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Gal Gadot : L’Amazone qu’on n’attendait pas

La combattante traverse le « No Man's Land » sous les balles. Wonder Woman est née sur grand écran. | © DR

People et royauté

Avec Wonder Woman, Gal Gadot signe le meilleur démarrage jamais réalisé par une femme. Mais qui est cette guerrière controversée, ancienne miss et soutien de l’armée israélienne ?

La petite veut comprendre. « Maman, puisque tu portes une tiare, est-ce que ça veut dire que tu es une reine et moi une princesse ? » À sa fille Alma, 6 ans, Gal Gadot explique d’abord qu’il s’agit d’un déguisement. « Puis je lui ai raconté qui est Wonder Woman et elle m’a répondu : “Alors les princesses peuvent être aussi courageuses que les princes ?”  » La petite a tout compris. Wonder Woman, tourné avec un budget de 149 millions de dollars et distribué par la Warner, est plus qu’un blockbuster réussi. Il a engrangé 100 millions sur le territoire nord-américain dès le premier week-end et, surtout, est immédiatement devenu un symbole féministe.

Le film réalisé par Patty Jenkins, qui a dirigé Charlize Theron dans Monster, a fait les gros titres, dont celui-ci : « Le meilleur démarrage jamais réalisé par une femme ». Un brin misogyne, peut-être, mais très révélateur de la lutte des sexes qui secoue Hollywood, où seulement 7 % des grosses productions sont confiées à des femmes et où les actrices gagnent, à rôle équivalent, peanuts par rapport aux acteurs.

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Le film qui tombe à pic

Wonder Woman, féministe ? Oui, dans le sens où les femmes sont aux commandes. Le phénomène a été vite récupéré. L’Amazone ravit les suffragettes. Le cinéma Alamo Drafthouse, situé à Austin, au Texas, décide d’organiser des séances interdites aux hommes. Une association d’écrivaines lève 7 000 dollars pour envoyer quelques centaines de jeunes New-Yorkais aux projections. Un mot d’ordre : « Ce film, nous devrions toutes le voir. “Wonder Woman” pourrait être la super­héroïne dont Hollywood et le monde ont besoin ». Rien que ça !

L’acteur Chris Pine, qui tient le principal rôle masculin près de Gal Gadot, explique : « C’est un film qui tombe très à propos, et dont la résonance dépasse le cadre du cinéma. Il montre qu’il y a de la place pour l’idéalisme et le désir de bien se comporter envers son prochain »

De miss Israël à actrice controversée

Dans le costume, une actrice peu connue. Qui est cette Gal Gadot qui crève l’écran en bustier et cuissardes, mais dont les déclarations de soutien aux actions de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, faites il y a trois ans, ont des répercussions sur la sortie du film (boycott au Liban, déprogrammation en Tunisie et en Algérie) ?

©AFP PHOTO / VALERIE MACON – Gal Gadot à la première mondiale de Wonder Woman.

Gal Gadot, la guerrière, a 32 ans. Elle est née à Rosh HaAyin, une petite ville dans le centre d’Israël, à l’est de Tel-Aviv. Fille d’une prof d’éducation physique et d’un ingénieur, la jeune femme s’est toujours adonnée à la pratique du sport : saut en hauteur, volley-ball et basket-ball. Question de taille. Mais aussi douze ans de cours de danse. Elle aurait d’ailleurs aimé être chorégraphe. Raté. Elle devient Miss Israël en 2004, à 19 ans, et participe au concours Miss Univers sans trop y croire. Elle tente des études de droit, rapi­dement balayées par des propositions dans le mannequinat.

Des couvertures de magazines et des pubs pour des marques de luxe au cinéma, il n’y a qu’un pas. Repérée par des directeurs de casting, elle manque de démarrer sa carrière dès 2008 en James Bond Girl dans Quantum of Solace, mais se fait chiper la place par une autre top model, Olga Kurylenko. Cette année-là, Gal se marie avec Jaron Varsano, un homme d’affaires israélien qui ressemble étrangement à Steve McQueen. Pour celle qui a la passion des engins à moteur – elle possède même une moto Ducati Monster S2R –, le hasard fait bien les choses puisqu’elle débute au cinéma un an plus tard, dans la franchise Fast and Furious qu’elle prend en marche. Dans les épisodes 4, 5, 6 et 7, aux côtés de Vin Diesel et Paul Walker, elle incarne Gisele Harabo, bras droit d’un mafieux. Une beauté farouche. Quatre films tournés à toute allure qui lancent sa carrière et dans lesquels elle effectue elle-même toutes ses cascades.

©Warner Bros – L’invincible fille de la reine des Amazones combat les Allemands en 1918 ! Son but : faire régner la justice sur le monde
Comme toutes les jeunes Israéliennes, Gal Gadot a fait deux années de service militaire obligatoire. Elle y a été entraîneur de combat. « L’exercice physique fait partie de mon éducation. À l’armée, on m’a inculqué la discipline. Mais ce n’était rien par rapport à l’entraînement que j’ai subi pour devenir Wonder Woman ! » Six mois de bagne, six heures d’efforts chaque jour. Elle apprend à monter à cheval et à tirer à l’arc, logique pour une Amazone, est initiée à l’escrime, à différents arts martiaux, kung-fu, jujitsu, capoeira, et transforme son corps en soulevant de la fonte. Elle qui se trouvait trop maigre prend 7 kilos de muscles. « C’était épuisant mais, au final, j’étais en forme, prête, déterminée ».

Jusqu’au-boutiste

Elle est enceinte de cinq mois de sa seconde fille, Maya, quand il faut refaire quelques prises du film, à la fin de l’année 2016. Elle donne tout, se déchaîne dans le froid, sous la pluie. L’équipe en parle encore. Et ça paie : véritable révélation, elle porte le film à bout de bras. Cultive la particularité de cette héroïne qu’on découvre pour la première fois sur grand écran, la défend : « Elle a eu une enfance idyllique, n’est mue par aucun esprit de vengeance. C’est une ­combattante redoutable mais elle peut aussi être vulnérable, sensible et perturbée. Et elle ne cache jamais son intelligence ou ses sentiments. Elle est ­différente des autres superhéros, premièrement parce que c’est une femme, mais surtout parce que son sens de la justice la rend unique ».

Il est bien loin le temps où la jeune Gadot apparaissait dans une série télévisée israélienne baptisée « Poupée ». La brune, devenue actrice par hasard, va désormais être reconnue dans le monde entier. Wonder Woman sort dans une cinquantaine de pays, où le film va inéluctablement faire un carton. Une suite est déjà prévue pour 2020. Et ce n’est qu’un début pour l’Amazone au lasso magique qui souhaite apporter un peu d’amour au monde. D’ici là, Gal Gadot sera forcément devenue une star incontournable. Son prénom signifie « la vague » et son nom « la rive ». Une prédestination pour un raz de marée annoncé.

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