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Mario Danneels, l’homme qui « révéla » l’existence de Delphine: « Si elle n’avait pas gagné son courageux combat, je n’aurais pas pu vivre avec moi-même » »

Delphine Boël, devenue Delphine de Belgique, qui a été révélée par Mario Danneels dans son livre Paola. De ‘la dolce vita’ à la couronne

Delphine, ici en 2019 pour Paris Match, lors d'une exposition d'art urbain à Bruxelles. ©Ronald Dersin/ Paris Match Belgique

People et royauté

« On m’a traité de porc, on a voulu ma mort, on m’a accusé de complotisme avec l’extrême droite. (…) Après le discours de Noël du roi Albert en 1999, on a arrêté de me traiter de menteur, d’affabulateur…» Installé en Irlande depuis plusieurs années, Mario Danneels, le journaliste flamand qui « livra » au monde l’existence de Delphine, revient sur ce chemin de croix qui fut aussi, longtemps, le sien : menacé, soupçonné de pacte avec les ultra-nationalistes flamands, accusé d’avoir voulu déstabiliser l’institution monarchique en Belgique…

Avec son allure d’éternel jeune homme, il fait partie des témoins qui apparaissent dans le long documentaire sur Delphine produit par Warner Bros et réalisé par l’excellent Chris Michel. Dans ce généreux opus, où témoigne notamment Jim, l’époux de Delphine, une production d’envergure internationale, montrée tout récemment au Festival Cannes Séries, il évoquait le sentiment de culpabilité qui l’a longtemps rongé vis-à-vis vis de cette dernière. Même si il a été clairement établi il y a des lustres déjà que sa prétendue « révélation » sur inexistence de la fille d’Albert n’avait de “révélation” que le nom. Car en réalité, les cercles informés étaient au courant depuis longtemps.

Il n’a jamais, nous explique-t-il, imaginé une seconde l’impact astronomique qu’aurait ce minuscule paragraphe ajouté en dernière minute dans son livre « culte » : une biographie de Paola qu’il avait soigneusement concoctée en compilant une série impressionnante de témoignages (1999 – Paola, van ‘la dolce vita’ tot koningin – 2000 – Paola. De ‘la dolce vita’ à la couronne.)

Installé en Irlance, où vite son frère, depuis de longues années, il revient sur ce chemin de croix qui fut longtemps le sien : menacé, soupçonné de pacte avec les ultra-nationalistes flamands, soupçonné aussi d’avoir été “aidé” pour rédiger son livre, accusé d’avoir voulu déstabiliser l’institution monarchique en Belgique, voire l’Etat tout court.

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Vous nous rappelez d’emblée que vous avez été, dès la sortie de votre livre, diabolisé.

Oui. En 1999, dès la parution, j’ai été essentiellement « vilifié », sali, diabolisé. Et ce durant de longues années.

Dans toute la Belgique?

Moins en Flandre au départ. J’ai pu travailler pour des supports solides comme le Standaard ou le magazine Humo, des réaction respectables qui m’ont considéré comme un collaborateur sérieux. Mais dans la partie francophone du pays, l’accueil du livre a été compliqué. Jusqu’en 2003 certainement, les doutes ont subsisté quant au fait que j’aie pu écrire le livre seul. Et jusqu’à cette date, on m’a soupçonné d’être un rouage de l’extrême droite flamande. Ces accusations ont été outrageuses pour moi.

Vous avez exprimé récemment la culpabilité que vous avez ressentie à l’égard de Delphine notamment. Et aujourd’hui vous acceptez de répondre à nos questions pour raconter tout le fond de cette tranche importante de votre vie. Pourquoi aujourd’hui sortir de ce que l’on peu appeler communément un “long silence” ?

D’une part il y a eu la reconnaissance de Delphine, qui a engendré, de fait, un immense soulagement comme je l’ai exprimé. J’avais un sentiment de culpabilité à son égard, j’y reviendrai (lire un peu plus bas).

Par le fait d’avoir rendu public ce pseudo-secret ?

Oui. Même, si je le répète inlassablement, l’objectif n’était nullement d’écrire un livre à scandale. Ni d’être racoleur. Simplement, les informations sur l’existence d’une fille cachée d’Albert me sont parvenues alors que je bouclais mon livre biographique sur Paola, après avoir entendu nombre de témoins qui la connaissaient.

Revenons avant tout sur la conception de ce livre. D’où venait cette envie, à 18 ans, d’une biographie de Paola ?

Depuis ma prime enfance, j’ai toujours aimé écrire des histoires. En 1996 ma mère avait ramené à la maison un exemplaire de SDF Journal, un journal destiné aux sans-abris, qu’on achetait en rue et qui n’existe plus aujourd’hui. Ils cherchaient des volontaires pour y écrire. J’ai posé ma candidature et j’ai commencé à y rédiger des articles royaux qui contribuaient à booster les ventes et à aider, donc, les plus démunis. La mort de Baudouin m’avait marqué. En 1997, quand Paola a fêté ses 60 ans, j’ai constaté, à ma grande surprise, qu’il n’y avait pas de livre qui lui soit consacré. Elle était en Belgique depuis une quarantaine d’années et personne ne s’était penché sur sa trajectoire.

 

Mario Danneels lors de la sortie de sa fameuse biographie de Paola, en 1999. ©Belga Photo

Comment expliquez-vous cela, retenue ou manque d’intérêt à l’époque pour ce type de sujet?

Je pense que la famille royale était alors encore sur un piédestal aux yeux du grand public. Aucun aspect de leur vie qui aurait pu potentiellement faire l’objet d’une “controverse” n’était abordé. J’étais intrigué surtout quant à moi par ce rôle de reine qu’elle endossait si bien, et cette image de princesse plus légère qui lui avait collé à la peau plus tôt. Il y avait là un contraste étonnant, interpellant. Je me suis demandé qui elle était vraiment. Je voulais en savoir davantage sur ce qui était parfois suggéré à tort – sur son parcours personnel, son mariage et l’échec temporaire de celui-ci, ses difficultés de mère, les relations extra-conjugales qui lui avaient été attribuées etc. A la réflexion, je me suis dit qu’elle était peut-être trop controversée et qu’il manquait vraiment un portrait honnête de son personnage. Qu’elle le méritait.

Vous avez donc entamé cette enquête fouillée, portant avant tout sur sa personnalité, sur les ressorts psychologiques de son évolution?

Oui. Ne trouvant pas d’ouvrage, je me suis lancé dans des recherches d’archives. J’ai consulté d’anciens journaux, suis allé dans les bibliothèques… Je rappel que c’était avant l’ère d’Internet. Plus que jamais, son personnage retenait mon attention. Elle était belle à tomber, très moderne dans le contexte de l’époque – son profil contrastait considérablement avec ceux de Baudouin et Fabiola. Elle avait, en tant que princesse, une fraîcheur unique, fraîcheur qui s’est estompée lorsqu’elle est devenue reine. Elle était aussi timide et réservée. Le public savait peu d’elle. Je me suis dit que quelque chose avait dû se passer en elle qui avait pu engendrer cette fracture entre la ravissante jeune Italienne qui épousa Albert et la reine qu’elle était devenue. Tout ce que le public savait d’elle se résumait quelques points pour la plupart très superficiels dont ceux-ci : l’Italie lui manquait et elle aimait les animaux… Je me suis tellement investi dans ces recherches. J’éprouvais à son égard une réelle fascination pour son profil : celui de quelqu’un qui avait, je le pressentais, une vraie “back story” – une histoire de fond que l’on ignorait alors même qu’elle était notre reine.

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Quand avez-vous pris connaissance de l’existence de Delphine ? Était-ce alors ce secret de polichinelle qu’on a décrit plus tard ?

Non. Je pense qu’à l’époque, c’était un vrai secret. J’avais, pour réaliser la bio de Paola, réuni environ quarante témoignages. J’avais eu deux ans pour compiler ces entretiens et pour les rédiger. J’avais 16 ans quand j’ai commencé ce travail et j’avais toujours mes devoirs à faire pour l’école! Je l’écrivais donc durant mes heures de détente, durant les soirées ou congés scolaires. J’ai commencé par interviewer des journalistes, ensuite ceux-ci m’ont recommandé d’autres contacts, ensuite allant de cercle en cercle je me suis rapproché de plus en plus des intimes de Paola.

Comment avez-vous été reçu, perçu alors par ces sphères ?

A cause de mon âge, personne je crois ne me prenait au sérieux. Ils ont dû me trouver mignon, comme un jeune fan admirateur de la reine. Mes interlocuteurs pensaient que c’était avant tout un travail d’ordre un peu scolaire. Et puis un jour, je me suis retrouvée assis dans la salle de séjour du prêtre qui se rendait au Belvédère trois fois par semaine. Cette personne n’avait jamais parlé à un journaliste mais ici encore, chacun me voyait comme un petit garçon qui préparait un mignon petit projet. Tout cela m’a donné l’occasion de me rapprocher davantage du cercle intime de la reine. Ce prêtre m’a confirmé par exemple que Paola et Fabiola se chamaillaient et m’a dit combien Fabiola pouvait être “difficile”. Il m’a donné des infos qu’il n’aurait jamais données à un journaliste plus « officiel » ou établi.

 

Le prince héritier Philippe de Belgique et la princesse Mathilde saluent, le 04 décembre 1999, la foule rassemblée sur la Grand-Place, depuis le balcon de l’hôtel de ville de Paru quelque semaine avanBruxelles après la célébration de leur mariage civil. Avec sa biographie de Paola parue quelque temps plus tôt, Mario Danneels sera accusé d’avoir voulu préparer « une bombe pour gâcher le mariage royal. »©Photo by DENIS CHARLET / AFP.

Vint enfin l’info que vous n’attendiez pas…

J’interrogeais tous mes interlocuteurs sur le mariage d’Albert et Paola, sur leur couple et j’obtenais une réponse standard : il y a eu des problèmes mais n’est-ce pas fantastique de voir leur couple aujourd’hui. Le message était invariable : nous devons regarder le présent et vers l’avenir. Je ressentais une forme de frustration : qu’y avait-il donc là derrière de si néfaste que personne n’osait le mentionner ?
André Van Halewyck, mon éditeur, avait publié les mémoires d’Herman Liebaers, grand maréchal de la Cour de Baudouin dans les années 70 (De 1974 à 1981. NDLR). Il m’a dit que lors d’un déjeuner, ce dernier lui avait dit avoir lu les deux premiers chapitres de mon livre. Ça l’avait « impressionné » et il était d’accord à l’idée de me rencontrer. Non pour une une interview proprement dite, mais pour répondre peut-être à l’une ou l’autre question. A ce stade, mon livre était bouclé. J’avais terminé mes entretiens. On était alors au début de l’été 1999. Lorsque je lui ai demandé de me parler du divorce d’Albert et Paola, qui avait failli se nouer, en lui expliquant que personne n’avait voulu me répondre sur ce point, il m’a répondu que tout le monde savait qu’Albert avait une autre fille. J’étais abasourdi. Quand il disait « tout le monde », il faisait allusion à ceux qui évoluaient dans les cercles royaux. Il ne m’a pas mis en garde du tout par rapport à cette info. Il a assisté ensuite à la conférence de presse donnée pour la présentation du livre et il s’est dit surpris par le tsunami que ce passage de mon livre avait provoqué, sidéré par l’onde de choc.

Comment avait-il pu à ce point sous-estimer l’impact d’une information de cet ordre ?

Pour rappel, c’était lui, franc-maçon par ailleurs, qui avait décrété, dans une interview en 1991, que Philippe n’était « pas capable ». Il était à l’origine de cette controverse. (« Il n’est pas capable et ne le sera jamais. » Le quotidien flamand De Morgen publie à l’époque les confidences d’Herman Liebaers, réputé proche de Baudouin. Dans son viseur : le prince Philippe, 31 ans, dont l’image en pâtira pendant plusieurs années. NDLR). Je l’ai senti très peu friand de Fabiola mais proche de Baudouin et, de manière générale, honnête dans ses propos.

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Pourquoi s’était-il confié à vous aussi clairement ?

Peut-être estimait-il qu’il était temps de le dire. Sans doute aussi a-t-il voulu me donner un coup de pouce, sachant que les quarante témoins que j’avais rencontrés avaient soigneusement omis de donner cette vérité.

Vous ne vous êtes pas contenté d’ajouter l’info sans autre procès.

Non. Dès le moment où je l’ai appris, j’ai recontacté mes témoins pour leur demander si l’information était exacte. Aucun d’entre eux ne l’a contestée. Il y eut ensuite de nombreuses discussions avec mon éditeur. Si vous écrivez une biographie sur quelqu’un et qu’il apparaît que l’époux de cette personne a entretenu un longue histoire d’amour en parallèle à son mariage pendant des années et qu’un enfant est issu de cette union hors mariage, l’impact sur la vie de chacun est considérable. Paola de son côté avait été photographiée avec d’autres hommes. Ce large pan de leurs vies respectives explique tant de choses sur le couple, sur la dynamique du mariage, sur le contexte sociétal des années 60 et 70. En fait, cela explique tout.
Nous avons donc décidé, mon éditeur et moi, de placer l’information dans le livre, mais de manière discrète.

Vous soulignez encore que l’intention n’a jamais été de publier un livre à scandale.

Cette mention fait une demi-ligne. Si j’avais cherché à faire un livre à scandale, j’aurais rédigé cinq chapitres sur la question, quitte à délayer les infos reçues. Mais j’ai estimé que cette information était très importante et méritait d’y figurer mais nous avions d’autres scoops : par exemple le fait que Stefaan De Clerck, lorsqu’il était ministre de la Justice, avait parlé très ouvertement pour apaiser ce qui se passait dans le pays en 1996 dans le contexte de l’affaire Dutroux. Dans un autre registre, le chef cuisinier privé d’Albert et Paola m’avait révélé que Paola avait eu un accident de voiture près de Paris. Cela avait été tenu secret.

 

Mario Danneels en 2012 pour la sortie d’un autre livre sur la famille royale belge… ©BELGA PHOTO KRISTOF VAN ACCOM

Comment expliquez-vous aujourd’hui que vous ayez, vous aussi, été tellement surpris par les proportions qu’a prises cette révélation de quelques mots dans un livre ?

Peut-être parce que j’avais 18 ans, j’étais encore naïf. J’avais juste l’impression d’avoir complété le puzzle pour rendre plus compréhensible le tableau de la vie de Paola et son portrait. Bien sûr, mon éditeur et moi étions conscients que nous avions là une info forte mais nous avons pensé que si nous la placions dans le texte d’une façon sobre et respectueuse, les choses se passeraient bien et que ça ne prendrait pas les proportions d’une affaire d’État.

Vous dites même avoir été déçu de cette focalisation sur un point de la biographie.

Oui parce que j’avais fait tant de recherches. Notamment sur la réconciliation entre Albert et Paola à travers le mouvement du Renouveau charismatique, c’était un élément qui est apparu comme neuf à l’époque, le rôle de la religion dans la vie de Paola, le rôle d’Astrid aussi… C’était tellement décevant d’avoir passé deux ans de ma vie à travailler à ce livre, à faire des recherches, à parler à tous ces intervenants, dont le prêtre et le chef privé du Belvédère entre autres, pour voir à sa sortie mon travail réduit à cette notion d’une demi-ligne. Pour la première fois les Belges pouvaient se faire une idée de la personnalité de la reine. Personne n’avais jamais parlé jusque là de qui elle était vraiment.

L’avez-vous rencontrée en personne ?

Non. J’ai rencontré son secrétaire privé au Palais royal, qui m’a parlé de ses œuvres de bienfaisance et de son engagement social.

Le ton restait très figé ?

Oui. Ça a peut-être un peu changé depuis. Le Palais s’est amélioré dans sa communication avec les journalistes mais je suppose qu’à l’époque d’Albert et de Paola, il y avait de bonnes raisons d’essayer d’occulter la vie privée du couple. Ceci dit, Paola était pleinement au courant des contacts que je prenais et des personnes que j’interrogeais dans son entourage. Chacun de ces intervenants avait pris soin de me recontacter avec quelques jours de décalage par rapport à ma demande. Vraisemblablement, ils lui demandaient l’autorisation de participer à la bio que je préparais.
J’ai grandi dans un petit village près de Bruges. Une personne qui travaillait sur le yacht d’Albert et Paola vivait près de chez moi. C’était une des rares personnes à avoir décliné ma proposition d’entretien. Que cela touchait à leurs moments de villégiature et que c’était sacré. Presque tous les autres contacts que j’ai sollicités ont accepté de me parler.

Le roi et la reine soupçonnaient-ils que vous aviez cette info, ou du moins le redoutaient-ils selon vous ?

Ils n’étaient pas du tout au courant. Comme elle le dit dans le documentaire de Warner Bros sur Delphine (diffusé sur la VRT et RTL_TVI), Sybille a découvert cela avant qu’Albert n’en soit informé. Maintenant, auraient-ils redouté que cela ne sorte, tout en l’espérant d’une certaine manière confuse, c’est une question difficile. Au fil des ans, après la publication, quelqu’un a posé la question à la secrétaire particulière de Paola. Celle-ci a assuré que « la reine n’avait pas déchiré (démoli?) le livre ». Un ministre du gouvernement m’a dit que, quelques jours après la publication, l’atmosphère lors d’une réception tenue par le couple royal était très « malaisante ». Que personne ne parlait. Paola aurait commencé à évoquer le livre : selon cette source, elle était choquée, non par le livre en soi, mais par le traitement et le relais extravagant qu’en ont fait les médias, belges notamment.

Quelle a été à votre connaissance la réaction du roi Albert ?

C’est très difficile à savoir. Le Palais n’a jamais tenté de m’approcher, ni l’entourage du couple royal. Il y a eu juste le silence. Je sais par ailleurs que le prince Laurent avait affirmé que je le dégoûtais en tant que journaliste.

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Peut-on dire que le traitement des sujets royaux a changé dès ce moment, vers un mode plus anglo-saxon de l’info relative à la vie privée, même d’un chef de l’État ?

Peut-être. Un gamin de 18 ans qui publie un livre sur la reine était déjà assez étrange. J’étais pratiquement un enfant. C’était, j’imagine, “the perfect story and the perfect storm” – le récit parfait et la tempête qui va avec… Il y avait aussi cette innocence et cette forme d’inconscience qui a facilité les excès de la presse qui a pu se jeter sur le sujet et s’en donner à cœur joie. Même si beaucoup savaient au fond qu’Albert avait une fille “cachée”. Dans le livre, je rappelle que le nom de Delphine n’apparaissait pas, j’ignorais d’ailleurs son nom. Herman Liebaers ne me l’avait pas communiqué. De même le lieu où elle vivait – Londres – n’y était pas évoqué. Un journaliste a dit alors : son nm est Delphine. Le lendemain, une meute de paparazzi était devant sa porte à Portobello Road. Ensuite Het Scheld, un magasine nationaliste flamand de gauche et une semaine plus tard le satirique francophone Père Ubu ont embrayé et rebondi sur l’info.

Vous avez été rapidement dans l’œil du cyclone…

Les premiers mois qui ont suivi la parution du livre ont été irréels. J’ai été littéralement ostracisé. J’ai fait l’objet de théories conspirationnistes. On disait notamment que j’étais trop jeune pour avoir rédigé le livre. Ces accusations m’ont terriblement blessé.
On a prétendu que j’étais un homme de paille, utilisé à des fins de destruction de la monarchie, en gros. C’était risible et complètement fou. Personne n’avait l’ombre d’une trace de preuve pour avancer des accusations aussi lourdes.
C’était d’autant plus grotesque que ça allait à l’encontre de mes idées. Mon éditeur était ancré à gauche, ancien soixante-huitard de l’époque du slogan « Walen Buiten » à l’Université de Leuven. Je me souviens d’un micro-trottoir lors d’un journal parlé sur une grosse chaîne nationale. Les passants affirmaient qu’ils croyaient en ces théories de la conspiration. Alors même que la dernière chose que je souhaitais était d’être associé à des politiciens de droite, a fortiori de droite extrême… C’est tout simplement aux antipodes de mes opinions. Et puis, vous imaginez : être traité d’homme de paille du Vlaams Belang ! C’était quelque chose d’horrible. Soudain, le pays tout entier connaissait mon visage et m’associait à ce parti.

Vous avez été agressé ?

Oui. J’ai été insulté et malmené dans la rue, on m’a régulièrement bousculé, interpellé, invectivé, accusé donc d’être un suppôt de l’extrême droite. J’ai été ostracisé aussi. Par exemple, j’étais invité assez souvent à participer à des débats avec des politiques, des personnalités du monde académique etc. Et tout à coup, on annulait mon invitation. Ou certains intervenants refusaient de participer en ma présence. Ça s’est passé en Flandre aussi, mais beaucoup moins qu’en Wallonie. Les portes du Palais m’étaient fermées. Ketnet voulait faire un film sur la dynastie et le musée Bellevue, et on ne m’a jamais donné accès (?)
Je me souviens d’un professeur d’histoire connu qui, une sortie après la sortie du livre, m’accusait de tous les maux. Je lui ai demandé s’il avait lu le livre, il m’a répondu que non. Cela disait tout de ces a priori que certains voulaient entretenir à mon égard. Je lui ai dit que le livre était très favorable à Paola. Plus largement, au sud du pays, on m’attaquait sans avoir lu le livre, qui avait pourtant entre-temps été bien sûr traduit en français. Au moins, en Flandre, les critiques étaient plus équilibrées et venaient de personnes qui l’avaient lu et avaient pu constater que ce n’était pas un livre “à scandale”. J’ai toujours eu le sentiment qu’en Wallonie, certains cherchaient à flatter le Palais. En Wallonie, des académiques, hommes d’affaires ou politiques sont plus fascinés je pense par l’idée d’obtenir un jour peut-être un titre de noblesse. Quant aux journalistes, il y a parfois l’espoir de pouvoir publier un livre qui permettra des révélations plus personnelles.

Vous y êtes arrivé, mais sans avoir dû « flatter » ou courtiser le Palais au préalable?

Sans doute mais c’était le résultat de mon travail méthodique, de longue haleine. Une fois encore, je cherchais des angles neufs, des détails de vie mais je n’étais pas en quête du scoop croustillant à tout prix…

La vague médiatique était telle que c’est comme si j’avais été heurté par un bus. Je répondais à toutes ces interviews à la chaîne, j’étais épuisé, je fonctionnais vraiment en mode survie. Je répétais inlassablement que toutes ces accusations de complotisme n’avaient aucun fondement.

Le Vlaams Belang ou d’autres militants nationalistes ont-ils tenté de vous approcher ?

Non, heureusement. Je me souviens juste de cette séquence, quelques mois après la sortie du livre : j’étais dans un café et des supporters du Vlaams Belang m’ont approché pour me “féliciter”. Je leur ai dit d’aller se faire voir. Pour être honnête ma réponse n’a pas été très polie…

Avez-vous fait une déclaration officielle et publique pour réaffirmer votre absence de liens ou de connivence avec ces mouvances?

Non. J’étais trop occupé à défendre le livre de manière générale. La vague médiatique était telle que c’est comme si j’avais été heurté par un bus. Je répondais à toutes ces interviews à la chaîne, j’étais épuisé, je fonctionnais vraiment en mode survie. Je répétais inlassablement que toutes ces accusations de complotisme n’avaient aucun fondement. Que rien de tout cela n’était vrai. Mais ça leur convenait, du moins ça convenait à certains dans leur narration.

En donnant un contexte inventé, une motivation cachée, relevant d’une politique de l’ombre, cela devenait plus “vendeur” ou plus acceptable du moins ?

Sans doute. Ce qui a alourdi mon cas aux yeux de certains, c’est ce concours de circonstances. Malheureusement mon livre était sorti le 19 octobre 1999. Et le prince Philippe avait annoncé ses fiançailles avec Mathilde en septembre. Cet élément s’est ajouté au scénario selon lequel j’avais préparé une “bombe” pour “gâcher le mariage royal”. Or la parution du livre avait été annoncée dès janvier. Rien de cela n’avait été prémédité. Ce livre qui aurait été conçu pour “gâcher la fête” du mariage était bouclé depuis six semaines lorsqu’il est sorti. Il aurait été impossible de prévoir ces fiançailles. Lorsqu’elles ont été annoncées, le livre était sur le point de partir à l’imprimerie. Nous nous n’aurions pu ajouter des passages et faire des updates dans un timing aussi serré. Si nous l’avions su d’ailleurs, nous aurions pu ajouter rapidement des photos familiales avec Mathilde à Laeken.

Les coups de fil “abusifs” notamment m’ont blessé terriblement. C’était une pression de tous les instants. Ces insultes arrivaient souvent aux oreilles de ma mère aussi. Il arrivait aussi qu’elle en fasse l’objet. Je me souviens de ces missives où on me traitait de porc, où on souhaitait ma mort. Un soir, j’ai trouvé ma mère en larmes. Elle était saturée…

Vous avez donc subi des menaces. Quels sont vos pires souvenirs ?

Il y en a eu pas mal. Les coups de fil “abusifs” notamment m’ont blessé terriblement. C’était une pression de tous les instants. Ces insultes arrivaient souvent aux oreilles de ma mère aussi. Il arrivait aussi qu’elle en fasse l’objet. Il y a eu des courriers aussi, des lettres d’invectives, pour la plupart des courriers anonymes etc. Je me souviens de ces missives où on me traitait de porc, où on souhaitait ma mort. Un soir, j’ai trouvé ma mère en larmes. Elle était saturée et a décidé d’écrire une lettre aux rédactions en chef des principaux médias. Les gens évoquaient mon nom, ma personne d’une façon qui ne me ressemblait en rien, ça devenait trop lourd pour elle. Elle voulait me défendre mais je lui ai demandé de ne pas envoyer ce courrier.

Vous ne disposiez d’aucune autre protection ?

Mon éditeur m’avait offert pendant quelques semaines les services d’un “minder”, une sorte d’assistant qui veillait à mon emploi du temps notamment.

C’était la folie dans mon petit village de Flandre occidentale. Il y avait des vans avec des antennes télé satellite d’Italie ou d’Espagne, d’Irlande, d’Asie, d’Argentine…

Faisait-il office de garde du corps aussi ?

Non, mais il s’assurait que je gérais cette pression. Les journalistes débarquaient à Bruxelles de partout en Europe. Il organisait tout. Je devais juste m’asseoir dans un café et répondre à leurs questions toute la journée.
C’était la folie dans mon petit village de Flandre occidentale. Il y avait des vans avec des antennes télé satellite d’Italie ou d’Espagne, d’Irlande, d’Asie, d’Argentine… Les médias dans la partie francophone du pays ont beaucoup douté de la véracité de l’existence d’une « fille cachée » d’Albert. Il y a eu un tas de débats à ce propos. Et beaucoup d’hypocrisie. Certains de ces médias l’affichaient en cover avec un bandeau noir sur les yeux réduisaient son nom à une initiale par exemple mais l’utilisaient néanmoins pour vendre leur titre. C’était vraiment un double langage du type on ne touche pas au roi mais on ne résiste pas à l’idée de mentionner sa fille cachée.

Comment avez-vous survécu à la tempête médiatique et à la campagne de dénigrement ?

Il y a eu aussi beaucoup de gens qui ont eu des réactions positives, cela aurait pu aider mais hélas je me suis rendu compte rapidement que la plupart d’entre eux étaient enthousiastes pour les mauvaises raisons. Il était évident que c’étaient, là encore, des supporters du Belang. Des anti-monarchistes basiques, des anti-Belgique aussi, tout simplement.

Quel était votre regard plus largement sur la monarchie ?

J’étais intéressé par Paola, par qui elle était vraiment, beaucoup plus que par la reine ou ce qu’elle représentait. J’étais réellement fasciné par elle. A part ça, je n’ai jamais eu de pensées négatives par rapport à la monarchie ou à l’institution en place. Je pense même que c’est la meilleure formule qui puisse exister en Belgique, nettement préférable à une présidence. Imaginons un Bart De Wever à la tête du pays, ça ne va pas fonctionner. Et on a suffisamment de difficultés avec cette pléiade de gouvernements. Ce qui est fascinant c’est de suivre les membres des familles royales et de voir l’impact que la fonction peut avoir sur leur vie privée, comment ils gèrent et s’adaptent, ou pas. Regardez Harry…

Dès le moment  où le roi Albert a prononcé son fameux discour de Noël, en 1999, on a arrêté de me traiter de menteur, d’affabulateur, de “sensationnaliste”.

L’institution en soi reste un archaïsme, même si le modèle dit scandinave montre que les pays les plus progressistes d’Europe se trouvent être des monarchies.

De fait, les pays scandinaves sont d’avant-garde dans un tas de domaines. Ce sont aussi des “welfare states” en gros. Sinon, il est vrai que l’institution monarchique n’est évidemment pas très moderne en théorie, c’est certain. En même temps je ne pense pas qu’on puisse effacer aussi facilement l’histoire et certaines traditions.

Quand avez-vous vu la vague de folie médiatique s’estomper ?

Après le discours du roi Albert, le fameux discours de Noël 1999. « La reine et moi… » Lorsqu’il a reconnu du bout des lèvres avoir eu des problèmes conjugaux 30 ans plus tôt. Cela correspondait à la naissance de Delphine et c’était une sorte de reconnaissance implicite même s’il lui a été bien sûr reproché de ne pas avoir davantage assumé les faits et de ne pas avoir été plus clair dans sa communication. Au moins, dès ce moment, en constatant qu’Albert avait jugé important de souligner cette phase de sa vie conjugale, tout particulièrement en citant les 30 ans, l’âge de Delphine, une large partie de la population a commencé à comprendre et à accepter la véracité des faits. Dès ce moment, on a arrêté de me traiter de menteur, d’affabulateur, de “sensationnaliste”.

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Quand avez-vous été réhabilité par le Palais ?

Le 1er juillet 2013, jour de l’abdication d’Albert, lorsque j’ai demandé une accréditation pour couvrir l’événement, on m’a relégué à une place dans le public et non avec les confrères de la presse. C’était pour le magazine Story. Le rédacteur en chef de Story a remis en cause cette décision et s’en est référé au Conseil d’éthique journalistique. A la dernière minute, on m’a accordé une place dans la salle du trône pour suivre l’abdication. Mais tout cela a changé lorsque Philippe est devenu roi. Avant cela je n’avais aucune relation avec le Palais. Je pouvais poser des questions à des porte-paroles qui me répondaient poliment mais ça n’a jamais été cordial. Je me souviens d’un incident aussi lors des fiançailles de Laurent et Claire, je travaillais alors pour le Standaard et le Palais avait demandé au quotidien s’il pouvait me faire remplacer par un autre journaliste. Au mariage du prince Amedeo à Rome, le porte-parole d’Astrid m’a confié qu’elle était un peu nerveuse à l’idée de ma présence sur place et j’ai pu les rassurer. Depuis, les relations sont très bonnes.

Vous étiez présent à une visite d’État menée par le roi Philippe en Chine notamment, en 2015. Était-ce une première ?

En termes de visites d’État, c’était en effet une première pour moi.

Philippe nous a dit alors, à travers ses conseillers, qu’il était favorable à une résolution de l’ “affaire Delphine”. Il est montré aussi ouvert à votre égard, vous avez été traité, lors de cette visite, comme tous les autres membres de la presse.

C’est vrai. Le Roi a fait ce geste, que j’estime intelligent. En m’incluant, le Palais peut aussi, peut-être, exercer un contrôle sur ce que j’écris, me donner ainsi accès aux activités officielles était une décision sage, mûrie, intelligente.

J’ai rencontré Delphine seulement en 2007. Je savais qu’elle rencontrait beaucoup de difficultés dans sa vie et, en effet, je me sentais en partie responsable de son mal-être. Je comprenais les difficultés qu’elle connaissait dans sa vie et en ai ressenti une grande culpabilité. Surtout lorsque j’ai appris qu’Albert avait coupé tout lien avec elle après la parution du livre (en 2004 NDLR).

Vous êtes parti vivre en Irlande il y a plusieurs années déjà. Était-ce en partie pour fuir le climat belge et ce que vous y subissiez ?

Non. Mon frère vivait là-bas, ainsi que ses trois enfants. Je suis parti les rejoindre en 2004. Au moment où je vous parle, je suis face à l’océan Atlantique. C’est beau et apaisant. J’ai 40 ans aujourd’hui. Plus de la moitié de ma vie a été conditionnée par ce livre et l’impact de l’affaire Delphine, il était grand temps pour moi d’aborder une autre tranche de vie, je voulais aussi retrouver une forme d’anonymat. D’autant que l’histoire s’est bien terminée.

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La reconnaissance de Delphine par le roi Albert a donc été un soulagement de poids pour vous aussi, la fin d’une longue période où vous avez nourri ce sentiment puissant de culpabilité. Quand avez-vous pu rencontrer Delphine ?

Seulement en 2007. Je savais qu’elle rencontrait beaucoup de difficultés dans sa vie et, en effet, je me sentais en partie responsable de son mal-être, même si je n’avais fait que rendre public un élément de vérité dont elle était déjà naturellement informée. Je comprenais les difficultés qu’elle connaissait dans sa vie et en ai ressenti une grande culpabilité. Surtout lorsque j’ai appris qu’Albert avait coupé tout lien avec elle après la parution du livre (en 2004 NDLR). Je me suis senti personnellement responsable de la situation. Non seulement sa vie était gâchée mais elle était en prime jetée en pâture à la presse et au grand public. Ce qu’elle appelait elle-même le “dirty secret” de la famille royale relevait désormais du domaine public.

Pendant sept ans j’ai tremblé à l’idée que le procès que Delphine intentait ne lui soit pas favorable, que la vérité n’éclate pas. Quand les résultats de l’ADN ont été confirmés, ce fut comme un énorme poids qu’on m’enlevait. Alors je n’ose pas imaginer ce qu’elle-même a pu ressentir. Si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas pu vivre avec moi-même.

Si la reconnaissance de Delphine n’avait pas été actée, comment l’auriez-vous vécu ?

Cette culpabilité, je ne sais pas comment j’aurais pu continuer à la gérer. Je sais à quel point les années qu’a duré l’action judiciaire ont été éprouvantes pour elle. Chaque fois qu’elle se rendait au palais de justice, on pouvait lire sur ses traits l’impact physique d’une telle procédure. Elle a l’air tellement plus apaisée, et plus légère aujourd’hui.
Si son action courageuse n’avait pas porté ses fruits, ç’aurait été terrible pour elle bien sûr en première ligne. Et je l’aurais hyper mal vécu aussi. Ç’aurait été contre la vérité. Pendant sept ans j’ai tremblé à l’idée que le procès ne lui soit pas favorable, que la vérité n’éclate pas. Quand les résultats de l’ADN ont été confirmés, ce fut comme un énorme poids qu’on m’enlevait. Alors je n’ose pas imaginer ce que Delphine elle-même a pu ressentir. Si cela n’avait pas été le cas, je n’aurais pas pu vivre avec moi-même. Je n’aurais plus pu me supporter. J’aurais en tout cas, à tout le moins, dû passer le reste de ma vie à m’excuser. J’aurais sans doute fui plus loin encore car voir Delphine vivre une telle injustice aurait été simplement insoutenable.

Eprouvez-vous des regrets par rapport à cette jeunesse accélérée que vous avez vécue ?

J’ai en effet grandi très vite, trop vite. Je n’ai pas eu le choix. Je vais vous dire quelque chose d’un peu ridicule mais un jour Sandra Kim m’a dit qu’elle avait beaucoup de mal à se revoir si jeune au concours de l’Eurovision. Je ressens la même chose quand je me revois lors du lancement de la biographie de Paola. Il y avait en moi tant d’innocence et de candeur, tout cela m’a été retiré prématurément. Je me suis retrouvé seul face à une masse inquiétante. J’avais beau me défendre, répéter indéfiniment que rien n’était sciemment orchestré, la moitié du pays était contre moi.

Vous vous tournez depuis quelques années vers d’autres types de récits… Il y a notamment Hillary Clinton, dont vous êtes, de votre propre aveu, un fan devant l’éternel, ou encore la scientologie sur laquelle vous enquêtez de longue date.

Oui. Même si les monarchies m’intéressent toujours. Je prépare quelques livres sur des personnalités royales. Ici en Irlande, les récits royaux ont quelque chose d’exotique bien sûr. Et les Irlandais ont un grand sens de l’humour. Je travaille aussi depuis plusieurs années sur un livre qui évoquera la scientologie. Ce sera en effet le résultat d’une grande enquête.

 

Entretien publié dans l’édition belge de Paris Match du 21/04/22.

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