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Princesse Delphine : ses enfants présentés à Albert II

Le titre de princesse qu’elle porte désormais, ce lien légitime et reconnu, fille d’Albert II, n’a jamais été un atout dans les métiers de l’art. Elle sait pertinemment que son destin repose en ses mains. | © BELGA PHOTO DIRK WAEM

People et royauté

A quelques jours de sa grande expo dans le nouvel et troisième espace de la galerie Guy Pieters de Knokke, sous son nom d’artiste, Delphine, la fille du roi Albert évoque sa nouvelle tranche de vie. Une existence qui, fondamentalement insiste-t-elle, n’a pas évolué d’un iota.


Dans un entretien long, à cœur ouvert, elle évoque pour Paris Match l’impact de la reconnaissance de sa filiation. La fin du port d’un secret de famille pesant, a engendré chez elle un regain de confiance, d’énergie créative. Elle parle de son travail d’artiste, auquel elle consacre plus de temps que jamais. Et ces actions caritatives qui affluent et qu’elle soutient de façon ciblée. Elle mentionne aussi ses relations avec la famille royale, ces liens du sang qui prennent aujourd’hui une autre dimension. S’il est prématuré de tirer des plans, et si Delphine a toujours refusé de « faire du Walt Disney », on a le sentiment en l’écoutant que, d’une certaine manière, “Love is in the air”.

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Delphine travaille d’arrache-pied. Chaque minute compte. Ce n’est pas neuf. Cela fait des années que nous la connaissons acharnée, le métier chevillé au corps. Vêtue d’une salopette ou d’un jean taché de peinture, les manches littéralement retroussées. Le “mood” est identique aujourd’hui. Mais le rythme s’est encore accéléré. Elle fonctionne montre en main. Plus que jamais.Elle est en plein bouclage du catalogue de l’expo chez Guy Pieters à Knokke, avec, lequel elle travaille depuis 2008. Sur le site de la galerie, son nom apparaît, entre de grands noms des arts plastiques – Wim Delvoye, Jan Fabre, tant d’autres. Il y a la signature, Delphine toujours. Et puis le nom complet, parmi les autres créateurs qui ont exposé chez Guy Pieters. Il est écrit en flamand : van Saksen-Coburg Delphine. Sur la bio du site, elle est présentée comme une « non conformist statement artist ».

Le titre de princesse qu’elle porte désormais, ce lien légitime et reconnu, fille d’Albert II, n’a jamais été un atout dans les métiers de l’art. Elle sait pertinemment que son destin repose en ses mains. Une forme de « positive thinking » qui frise parfois la monomanie. Sa vie est rythmée par les rituels exigeants. Discipline permanente pour elle et ses enfants. « Never give up » – Ne jamais abandonner : c’est le titre d’un de ses slogans, une règle d’or qu’elle applique au quotidien.

©BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Ruban rose et amour toujours

“La princesse Delphine de Saxe-Cobourg dévoile la 7e édition du ruban Pink Ribbon (*) ” Il y a deux ans encore, ou quasi, l’intitulé aurait semblé irréel. Sa signature, imprimée sur le fameux ruban rose, est un pan clé de sa création : The love line – la ligne de l’amour.

L’amour est un élément récurrent dans son travail. On songe par exemple à ce tableau intitulé « Flexible Love Machine ». Un programme en soi. Parmi les œuvres qu’elle propose dans la nouvelle salle de la galerie Guy Pieters, il y a ces miroirs à l’encadrement de style Empire où est gravée la phrase « I love you ». “J’ai une série de peintures autour du mot “love” », nous dit Delphine. « Ce mot que j’écris constamment sur toutes les surfaces pour me rappeler l’amour de la vie, et me souvenir aussi de m’aimer moi-même pour mieux transmettre cette amour, pour qu’il soit contagieux. Et contribuer à ma manière, je l’espère du moins, pour un monde meilleur. »

“No more blabla” traduit la prolongation d’un concept: ce rejet féroce des bruits de couloir, des potins nocifs, des chuchotements à son propos qu’elle maudissait enfant. “Le blabla, les potins, les ragots peuvent être vraiment destructeurs . Les thèmes que je traite sont similaires. Dans mon tableau “No more blabla”, je transforme le positif en négatif. Si vous regardez la peinture de près, vous y voyez ne explosion de couleurs joyeuses, comme des confetti… »

Il y a les sculptures d’un mètre, dont ce fameux “Blabla”. On remarque ici, dorée aussi, “Truth can set you free”. Toujours cette obsession de la vérité, le culte d’une certaine transparence. “Les fake news peuvent détruire la réputation de quelqu’un. »

On repère encore ces allusions directes aux médias, à ces trains qui n’arrivent pas à l’heure. Du sang, des larmes, de la boue parfois. “J’ai décoré une série de journaux censés représenter ces “bad news” dont on nous abreuve non-stop. J’ai voulu transformer ces mauvaises nouvelles en bonnes nouvelles : “Beautifying the press » . Dont cette page du New York Times, peinte, retravaillée, colorisée sur un mode naïf. Un cactus vert pétant fleurit ainsi entre les colonnes du quotidien.

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Vous avez récemment customisé une voiture de course avec l’inscription « Never give up » (N’abandonnez jamais), un de vos thèmes emblématiques : la Lamborghini Huracán du jeune pilote belge Esteban Muth qui participait cet été au championnat allemand Deutsche Tourenwagen Masters (DTM) sur le circuit de Zolder. Vous avez également conçu une collection de robes ornées de certains de vos motifs et slogans. C’est plutôt novateur pour un membre d’une famille royale.
Delphine de Saxe-Cobourg. J’ai décoré sa voiture avec mes poèmes. Ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’avec cette notoriété maintenant publique, reconnue légalement, légitime donc, je peux appuyer l’action de certains jeunes, les aider à poursuivre leur rêve. Ce pilote, qui a tout juste 19 ans, poursuit une carrière très compliquée et doit renoncer à une vie normale. Ce jeunes doivent sacrifier toute une partie de leur vie pour tenter de percer dans leur projet.

Ce sont aussi des sports d’argent. Ils doivent réunir des fonds importants, c’est un autre type d’énergie à déployer…
Ça c’est un autre volet. Mais ce que je vois surtout, c’est qu’ils doivent, pour réussir, mettre beaucoup de choses de côté. Ils n’ont pas le temps d‘avoir une vie privée, ils doivent renoncer à tant de choses pour réussir leur rêve et ça, j’y crois profondément. Ce type de carrière peut susciter beaucoup de jalousie, de l’envie. Mais ils doivent poursuivre leur ligne coûte que coûte. J’admire beaucoup ce genre de parcours.

Il y par ailleurs cet esprit de compétition qui pousse à se dépasser…
Ce n’est pas ce qui retient le plus mon attention. Je vous dirais que, personnellement, les voitures ça ne me dit rien. Pour moi, c’est un truc en fer qui m’emmène d’un endroit à un autre, au départ, je n’en ai franchement rien à faire ! Mais quand je sais combien ils doivent vivre dans la discipline et mettre tant de côté de leur vie pour réussir, ne pas abandonner, cela me touche. C’est un exemple.

Vous avez beaucoup utilisé le mot “taboo” dans vos œuvres. Un tabou est tombé dans votre vie. Un éclairage neuf, sain baigne désormais votre quotidien. Quels sont aujourd’hui à vos yeux les tabous majeurs dans la société ?
Oh, il y en a sans doute une série. Mais ce qui me vient spontanément à l’esprit c’est la maladie, le cancer en particulier. La maladie peut faire peur, en parler peut être un tabou. C’est quelque chose qui nous appartient et qu’il faut respecter bien sûr. Tout le monde n’a pas envie de communiquer là-dessus. Mais il faut pouvoir en parler aussi, pour éviter d’isoler la personne qui traverse la maladie. Les choses évoluent bien dans ce sens, mais pas encore suffisamment. Il faut qu’on puisse vivre ouvertement une maladie, quelle qu’elle soit. Sauf bien sûr si le malade n’en a pas le souhait.

« I love you, no more blabla ». Nouvelle expo de Delphine dans le nouvel espace, le 3e, de la galerie de Guy Pieters Gallery. Knokke. Du 8 au 21 novembre 2021. Zeedijk 755, 8300 Knokke-Heist – www.guypietersgallery.com – 050 61 28 00

(*) Pink Ribbon finance aussi les projets du Fonds Pink Ribbon. Ceux-ci visent l’amélioration du traitement médical et de la qualité de vie des personnes touchées par le cancer du sein et de leur entourage. Le Fonds Pink Ribbon est géré par la Fondation Roi Baudouin. www.pink-ribbon.be.

Participation à l’expo collective « Aeroplastics ». Jusqu’au 20 octobre, sur rendez-vous – 207 VDK | rue Vanderkindere 207 | 1180 Bruxelles – T (0)2 537 22 02

La suite de l’entretien au long cours – dix pages spéciales – est à lire dans Paris Match Belgique dès ce 7 octobre.

 

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