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Un come-back de Harry dans ses fonctions régaliennes ? « Seul un divorce pourrait changer la donne », nous dit Marc Roche

19 septembre 2022. William, prince de Galles et Harry, duc de Sussex suivent le "State Gun Carriage" emportant le cercueil d'Elizabeth II vers Westminster Abbey à Londres. ©Belga

People et royauté

Les tensions entre les fils du roi d’Angleterre ont fait beaucoup jaser. Si la querelle familiale garde une visibilité imbattable, renforcée par le zoom géant sur les funérailles d’Elizabeth II, elle ne peut constituer une affaire d’État, nous dit Marc Roche, correspondant à Londres, fin connaisseur du macrocosme british et auteur de briques royales à succès.

Quel avenir officiel pour le prince Harry, quid des relations familiales à venir sous le règne de Charles III ? Retour sur le Megxit et son impact – tout relatif – sur l’institution britannique.

Lors des funérailles de la reine, on a vu les fils de Charles marcher côte à côte. Leur body language, largement commenté, laissait peu de place aux pronostics en faveur d’une « réconciliation ». Le conflit est lourd de sens, s’inscrit dans la durée et ne pourra, comme dans toutes les affaires d’amour, qu’il soit filial, conjugal ou plus largement familial, s’atténuer qu’avec le temps et sa cohorte de bouleversements potentiels.
Pour autant, le schisme familial ne peut être considéré comme une affaire d’État. C’est l’avis de Marc Roche (*), auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier, Les Borgia à Buckingham, publié lors du jubilé d’Elizabeth, fait un malheur. Il n’hésite pas à faire le parallèle entre l’exil doré et bobo de Harry et Meghan et l’échappée parisienne du couple du duc de Windsor en son temps. « Harry et Meghan sont partis, ils ont lâché l’institution, ont été privés de tous leurs titres régaliens et n’existent plus en termes constitutionnels. Ils sont un peu dans la situation du duc et de la duchesse de Windsor qui vécurent l’exil, sauf pour le traitement médiatique qui diffère. »
La comparaison avec les Windsor se révèle, de fait, peu flatteuse mais aussi peu propice a priori à la conception même d’un règlement harmonieux du conflit. Pour rappel, sa liaison avec Wallis Simpson, la roturière américaine en instance de divorce, qualifiée d’intrigante et de « mangeuse d’hommes », provoqua l’abdication, le 10 décembre 1936, d’Édouard VIII, fils aîné de George V et oncle de la reine Elizabeth. Officiellement, il cédait le trône pour épouser la femme de son choix. Mais derrière l’image romanesque, la toile de fond politique est sombre : le roi aurait été poussé vers la sortie par le gouvernement pour ses sympathies nazies. La duchesse de Windsor, qui fut présentée en son temps comme une icône de la mode et modèle de savoir-vivre, a ruminé longtemps sa colère sourde contre Buckingham qui lui refusait le titre d’altesse royale.

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La scission entre Harry, son père et son frère reste donc, en dépit de quelques signes flous émis lors des funérailles, conséquente. « Vu du Royaume-Uni, au-delà de la bataille fratricide qui est une affaire privée, cette division reste très profonde. On a vu lors du deuil de la reine, les deux frères s’ignorer, en gros. Au niveau privé, c’est toujours la détestation mais au niveau public, ça n’a, de fait, plus aucune importance. » Cette fracture familiale aux accents œdipiens, universels aussi, continue néanmoins à faire vibrer les âmes tendres. Chacun peut être sensible à ce type de polémique. Qui n’a connu une tension, une rupture, une réconciliation parfois au sein de sa fratrie ? « Bien sûr », poursuit Marc Roche. « Les gens peuvent s’identifier à cela mais les Britanniques ont tourné une page. Ils ne s’intéressent plus au feuilleton Meghan-Harry ni aux liens qui se sont brisés. »

Le prince Harry, la princesse Anne, son époux Tim Laurence, Charles III, les princes William et Edouard à Windsor lors des funérailles d’Elizabeth II. ©Belga

L’intérêt de la population pour cette saga aurait ainsi perdu de son intensité depuis le jubilé de la reine en juin dernier, et bien sûr depuis ses funérailles. Cela remonte aussi, en partie, au décès du prince Philip d’Édimbourg. « Le deuil royal a réellement cimenté l’attachement des sujets à la dynastie », estime Marc Roche. Selon lui, l’affaire « Harry et Meghan », et par extension, le fameux « Megxit », n’intéresserait donc plus l’opinion au sens large. Et moins encore les structures officielles, dont la Firme elle-même qui doit tenir haut le blason et lutter pour conserver le caractère fédérateur de l’institution qu’avait réussi à instaurer Elizabeth II au fil des décennies.Charles III a donné lors de son entrée en fonction un speech éloquent, aux accents shakespeariens. Dans ce discours pétri d’une émotion rythmée, il a parlé de son « amour » pour Harry et Meghan. Tout en soulignant subtilement le terme « overseas » (outre-Atlantique) lorsqu’il évoque leur position géographique.
Marc Roche analyse ce texte, à lire entre les lignes, insiste-t-il: « Rien n’est jamais noir ou blanc mais tout est gris chez les Britanniques. Derrière ce message d’amour et de « bonne chance », Charles III a clairement dit que Harry et Meghan n’avaient plus aucun avenir au Royaume-Uni, sous son règne et celui, à venir, de William. »
La raison de cette querelle profondément ancrée resterait inchangée : « Il a été très heurté par l’interview accordée par Harry et Meghan à Oprah Winfrey, dans laquelle il était question notamment de l’absence du père etc. Il a donc voulu dans un souci de geste à leur encontre. présenter un visage uni de sa famille. Mais ça a été de pure forme. Il leur a souhaité bonne chance et a clairement laissé entendre qu’ils ne reviendraient pas au Royaume Uni de sitôt, du moins en tant qu’officiels. En d’autres termes, il n’a pas dit : nous espérons qu’ils reviennent. »

Renforcer le noyau dur de la monarchie ? « Il y a beaucoup de gens sur le banc de touche »

Ce point est plus pertinent que jamais dans le contexte d’allègement de la voilure, un must pour les monarchies parlementaires contemporaines : il s’agit d’aller à l’essentiel, de limiter les représentations éclatées, les dotations. Le profil de membre actif officiel revenant en première ligne aux descendants directs. Andrew, pour ses liens avec Jeffrey Epstein et les allégations d’agression sexuelle réglées à l’amiable dans une affaire civile demeure, sans surprise, persona non grata. « Au niveau régalien, le couple Harry-Meghan ne compte plus car la famille royale est recentrée sur un noyau dur. Il est composé du roi Charles, de la reine consort Camilla, des prince et princesse de Galles, William et Kate avec, en appui, la princesse Anne, le prince Édouard et sa femme Sophie, comtesse de Wessex. Dans ce recentrage, il n’y a plus de place pour Harry et Meghan. Ni pour Andrew – Charles et lui se détestent par ailleurs. »

Charles est très riche, beaucoup plus que sa mère. Il a transformé le duché de Cornouailles en une entreprise très rentable. Si la primogéniture masculine n’est plus à l’ordre du jour dans la succession, elle existe toujours dans l’héritage. Selon les principes de l’aristocratie et une vision très médiévale, on ne divise pas le patrimoine. La loi salique est toujours en vigueur pour le nerf de la guerre qui est l’argent. – Marc Roche

Certaines voix ont évoqué les écueils possibles d’un cercle royal actif trop restreint pour des espaces aussi amples que le Royaume-Uni et le Commonwealth. Une équipe aussi réduite peut-elle suffire pour s’acquitter des missions indispensables pour ratisser large territorialement parlant et marquer une présence sur tous les fronts qui s’imposent à la fonction ? « Il reste en réserve des ducs et princes royaux comme les Kent, les Gloucester. L’une ou l’autre des filles d’Andrew pourrait également prendre la relève. Il y a beaucoup de gens sur le banc de touche… »
Quant au défraiement de ces bonnes volontés qui viendraient potentiellement renforcer la sphère exclusive de la monarchie active, il ne poserait, indique encore Marc Roche, aucun problème. « Charles est très riche, beaucoup plus que sa mère. Il a transformé le duché de Cornouailles en une entreprise très rentable. Si la primogéniture masculine n’est plus à l’ordre du jour dans la succession, elle existe toujours dans l’héritage. Selon les principes de l’aristocratie et une vision très médiévale, on ne divise pas le patrimoine. La répartition de l’héritage favorise toujours la primogéniture masculine. La loi salique est toujours en vigueur pour le nerf de la guerre qui est l’argent.»

Harry et son « monstre du Loch Ness »

En parlant gros sous, Harry a signé un contrat que l’on annonce juteux pour la publication de ses mémoires. Mais récemment des informations un rien contradictoires circulaient concernant une « copie à revoir ». Plusieurs quotidiens britanniques et américains évoquent une remise au pas par l’éditeur qui imposerait ainsi à Harry de rendre plus percutant son récit. D’autres avancent que c’est ce dernier qui, dans la vague d’émotion suscitée par le décès de sa grand-mère, aurait pris les devants pour arrondir les angles de son histoire.

Egalement en attente, le fameux documentaire de Netflix, objet, dit-on, d’un « rétropédalage » partiel par les Sussex. Harry souhaiterait ainsi aseptiser quelques propos. Spontanément ou non, motivé par une kyrielle de raisons, dont celle, non négligeable de blinder son avenir.

Si Harry arrête de ruer dans les brancards, on peut imaginer que le couple puisse être financé par Charles. Dans le cas où le livre ne se ferait pas, le roi peut leur accorder des fonds pour rembourser la maison d’édition. Si en revanche le livre sort, il risque d’être très fade, dans l’esprit des mémoires d’un politicien ou d’une star du sport…

Quant au spectre de sa biographie « explosive », le prince se trouve vraisemblablement dans une impasse. Offrir un texte spicy et décrocher le jackpot ou ranger les armes et aplanir le récit, et donc les ventes ? « Penguin (Random House) ne lui a pas versé une avance de plusieurs millions de dollars et ne s’est pas avancé à investir une somme pharaonique dans le lancement de son autobiographie si Harry n’avait pas promis d’infos juteuses. Et ce ne sont pas quelques millions versés en amont qui vont lui suffire », estime Marc Roche.

19 septembre 2022. Sophie, comtesse de Wessex et Meghan, duchesse de Sussex lors des funérailles d’Elizabeth II lors de la procession emmenant le cercueil de la Reine de Westminster Abbey à Wellington Arch. © Elliott Franks / eyevine<br /Belga

Les tensions présumées avec l’éditeur pourraient faire l’objet d’un accord. Cela a été largement évoqué ces derniers jours. Marc Roche comme il nous le confiait il y a quelques semaines déjà, en a l’intime conviction. « A l’origine, Harry entendait régler ses comptes avec son frère et son père, s’épancher sa jeunesse mais aujourd’hui on ne sait pas très bien vers quoi il se dirige. Soit il prévoit une autobiographie dans laquelle il lave son linge sale en public et là, en termes de soutien financier familial, il risque d’aller vers la faillite. Mais si, avec Meghan, il arrête de ruer dans les brancards, on peut imaginer que le couple puisse être financé par Charles. Dans le cas où le livre ne se ferait pas, le roi peut leur accorder des fonds pour rembourser la maison d’édition. Si en revanche le livre sort, il risque d’être très fade, dans l’esprit des mémoires d’un politicien ou d’une star du sport. »

Harry et sa femme vont manquer d’argent. Et ce n’est pas Hollywood mais le roi Charles qui peut leur en donner.

Le nerf de la guerre toujours : les moyens du prince Harry seraient insuffisants pour assurer le train de vie escompté et les ambitions pailletées d’or du duo. « Leurs dépenses sont énormes, tant en termes de sécurité que d’extravagances dans le mode de vie etc. Harry et Meghan vont manquer d’argent. Et ce n’est pas Hollywood mais le roi Charles qui peut leur en donner. »
« Ce livre, c’est un monstre du Loch Ness », résume Marc Roche. «Le climat a changé depuis la mort d’Elizabeth II, les critiques sont moins bien reçues qu’avant dans le monde anglo-saxon. La valeur des Sussex sur le marché américain est en train de chuter. Les États-Unis n’apprécient pas qu’ils traînent la famille royale dans la boue. »
Est-ce un argument suffisant ou peut-on avancer que la morale puritaine et centrée, de fait, sur la famille a pu donner à ces querelles fratricides et parricides une aura peu attractive pour un public américain parfois plus fleur bleue ? « Non. Cela va au-delà. L’Amérique lui reproche d’abîmer l’image de la famille royale. »

« Il y a aux États-Unis une espèce de révolte contre la culture woke »

Cette chute dans la valeur marchande du couple s’explique aussi en partie par leur débauche d’effets. Une visibilité sans frein, jusqu’à l’écœurement. « Ils en ont trop fait et l’intérêt s’amenuise », analyse encore Marc Roche.
Il signale par ailleurs que l’esprit « woke » entretenu par le couple connaît quelques réactions au sein de la middle class américaine. « Il y a aux États-Unis une espèce de révolte contre le woke dans la classe moyenne qui regarde Netflix. Cette tendance symbolisée notamment par MeToo s’effrite. Même en Californie, elle perdu de son acuité et de sa « relevance ». Ajoutez à cela le fait que le deuil d’Elizabeth II a été suivi par des millions d’Américains. C’était une vaste opération de relations publiques pour la monarchie… »
Les équipes de com qui encadrent les Sussex ne les auraient donc pas freinés dans ces élans à répétition, laissant les tourtereaux s’empêtrer dans quelques lourdeurs médiatiques ? La réponse à cette question est simple selon Marc Roche. Elle est liée à la personnalité de la duchesse de Sussex. « Le rapport de harcèlement de ses ses collaboratrices n’a pu être publié. Meghan ne souffre aucune contradiction. »

Harry et William ne sont ni l’un ni l’autre des lumières. A l’inverse de Charles, ce ne sont pas des penseurs qui ont réfléchi à la marche du monde – écologie, diversité, œcuménisme religieux etc.  A l’école, ils étaient plutôt des élèves, moyen pour William, médiocre pour Harry. Ce n’est pas une famille hautement intellectuelle.

Si le couple n’a pas pu juger qu’il avait lassé une partie de l’opinion, manquerait-il à ce point de vision ? Est-ce une question d’éducation lacunaire, de santé mentale (un domaine souvent brandi par Meghan et Harry), voire d’intelligence ? « Harry et William ne sont ni l’un ni l’autre des lumières. A l’inverse de Charles, ce ne sont pas des penseurs qui ont réfléchi à la marche du monde – écologie, diversité, œcuménisme religieux etc.  A l’école, ils étaient plutôt des élèves moyen pour William, médiocre pour Harry. Ce n’est pas une famille hautement intellectuelle. La reine n’était pas très cultivée. Il y avait cette tradition d’attrait pour la vie de campagne, ce côté un peu rustre. »

La famille royale britannique nest pas plus raciste que la haute société britannique, elle-même très représentative de l’univers WASP. Avec Meghan, la famille royale a raté une occasion exceptionnelle, c’est vrai, d’apparaître plus « diverse » – Marc Roche

Quant aux accusations de racisme brandies par le couple Harry et Meghan devant Oprah Winfrey – évoquant des « questionnements sur la couleur de peau » qu’aurait leur premier-né – , le public s’est perdu en conjectures pour savoir qui ces propos visaient en particulier. «La famille royale n’est pas plus raciste que la haute société britannique, elle-même, qu’on le veuille ou non, très représentative de l’univers WASP – blanc anglo-saxon protestant. J’ai trouvé néanmoins cette accusation injuste car j’ai des amis qui forment des couples mixtes et m’ont affirmé qu’ils discutaient ouvertement de la peau de leurs enfants à venir. Par ailleurs c’étaient des accusations non étayées, Harry et Meghan n’ont pas donné de nom. Et le procédé, calculé, était assez abject car face à une demi-accusation de ce type, qui ne cite personne, la famille ne peut pas se défendre.»
Il n’empêche. La famille royale aurait pu et dû tirer avantage, si l’on ose dire, de l’arrivée de Meghan Markle, atout inespéré en termes de diversité dans la Firme par ailleurs éminemment uniforme. « Ils ont raté une occasion exceptionnelle, c’est vrai, d’apparaître plus « divers », plus en phase avec la société multiculturelle. »

Meghan moins équipée que d’autres roturiers ?

Là encore, on pourrait arguer que Meghan Markle, Américaine, élevée dans une Californie progressiste, aurait dû être mieux préparée à la fonction qui l’attendait. On reste pantois en captant, au compte-gouttes, les échos indirects de cette absence de formation. Elle aurait, entre autres réflexes « hollywoodiens », regretté de ne pouvoir monnayer certaines prestations comme les bains de foule imposés lors d’une visite officielle effectuée avec Harry aux antipodes.
Elle a eu la candeur aussi d’afficher ce fantasme lié au bling et à la pop culture : elle se voyait déjà, dit-on, en « Beyoncé du Royaume Uni ».
Marc Roche relativise : Meghan n’est pas la première roturière à devoir apprendre sur le pouce le B.A.-ba de la fonction. « A part Diana qui venait d’un milieu aristocratique lié à la famille royale – un père écuyer, un grand-père qui a servi la Couronne etc -, toutes les pièces rapportées dans la famille étaient des roturières ou roturiers : Camilla, Kate, Sophie Wessex, Mark Philips (ex-mari de la princesse Anne), Antony Armstrong-Jones (qui fut l’époux de Margaret, la sœur d’Elizabeth II), la duchesse de Kent, la duchesse de Gloucester etc. Ce sont tous des roturiers qui ont eu les mêmes difficultés à s’intégrer dans un monde qui à l’époque était encore plus cadenassé qu’aujourd’hui. Tous ont bénéficié, comme Meghan, de l’aide du Palais. »
Tout de même, cette enfant-roi couvée par des parents divorcés dans une classe moyenne post-soixante-huitarde, propulsée ensuite sur petit écran, biberonnée au culte de l’image et aux success stories gagnées à la force du poignet, était sans doute moins équipée que d’autres pour se préparer au grand saut dans le monde très clos des Windsor. « On ne se rend pas compte, c’est un fait, de la difficulté du protocole. Il faut être né dans ce milieu pour comprendre les codes de la préséance, la manière de manger, de boire, de se comporter… »

Seul un divorce pourrait changer la donne. Dans ce cas, Harry retrouverait ses fonctions de représentation, militaire et caritative, et serait accueilli à bras ouverts au Royaume-Uni.

Les impératifs de tels rôles sont d’une rigueur et d’une ingratitude indicibles. Comment mettre sa touche vaguement « personnelle » dans un métier strictement représentatif et hautement protocolaire, quelle forme de sous-« soft power » resterait ainsi accessible aux « sous-altesses » ? Harry a-t-il péché par excès de créativité ou souhaité simplement, en mode un peu post-adolescent, faire exploser le carcan ?
« Harry: the prince who wanted out but could not really leave » (Harry, le prince qui voulait partir mais n’arrivait pas vraiment à le faire), résumait récemment le Guardian. D’autres voix lancent que « comme la mafia, vous ne pouvez jamais vraiment quitter la Firme ». Harry l’a fait pourtant, mais largement à ses dépens.

Harry, duc de Sussex, aux funérailles d’Elizabeth II. ©Mark Stewart / Avalon / Belga

Le résultat est là. La fuite en avant, synonyme de liberté retrouvée, recèle naturellement d’autres pièges. La lumière en est un et les Sussex n’entendent pas rester tapis dans l’ombre. Ils souhaitent aussi faire fructifier, tant en monnaie sonnante et trébuchante qu’en termes sociétaux, leurs initiatives. Dans ce contexte épineux et un brin iconoclaste, la réconciliation des deux frères, espérée dans les chaumières, est, selon Marc Roche, hautement improbable à ce stade : « Cela ne se pose pas. William et Harry sont brouillés à mort et le resteront même si le temps va panser certaines blessures. Il est aussi hors de question de les voir travailler ensemble sachant que Harry et Meghan n’ont plus aucune fonction régalienne. »
Comment le fils de Charles peut-il sortir de ce qui peut apparaître comme une impasse, dorée certes, mais tout de même  – un « no exit » à la fois financier (tout est relatif bien sûr) et en termes d’image notamment ? Lui qui a, avec son épouse, largement brandi la question de la santé mentale doit-il s’en référer aujourd’hui à un coaching adapté pour altesses refoulées ?
Marc Roche avait déjà évoqué dans un entretien qu’il nous avait donné il y a un an et demi environ, l’issue unique qui se présenterait selon lui au prince, pour autant qu’il rêve de reprendre du galon. Cette solution serait d’ordre strictement conjugal. Il persiste et signe : « Seul un divorce pourrait changer la donne. Dans ce cas, Harry retrouverait ses fonctions de représentation, militaire et caritative, et serait accueilli à bras ouverts au Royaume-Uni. »

A lire dans Paris Match Belgique, édition du 20/10/22

(*) Correspondant pour Le Point à Londres, chroniqueur au Soir et à la BBC, consultant royal pour TF1-LCI, Marc Roche est l’auteur de nombreux ouvrages sur la royauté, le Brexit et la City et réalisateur de documentaires financiers. Son dernier livre: “Les Borgia à Buckingham ». Ed. Albin Michel, 2022.

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