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La princesse Élisabeth devra incarner, avec Bruxelles au centre de l’Europe, le cœur battant de l’Union

La nouvelle génération des monarchies européennes est censée refléter ce renouveau. Élisabeth en est le portrait vibrant dans toute sa fraîcheur confiante. | © Philip Reynaers / Photonews

People et royauté

Élisabeth de Belgique a assisté au 18e anniversaire de la princesse Ingrid Alexandra de Norvège. Deux rois, trois reines consorts, six héritiers du trône étaient réunis ce vendredi 17 juin au Palais royal d’Oslo. Princes et princesses portaient décorations et diadèmes, une première notamment pour Élisabeth.

La princesse a déjà fait plusieurs prestations publiques bien sûr, dont une série de discours distillés au fil des ans. Au plan international, elle était présente aussi, par exemple, aux funérailles du grand-duc Jean de Luxembourg. Mais il s’agissait ici d’un gala à l’étranger, où elle s’affichait formellement avec la nouvelle génération royale.

Le buste étroit, la silhouette sportive, fuselée dans une robe aux reflets moirés, entre rose et violet délicat, Élisabeth incarne une jeunesse glamour, ancrée dans l’air du temps, si l’on excepte ce diadème dans les cheveux, symbole d’un destin pré-écrit. Une « tiare Belle Époque » qui aurait, selon Christophe Vachaudez, spécialiste des joyaux de la couronne relayé par RTL, appartenu à une femme d’affaires américaine ayant épousé un baron anglais, ou du moins à un membre de cette dynastie. Elle aurait été achetée par les Souverains et offerte à la princesse pour ses 18 ans. Tout cela reste hypothétique mais donne une coloration doucement romanesque au tableau d’ensemble.

On sait Elisabeth sensible à la création, déterminée aussi en termes de goût. Sa robe lilas était signée Armani privé. Son allure naturelle peut évoquer sa grand-mère Paola, fan devant l’éternel du même Armani. A cette différence majeure toutefois : l’assurance d’Élisabeth, sa posture très droite, menton haut et sourire éclatant, la positionne ostensiblement sur l’échiquier des princesse appelées un jour à régner. Un mélange d’acquis et d’inné. Bagage génétique, encadrement rigoureux, tant scolaire qu’académique et militaire. Familial aussi. Le roi Philippe et la reine Mathilde, vont veillé à cette éducation à la fois pointue, axée sur le sens des valeurs et du devoir, ouverte sur le monde, consciente de ses responsabilités.

 

Palais royal Oslo, le 17 juin 2022. Aux côtés de la reine Mathilde et précédent la future reine des Pays-Bas, Catharina-Amalia. La princesse Élisabeth franchit un nouveau cap dans son prestigieux parfours. ©Photo by Lise Åserud / NTB / AFP.

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Elle partage avec ses « consœurs et confrères” de gala un destin à la fois immensément ambitieux et terriblement désuet : cette obligation d’incarner un jour son pays, d’en devenir l’emblème par loi de succession. Un rôle délicat comme de la porcelaine, qu’il est désormais hors de question d’improviser. Dans toutes les cours européennes, le trajet est balisé, il se prépare sur des décennies. Il est moderne en ce qu’il impose une éducation des plus rigoureuses, tout en étant anachronique : ce non-choix qui s’impose dès la naissance est d’une friabilité infinie.
En même temps, comme on le rappelle souvent, les démocraties parlementaires les plus progressistes et socialement abouties d’Europe sont des monarchies. Les cours d’Europe ne s’y trompent pas en faisant la promotion, efficace, de celles et ceux qui seront appelés à personnifier l’État, à en être le porte-drapeau. Sans engagement politique bien sûr, dans la neutralité la plus poussée mais avec des valeurs humanistes chevillées au corps.

En misant sur ces jeunesses rutilantes de santé et de confiance, les palais royaux et leurs services de com visent haut et loin. C’est l’avenir qu’ils veulent faire ainsi miroiter, sans pour cela surfer outre mesure sur l’attendrissement. A quelques lieues donc du syndrôme britannique et de ses rejetons aux bouilles de gargouilles, grimaçants et « trop craquants ».

La nouvelle génération est censée refléter ce renouveau. Élisabeth en est le portrait vibrant dans toute sa fraîcheur confiante. Elle incarne, comme ses pairs, le travail de ces monarchies parlementaires qui, en permanence, doivent se remodeler à l’image de la société, se fondre dans le décor tout en le synthétisant au mieux.

 

La princesse Ingrid Alexandra de Norvège au centre, la princesse Estelle de Suède à sa gauche, la princesse Catharina-Amelia des Pays-Bas, la princesse Élisabeth et le prince Charles de Luxembourg.©Lise Åserud / NTB / AFP

En misant sur ces jeunesses rutilantes de santé et de confiance, les palais royaux et leurs services de com visent haut et loin. C’est l’avenir qu’ils veulent faire ainsi miroiter, sans pour cela surfer outre mesure sur l’attendrissement, à quelques lieues du syndrôme britannique et de ses rejetons aux bouilles de gargouilles, grimaçants et « trop craquants ». Point qui, pour l’anecdote, a été reproché à la cour d’Angleterre tout récemment : les photos “délicieuses” des jeunes George et Louis, trublions d’opérette aux mimiques “so cute” ont été largement commentés outre-Manche, parfois vertement. Quid, se sont indignés quelques médias d’envergure, de la protection de l’enfance ? Où est le libre-arbitre de ces jeunes pousses qui sont ainsi “exploitées” par les parents, comme de vulgaires influenceurs racolant le chaland sur le web avec leur progéniture ?

Bref, pas de cela ici, avec les monarchies d’Europe “continentale”. Simplement des photos élégantes, léchées, glamour. Un gala de bon ton. Confiance, sourires, affirmation de soi sans outrecuidance. Sans le malaise et la maladresse que l’on pouvait déceler parfois sur les portraits rigides ou simplement compassés de leurs aînés.

Il y a dans toutes les cours d’Europe, cet impératif : démontrer sans forcer le trait que le jeunes pousses sont là, prêtes à prendre le relais. « Consistency and continuity », cohérence et continuité des mots chers à Elizabeth II et qui collent à chaque monarchie européenne, avec quelques nuances parfois, cela va de soi.

Il y a donc, dans toutes les cours d’Europe, cet impératif : démontrer sans trop forcer le trait que le jeunes pousses sont là, prêtes à prendre le relais. « Consistency and continuity », cohérence et continuité des mots chers à Elizabeth II et qui collent parfaitement à chaque monarchie européenne, avec quelques nuances parfois, cela va de soi.

Adaptabilité aussi. Ce fameux mouvement de va et vient entre sondages d’opinion et institution monarchique qui permet à cette dernière d’écouter son temps, de s’y plier en partie, de refléter la société dans son ensemble. La tâche est ardue, elle demande une écoute de chaque instant. C’est cela qui rend l’institution tenable à terme, c’est cette façon de rester à l’écoute du monde, d’en absorber les mutations, les envies, tout en aplanissant les tensions. Neutralité, sagesse.

Le challenge est ingrat : jamais l’institution ne pourra se montrer ouverte aux changements plus radicaux. Il lui faut arrondir les angles, absorber les chocs, être fédérateur, plaire au plus grand nombre au risque de ne plus séduire personne.

©Håkon Mosvold Larsen / NTB / AFPLire aussi > Princesse Elisabeth : Le rôle d’un roi est de plus en plus délicat

Toutes ces jeunes pousses du gotha européen le savent : elles doivent se blinder aussi. C’est le cas d’Élisabeth de Belgique. Dans un pays aux poussées centrifuges, il importe de rester à l’écoute des tendances parfois divergentes tout en demeurant quelques coudées au dessus de la mêlée.

Son aisance traduit une formation à la fois cimentée et souple, dans l’esprit du recyclage indispensable aux générations nouvelles. Elle a bénéficié aussi d’une éducation stricte mais dont les angles se sont arrondis au coin du feu. Ses parents, comme d’autres enfants des sixties et seventies, ont appris à ne pas négliger leur progéniture.
Les jeunes générations présentes lors du gala d’anniversaire en Norvège, pays qui affiche volontiers sa modernité sur divers front, témoignent globalement de cette forme d’assurance tranquille.

La future reine des Belges est forcément Européenne dans l’âme. Elle incarnera, avec Bruxelles au centre de l’Europe, le cœur battant de l’Union. C’est ce message fédérateur qu’entendent aussi faire passer les monarchies d’Europe, internationales par essence et par vocation. La réunion de jeunes « espoirs » en est le symbole léché, rutilant, à la fois assumé et joyeux.

Le sourire franc, la prunelle vive, la confiance apparemment chevillée au corps, Elisabeth dans son « body language », rappelle cette formation d’excellence. Dont une année à l’École royale militaire où elle s’est aguerrie physiquement et psychologiquement. « On sait que le jour où elle deviendra reine, elle deviendra commandante des forces armées et ce passage à l’ERM peut lui conférer de la légitimité. Elle a par ailleurs opté pour les sciences sociales et militaires, ce qui constitue une ouverture aux relations internationales. Passer une année à l’ERM avec tout ce que cela implique, c’est vivre aussi au cœur de la réalité sociale belge d’aujourd’hui », nous disait il y a quelque temps Vincent Dujardin, professeur d’histoire contemporaine à l’UCLouvain.

 

©Philip Reynaers / Photonews

La future reine des Belges est entrée ensuite au Lincoln College de l’Université d’Oxford. Après avoir réussi les épreuves d’admission de la haute institution, elle y a amorcé, en octobre 2021, un cursus de trois ans en Histoire et Politique. Elle s’était déjà familiarisée avec le Royaume-Uni puisqu’en 2020, elle avait obtenu son baccalauréat international au Pays de Galles, à l’UWC Atlantic College. Un collège ouvert sur le monde, la société de demain, sensible aux grandes questions humanitaires et sociales. « On a l’impression qu’Élisabeth reçoit la formation la plus normale possible, en baignant dans des milieux variés et ouverts », soulignait encore Vincent Dujardin. « Au Pays de Galles l’école n’était certes pas de type « populaire », mais ce n’était pas Eton non plus. »

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Le parcours d’Élisabeth englobe ainsi les musts qui accompagnent la diplomatie la plus élémentaire et la choses politique au sens ample, générique du terme : ouverture sur le monde, expériences de terrain, connaissance des réalités sociales, humanisme, maîtrise du droit, des institutions belges et internationales. Une formation en acier blindé, couronnée par ce multilinguisme indispensable au plus haut niveau de l’État comme dans toutes les sphères diplomatiques et sociétales aujourd’hui.D’autant que la future reine des Belges est forcément Européenne dans l’âme. Elle incarnera, avec Bruxelles au centre de l’Europe, le cœur battant de l’Union. C’est ce message européen, fédérateur, qu’entendent aussi faire passer les monarchies, internationales par essence et par vocation. La réunion de jeunes « espoirs » en est le symbole léché, rutilant, à la fois assumé et joyeux.

« Encore prince, Philippe lâchait : « Je suis fier d’être Européen. Je suis fier de l’histoire de l’Europe, des valeurs qu’elle porte depuis des siècles. Je me sens Européen dans les gènes et dans le sang. » Élisabeth a grandi dans une tradition assez européiste », rappelait aussi Vincent Dujardin.

« La monarchie ne restera légitime que si elle reste proche des gens », nous dit encore l’historien.
L’attention portée aux réalités sociales est un des éléments essentiels de la fonction royale actuelle. Reste à la future reine des Belges, comme aux autres jeunes « espoirs » européens, à continuer à prendre le pouls du monde comme il va, à en comprendre les difficultés, à en absorber les chocs. A fédérer. Il y va de l’avenir de la monarchie, ce « vestige de l’Ancien Régime » qui n’en finit pas de s’adapter.

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