais pas vous dire non plus si je suis allée manger une glace avec Albert ». Elle dit cela avec cet humour aux tonalités british, un rien pince sans rire, qui n’est pas sans rappeler Albert à ses heures. Ni angélique ni caustique, mais quelque part entre la fraîcheur d’une rose anglaise et un sens comique assez belge finalement. Bon sang ne saurait mentir.

Travail, travail, travail

« C’est la fin d’une période torturée. Comme la fin d’un livre », nous avait-elle dit en août dernier, avant son exposition à Knokke et après l’officialisation des résultats ADN.
Ce qui l’a maintenue aussi, ce sont ses travaux, nombreux. Des commandes de tableaux qu’elle boucle à la hâte à quelques jours de la cérémonie. Mais ce rythme a toujours été effréné.
Delphine est une workaholic imprégnée d’art plastique. Qui passe des nuits à plancher dans son atelier, à peindre ou rédiger des poèmes qu’elle expose aussi en format géant. La journée, elle se consacre aussi à ses enfants. Lorsque l’un deux rentre de l’école ou termine un stage, elle tient à être présente. Toujours. Comme son frère Philippe dans une autre mesure, elle essaie de réparer les lacunes du passé.

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Elle est associée aussi depuis peu, et en est très fière, à l’association Pink Ribbon, qui lutte contre le cancer du sein. Elle a dessiné la nouvelle version du célèbre ruban rose. Et puis il y a ses investissements dans des actions sociales et médicales, comme, en 2020, à l’hôpital de Gand ou dans le soutien de la vaccination du personnel à Saint-Pierre.
La suite, elle a commencé à l’écrire, avec la bénédiction du Palais, avec une latitude qui peut intimider. Les projets vont se succéder. Les engagements aussi.
Delphine mène, depuis des années un combat haletant. Ne s’octroie que rarement des plages de répit. Les émotions s’enchaînent aujourd’hui. Elle les vit pleinement. Ce 21 juillet en était la sobre démonstration.

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