Paris Match Belgique

Maria Laura & William : dans les coulisses du mariage

Maria Laura et William complices, juste après la cérémonie civile à l'hôtel de ville de Bruxelles. La mariée est en mini robe Gucci et chignon aux accents rétros. | © Photo by Pool / Photonews

People et royauté

Maria Laura et William ont une autoroute pour déployer leurs ailes. Paris Match Belgique  a suivi leurs noces au coeur de Bruxelles et dans la cathédrale. Zoom sur une journée royale.

Devant le parvis de Saints-Michel-et-Gudule, des barrières blanches encadrent l’espace réservé. Des groupes de badauds guettent l’arrivée des premiers invités. Dans la cathédrale, deux bouquets de fleurs, immenses. Un silence imposant. À l’entrée, nous croisons Christian Raes, premier commissaire, direction générale territoriale et missions protocolaires de la police de Bruxelles.

Ses équipes sont sur le pont, attentives à ne pas briser outre mesure le rythme des Bruxellois et à entraver le moins possible la mobilité en ce samedi de septembre. Des noces aux allures féeriques. Paradoxalement discrètes aussi. Des noces princières aux accents familiaux. Et familiers pour les Belges puisqu’elles réunissent, chose rare, l’ensemble de la famille royale.

C’est en cercle restreint qu’a eu lieu le matin, à l’hôtel de ville, l’union civile de Maria Laura et William. La jeune femme porte des escarpins tendance, à boucles et talons carrés, une robe courte couleur crème, signée Gucci. Elle rappelle les lignes simples des années 1960 et les tonalités prisées par la reine Paola. De même pour ce chignon très sixties, qui est, nous dit-on, un clin d’œil de la mariée à sa grand-mère maternelle et à ces années d’or.

Le cosmopolitisme et notre goût commun pour l’Asie nous a liées, Laura et moi – Diane de Malherbe, créatrice

La veille de son mariage, lors d’une réception privée offerte par Astrid et Lorenz à la villa Empain à Bruxelles, Maria Laura portait une tenue de Diane de Malherbe. Une créatrice née à Kuala Lumpur, en Malaisie, et qui a grandi à Paris. Elle y a étudié le stylisme avant de travailler pour Celine ou Lanvin, entre autres. Elle devrait présenter sa prochaine collection à Bruxelles. Inspirée par Cocteau, elle cultive « l’élégance intemporelle », explore « une notion authentique de luxe » avec des tissus raffinés, des pièces brodées à la main par des artistes.

Diane de Malherbe a rencontré Laura, nous dit-elle, lors de ses 18 ans. « Nous avons développé une grande amitié. Le cosmopolitisme et plus particulièrement notre goût commun pour l’Asie nous ont tout de suite liées. Nous partageons aussi un intérêt pour la musique et l’art contemporain. » Maria Laura incarne à ses yeux « élégance, modernité, douceur, naturel, curiosité, empathie. J’ai été extrêmement touchée et honorée qu’elle souhaite porter une robe de ma collection pour la veille de son mariage. (…) L’inspiration pour la broderie vient des détails sculptés autour du tableau du Caravage dans la cathédrale Saint-Jean à Malte. La robe allie donc des inspirations artistiques et spirituelles. Laura aimait l’originalité de sa coupe et son style Art déco qui allait si bien avec la villa Empain. »

Les souverains belges avec leurs enfants, la princesse héritière Elisabeth, la princesse Eléonore, les princes Gabriel et Emmanuel. Mathilde est lumineuse dans une robe aux motifs floraux, comme un tableau, de Natan. Elle porte le chapeau qu’elle arborait au mariage du prince Laurent dans la même cathédrale. Elisabeth a choisi une capeline de la créatrice Fabienne Delvigne, sa robe est signée Carolina Herrera. ©Luxpress/Jean-Claude Ernst / Belga

En début d’après-midi, entre deux éclaircies, les invités se présentent au compte-gouttes. On reconnaît des membres de la sécurité du Palais. Un autre, de l’équipe de communication, nous prête son parapluie. L’ambiance est relativement bon enfant. On voit passer quelques personnalités politiques belges. Dont, dans le désordre, Pieter De Crem, Alexander De Croo et sa femme Annik Penders, Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, qui a chapeauté l’événement dans la convivialité, Jacqueline Rousseaux, veuve d’Armand De Decker, le professeur Jacques Brotchi et son épouse Rachel. Jacques Brotchi avait opéré, en 1996, le prince Lorenz d’une hernie discale lombaire à l’hôpital Erasme. Avec le couple princier, ils entretiennent de longue date des liens de respect et d’amitié.

William correspond parfaitement à l’esprit de la famille de la princesse Maria Laura – Jacques Brotchi, neurochirurgien, président honoraire du Sénat

« La princesse Astrid a toujours répondu présent pour la remise de prix scientifiques. Comme celle du prix triennal de la Fondation Pierre et Simone Clerdent, qui a lieu au château de Colonster », nous explique le neurochirurgien, président honoraire du Sénat belge. Il rappelle que la princesse Astrid, en tant que présidente d’honneur de la Fondation médicale Reine Élisabeth et des fonds scientifiques et médicaux de la Fondation Roi Baudouin, « s’attache à soutenir la recherche médicale fondamentale ».

Avec son épouse, il évoque la « simplicité et l’accueil chaleureux » d’Astrid, Lorenz, et leurs enfants, qu’ils ont connus petits. Ils se disent aussi sous le charme des mariés. William Isvy et sa famille, qu’ils ont rencontrés lors de la réception de mariage, les ont séduits. « William correspond parfaitement à l’esprit de la famille de la princesse. » Maria Laura et William se connaissent depuis plusieurs années. Détail plaisant, qui sera fourni par des camarades du marié : la famille de William aurait longtemps ignoré le « background » royal de Maria Laura.

Les membres de la famille royale avaient été annoncés sur le programme avec minutage précis. Le temps de s’attarder quelque peu sur l’élégance et le lustre des tenues qui font, forcément, partie du jeu. Le prince Laurent et son épouse Claire, en Natan, sont encadrés par leurs enfants Louise, Nicolas et Aymeric. Louise, vêtue de rose vif, porte une coiffe composée de fleurs en soie et en mousseline.

 

La princesse Delphine, son compagnon Jim O’Hare et leurs enfants, la princesse Joséphine, très glamour en bleu canard et blond platine, et son jeune frère le prince Oscar, charme inné et regard rieur. Delphine porte une robe de Cilem Tunc, créatrice anversoise, des chaussures de Virginie Morobé et un chapeau de  Josje Huisman orné d’un motif de son cru. ©Luxpress/Jean-Claude Ernst / Belga

Un « coup de foudre » dont « la fraîcheur printanière met en valeur sa personnalité pétillante », nous dit, non sans poésie, la créatrice Fabienne Delvigne. L’allure générale de Nicolas rappelle celle du roi Baudouin. Il ressemble aussi à Leopoldo, le fils de la princesse Esmeralda. Cette dernière est présente aux côtés de sa belle-sœur Léa, veuve du prince Alexandre. Discrète, fluide, Esmeralda est en tailleur pantalon marine et blanc, capeline, chic intemporel. Léa est parfaite en bleu ciel.

La princesse Delphine, en rouge franc, porte un chapeau rond orné d’un design de son cru, reconnaissable entre mille, un collier ras-du-cou et les chaussures à plateau qui signent souvent sa silhouette. La robe est de Cilem Tunc, couturière anversoise qui avait dessiné la tenue de sa première performance, une valse, dans Dancing With The Stars. Les chaussures sont de Virginie Morobé, une ligne belge, contemporaine, à l’exubérance joyeuse. Le « choker » est issu de sa collection Wearable Art de Delphine et le chapeau est le fruit d’une collaboration avec Josje Huisman. Delphine est accompagnée de son partenaire Jim O’Hare et de leurs enfants, Joséphine, glamour en soie bleu canard et blond presque platine, le menton fier et le regard de son grand-père, le roi Albert, et Oscar, charme inné et yeux rieurs.

Le couple de souverains, Philippe et Mathilde, avec leurs enfants Élisabeth, Éléonore, Gabriel et Emmanuel, se montrent discrets. C’est et cela doit rester un mariage privé, familial avant tout. Mathilde porte une robe fleurie de Natan, comme un tableau bucolique, et l’ample chapeau rose qu’elle avait porté au mariage de Laurent en 2003. Élisabeth a choisi une robe rouge Carolina Herrera et une capeline de Fabienne Delvigne. « Elle souhaitait », commente cette dernière, « quelque chose de grand et d’élégant. Nous avons opté pour ce modèle souple. »

Les frères de la mariée ont été mobilisés pour la bonne cause. Joachim guide chacun, Amedeo soutient le roi Albert pour gravir les marches. Ils « font le job » avec une aisance rare. Paola porte une robe beige ornée d’imprimés champêtres, un sac miniature et un serre-tête Fabienne Delvigne. « La Reine désirait quelque chose de sobre, pas trop grand. Avec l’expérience que nous avons pu développer en travaillant pour elle depuis des années, je connais sa prédilection pour les matières naturelles. Son goût italien se ressent toujours dans le choix de l’étoffe et de la couleur. Nous avons tenu compte de l’esprit serre-tête qu’elle désirait tout en l’extrapolant, pour en faire un bandeau sophistiqué. Elle a adoré ce modèle inventé pour elle et a eu le coup de foudre pour le sac Hepburn assorti. »

Astrid, royale en Gucci dans un camaïeu de vert, manches bordées de plumes, est accompagnée du père du marié. Suivront le marié et sa mère et, enfin, Maria Laura au bras du prince Lorenz, petit-fils du dernier empereur d’Autriche. Sa taille étroite est soulignée dans une robe taillée par Vivienne Westwood. La reine londonienne de la coupe, fan du XVIIIe et égérie en son temps de l’esthétique punk, a choisi pour la princesse belge une tenue qui se décompose : une fois retirée la traîne interminable, le design de la robe se révèle, évoquant les drapés des statues antiques.

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La mariée porte le diadème de la princesse Margherita de Savoie-Aoste, sa grand-mère paternelle, et le voile de la reine Paola. Elle est secondée par sa sœur Luisa Maria, sa belle-sœur Elisabetta Rosboch von Wolkenstein, l’épouse d’Amedeo, belle en rouge sombre, ainsi que Marie-Astrid de Liechtenstein et la princesse Napoléon. Le conte de fées moderne a quelques traits historiques. Maria Laura, princesse belge, est aussi archiduchesse d’Autriche-Este, princesse royale de Hongrie et de Bohême, et princesse de Modène. William Isvy, quant à lui, arbore un sourire infini.

©BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Dans la cathédrale, une assemblée compacte de cinq cents invités. Les souverains sont au premier rang. Chacun retient son souffle. Les voix des mariés fusent, franches et fortes. Elles résonnent dans la nef. Oui. Oui. Durant l’office, quelques proches du couple s’expriment. Parmi eux, Lili, l’épouse d’Amedeo.

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La cérémonie, multilingue, est agrémentée de chants juifs. La mère du marié est britannique d’origine juive, son père est franco-marocain.
Jozef De Kesel, le cardinal-archevêque de Malines-Bruxelles, qui préside l’ensemble, prononce « Laura » un peu à l’italienne. Il a des mots directs, évoque avec simplicité « cette foi chrétienne et juive » qui unit les mariés. Il enverra par ailleurs un message « pour la paix dans le monde, dont l’Ukraine ».

Et un hommage sera rendu à Elizabeth II. « Nos pensées et prières vont aussi vers le peuple anglais. » Il délivre enfin un message du pape François, « signé le 25 août dernier par le secrétaire d’État de Sa Sainteté. (…) Le Saint-Père accorde de tout cœur (aux mariés) la bénédiction apostolique. » Il rappelle aussi « la foi en dieu qui unit juifs et chrétiens ».

Je veux que mes enfants restent libres. Il faut qu’ils vivent leur vie – Princesse Astrid, New York, septembre 2011

Maria Laura et William quittent la cathédrale, descendent les marches et s’engouffrent avec délicatesse dans une Porsche vintage bleue, une Roadster de 1961 décapotable. Seuls 724 exemplaires furent produits, apprend-on. Le couple est protégé par quelques parapluies verts et démarre sans pétarader, encadré par deux Harley Davidson de la police de Bruxelles, d’usage dans les escortes spéciales et parfois en patrouille.

Le couple s’éloigne, l’esprit de famille demeure. Les fleurs qui ont été offertes lors de ces noces ont été, à la demande de Maria Laura et William, livrées à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. Elles seront données à des patients et utilisées dans les espaces communs.
« Je veux que mes enfants restent libres. Il faut qu’ils vivent leur vie », nous disait en 2011 la princesse Astrid lors d’une mission à New York.

C’était à l’occasion des dix ans du partenariat Roll Back Malaria pour la lutte contre le paludisme, dont elle a été représentante spéciale pendant huit ans. « J’ai cinq enfants, vous savez, et ce n’est pas toujours facile à mener de front. Mais on fait ce qu’on peut. Je pense qu’il faut rester soi-même avant tout. C’est ce que je leur conseille, en tout cas. »

Sujet publié dans Paris Match Belgique le 15/09/22.

 

 

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