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Sur Twitter, Elon Musk souffle le show et l’effroi

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Elon Musk en octobre 2022. | © Brendan Smialowski / AFP

People et royauté

Depuis son rachat très médiatisé de Twitter, le milliardaire Elon Musk alimente la conversation… sur son propre réseau social.

D’après un article Paris Match France de Yannick Vely

ll Publicity is Good Publicity» (toute publicité est une bonne publicité). La célèbre formule du propriétaire de cirque Phineas T. Barnum (inspirée d’un bon mot d’Oscar Wilde – «The only thing worse than being talked about is not being talked about», que l’on pourrait traduire par la seule pire chose que de parler de quelque chose est de ne pas en parler – s’applique à merveille à la stratégie de communication d’Elon Musk. Depuis qu’il a racheté presque contre son gré Twitter pour 44 milliards de dollars, le milliardaire sud-africain ne passe pas une journée sans provoquer des réactions, les plus souvent hostiles, quant à sa volonté de transformer le réseau social à sa guise.

Mardi, l’apôtre auto-déclaré de la liberté de s’exprimer a annoncé que Twitter allait désormais proposer un abonnement à 8 dollars par mois pour offrir aux heureux «VIT» (Very Important Twittos, l’appellation n’est pas d’origine contrôlée, Ndlr) d’être détenteurs d’un compte certifié, de subir une pression publicitaire moins forte, de pouvoir poster des vidéos et des audios plus longs et d’apparaitre plus fréquemment dans les recherches et les fils des abonnés.

«Le système actuel des seigneurs et des paysans, avec ceux qui ont la coche bleue et ceux qui ne l’ont pas, c’est des conneries. Pouvoir au peuple! Blue pour 8 dollars par mois», s’est-il autocongratulé.

«Twitter Complaint Hotline Operator»

Bien sûr, Elon Musk, qui a d’ailleurs changé sa bio en «Twitter Complaint Hotline Operator» (opérateur de la hotline des réclamations de Twitter), a provoqué une levée de boucliers. De l’écrivain Stephen King à la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, de nombreuses personnalités regrettent cette prise en otage économique pour seulement s’exprimer sur le réseau social de l’oiseau bleu. La réponse ne s’est pas faite attendre. Elon Musk a utilisé… Twitter pour justement fustiger ses «adversaires». «To all complainers, please continue complaining, but it will cost $8» (pour tous ceux qui se plaignent, s’il vous plait continuez de vous plaindre, mais cela coûtera 8 dollars), a-t-il d’abord déclaré, admettant avoir piqué l’idée de cette réponse de cour de récréation aux Monty Python (qui n’ont rien demandé à personne, Ndlr). La suite fut encore plus «réjouissante», avec une utilisation de mèmes célèbres pour se moquer de ses détracteurs.

Elon Musk n’a pas construit sa fortune par des mauvaises décisions. Mieux que quiconque, il sait que Twitter n’est aujourd’hui pas rentable. Même s’il a annoncé la création d’un «conseil de modération des contenus avec des points de vue très divers», sans entrer dans les détails, il s’est érigé en défenseur ultime de la liberté d’expression… pour des raisons économiques pragmatiques – la modération du réseau social demande des moyens humains et matériels colossaux.

Dans une enquête exclusive du très sérieux Washington Post, on apprenait que Twitter, avant même son rachat par Elon Musk, était en très mauvaise santé financière, si bien que la firme prévoyait déjà un plan de licenciement qu’un quart des effectifs actuels. Le propriétaire de Tesla prévoyait lui de sacrifier… 3/4 des effectifs actuels, soit 6000 employés sur les 8000 que compte la société. The Washington Post avait interrogé un spécialiste des données et de la modération des contenus sur Internet, Edwin Chen, qui était formel : une telle réduction des effectifs ne peut qu’entrainer une baisse significative du contrôle du contenu et des utilisateurs, qui était déjà le talon d’Achille du réseau social. Elon Musk, d’ailleurs, avait dans un premier temps retiré son offre en affirmant que la proportion de spams et de faux comptes sur la plateforme était largement supérieure à 5%, le chiffre avancé par l’entreprise de San Francisco.

Alors faire payer la certification des comptes pourrait avoir pour lui un double intérêt : renflouer les caisses bien vides de Twitter qui ne tire quasi-exclusivement ses ressources que de la publicité et surtout limiter la création de faux-comptes et des messages automatiques. A 8 dollars par mois, l’addition risque d’être lourde pour celui qui voudrait multiplier les tweets « premium» via des comptes certifiés, car ce sont ces derniers qui remonteront le plus si l’on en croit la stratégie exposée par Elon Musk.

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Elon Musk assure en tout cas le service après-vente de son nouvel achat. «Parce qu’il se compose de milliards d’interactions bidirectionnelles par jour, Twitter peut être considéré comme une super-intelligence cybernétique collective, a-t-il expliqué, avec une grande marge d’amélioration».

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