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Retour de la princesse Claire : controverse et règlements de compte

Assise aux côtés de la reine Paola et dur oi Albert, la princesse Claire est ovationnée pour son retour. | © BELGA PHOTO HADRIEN DURE

People et royauté

Ce devait être une fête : après avoir traversé deux années très lourdes en raison de problèmes de santé, la princesse Claire est réapparue officiellement en public pour la première fois. Mais les réjouissances virent à la controverse.

 

Par Christian Marchand / Photos Didier Lebrun et Frédéric Sierakowski

Mercredi 6 octobre dernier, palais des Académies de Bruxelles. Albert II et la reine Paola remettent le prix Terre d’avenir, qui récompense chaque année les meilleurs projets concernant l’environnement, la terre ou l’espace. Ceux-ci doivent être de nature à améliorer la qualité de la vie par une approche scientifique, technique, artistique ou écologique. Ce prix, qui s’adresse aux élèves et aux écoles de l’enseignement technique, professionnel et artistique, est une initiative de la Fondation Reine Paola, en collaboration avec la Fondation Dirk Frimout. Cette année, douze lauréats, issus des trois Communautés du pays, ont été récompensés. Mais la réjouissante surprise n’est pas là. Celle-ci a le visage d’une femme de 47 ans qui vient de traverser deux années difficiles : la princesse Claire.

Souriante, certes un peu marquée, l’épouse du prince Laurent (qui n’est pas présent) semble heureuse d’être là. Assise à côté d’Albert et Paola, elle est ovationnée. Elle acceptera même de prendre la pose sur la place des Palais. Que la princesse Claire brise le silence en compagnie de la reine Paola n’est pas un hasard : les deux femmes s’estiment énormément. Paris Match l’a souvent évoqué, Paola n’a jamais oublié ce que sa belle-fille a fait pour remettre son fils Laurent sur le droit chemin après bien des tourments. Claire a souvent été invitée à passer des vacances avec le couple royal sur son yacht. À l’époque du règne de son mari, Paola a même tout fait pour que sa belle-fille puisse occuper une fonction officielle. Claire rêvait de pouvoir aider la population défavorisée.

Bref, cela semble être du bonheur au premier degré. Mais, le lendemain de la réapparition de son épouse, alors qu’il est en visite à Anvers et qu’il est interrogé sur la longue absence de celle-ci, le prince Laurent jette un froid : « Elle en a assez de la façon dont elle est traitée dans certaines sphères belges », déclare-t-il à nos confrères de Gazet van Antwerpen. « C’est sa façon de dire qu’elle n’est pas d’accord. »

Cela nous renvoie à ce que le Prince déclarait voilà quelques mois, à la suite de « la longue maladie » contractée par Claire, atteinte ensuite par le coronavirus : « En raison de mon éternel problème avec le gouvernement, je n’ai pas droit aux soins de santé. Heureusement, les collaborateurs de mon frère le Roi (notamment les spécialistes Marc Van Ranst et Michel Lambert) sont venus à mon secours. Je tiens à les remercier du fond du cœur. »

 

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Cet « éternel problème » est à l’origine de tout : la famille du Prince n’a pas droit à la sécurité sociale. En raison de sa dotation, Laurent ne peut ni travailler ni avoir droit à des indemnités de mutualité, comme tout citoyen belge. « Il paie ses frais médicaux au prix fort », a dénoncé jadis son avocat Me Laurent Arnauts. Celui-ci avait déjà tiré la sonnette d’alarme : « La famille du prince Laurent se retrouve dans une véritable situation d’urgence. »

Nous l’évoquions dans notre grand reportage de janvier sur la famille de Laurent et Claire et l’état de santé de celle-ci : une étude de l’auditeur du travail Charles-Éric Clesse donne raison au prince Laurent. En matière de droit au travail et de droit à la sécurité sociale, ce dernier est, tout comme sa sœur, la princesse Astrid, « victime d’un régime discriminatoire ». Astrid et Laurent « sont traités différemment en raison de leur naissance » et « moins bien » par rapport aux citoyens belges.

Ce sont les conclusions d’une étude de onze pages que l’auditeur du travail du Hainaut et chargé de cours à l’ULB a publié, sous le titre « Les Dotations royales et le droit social », dans le Journal des tribunaux du travail, la publication de référence en Belgique francophone des éditions Larcier. Ce spécialiste reconnu de la législation sociale est formel : pour lui, il est nécessaire de rétablir une égalité de traitement et, pour ce faire, de réviser la loi de 2013 concernant les dotations octroyées à des membres de la famille royale. À défaut de quoi, Astrid et/ou Laurent pourrai(en)t se prévaloir notamment de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour « exiger de l’État belge le bénéfice du droit à la sécurité sociale et d’un droit au travail ».

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Le débat oppose depuis toujours les partisans des dotations princières et ceux qui affirment que les princes et princesses doivent travailler, les premiers estimant que le cadet d’Albert et Paola ne peut être un citoyen comme un autre. De surcroît, le dossier est envenimé depuis toujours par certaines initiatives du Prince, « sa façon de provoquer les autorités par des choix indélicats ». On se souvient du scandale créé par un voyage au Congo contre l’avis du gouvernement Leterme et contre l’avis du Palais.

La maison royale avait été « ulcérée par ce déplacement qui donne une caution importante au régime de Kabila ». La controverse ne fut pas moins importante avec les contacts de Laurent en Libye. Laurent a toujours affirmé qu’il agissait de bonne foi. Mais il reste le frère du Roi… Ces difficultés s’ajoutent au fait que le Prince cherche désespérément (mais légitimement)à se faire rembourser une dette de la Libye.

Un combat qu’il mène depuis quasi dix ans et qui l’use. Le frère cadet du Roi s’est plaint plusieurs fois de ne pas avoir été soutenu par l’État belge dans ses tentatives de récupérer cette créance auprès des autorités libyennes, au contraire d’autres entreprises.

Voilà comment le retour de la princesse Claire à l’avant-plan s’est transformé en véritable controverse.

 

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