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Jerry Lewis, la fureur de (faire) vivre

Jerry Lewis aux côtés d'une jeune garçon handicapé. | © EPA/TRACEY NEARMY

People et royauté

L’acteur, chanteur et réalisateur drôlissime avait consacré 50 ans de sa vie au combat contre la dystrophie musculaire, notamment à travers l’un des shows les plus célèbres des États-Unis.

 

Nous sommes en mars 1965. Le clown d’Hollywood virevolte dans l’une de ses pitreries habituelles – même si d’ordinaire, c’est plutôt ses mimiques qui font des cascades sur un visage éternellement jovial. Comme dans un gag, mais sans la peau de banane, Jerry Lewis glisse et tombe. Sauf que la chute est violente, et que c’est son dos qui encaisse le choc sur un câble métallique. L’acteur, chanteur et réalisateur de 39 ans d’alors perd le sourire, l’espace d’une journée : deux de ses vertèbres sont touchées et le paralysent momentanément. La douleur devient alors chronique et pendant une dizaine d’années, il tente d’en éteindre le feu avec des anti-douleurs.

Difficile de savoir si c’est cet incident qui le décide à s’engager plus que jamais et publiquement pour la MDA, l’association de charité américaine contre la dystrophie musculaire. Cela fait plusieurs années déjà qu’il en est le président d’honneur, mais ce n’est qu’en 1966, un an après sa chute, qu’il devient l’animateur vedette du téléthon dédié à la maladie : un grand show empathique à l’américaine, qui amènera chaque année des millions de spectateurs devant leur poste et plus de 2 milliards de dollars dans les caisses de l’association en 45 ans. Son engagement lui vaudra d’ailleurs une nomination au prix Nobel de la Paix en 1977.

Un show à l’américaine inoubliable, importé en Europe

Si tous les Américains n’ont pas connu la grande époque de Jerry Lewis, comique de circonstance des années 60 enchainé à son acolyte Dean Martin, tous ou presque ont connu son téléthon, rendez-vous incontournable du « Labor day » (l’équivalent de notre fête du travail). L’acteur y fait près de deux fois le tour de l’horloge, assurant le spectacle auprès d’invités tels que John Lennon, Céline Dion et Frank Sinatra, qui s’impliquent tous bénévolement. Ses supplications sont emballées par son charisme, sa motivation, un paquet de paillettes et des histoires « bigger than life » sur les personnes handicapées. « que vous l’aimiez ou qu’il vous crispe, c’était du direct télévisuel à son paroxysme, avec Lewis devenant de plus en plus farfelu et larmoyant au fur et à mesure des heures, implorant les spectateurs de faire grimper les chiffres sur le tableau », se souvient le Daily Mail.

©EPA/JULIAN SMITH

Le concept a beau être né aux États-Unis dans les années 50 pour les malades atteints de poliomyélite, le « Jerry Lewis MDA Telethon » est le plus célèbre de tous. D’un million de dollars récoltés en 1966, on passe à près de 64 millions en 2007.

En 1986, deux pères se rendent aux États-Unis pour assister à l’émission annuelle de Jerry Lewis. Leurs fils sont atteints de myopathie et ils ramènent dans leurs valises le concept. Le 6 décembre 1987, l’humoriste fait une apparation à la télévision française pour le lancement du premier téléthon hexagonal, aux côtés de Michel Drucker. Ricain comme pas deux, il ponctue ses remerciements aux téléspectateurs de « Nous vous aimons », sous le regard amusé de l’animateur français.

Disparu des radars, puis définitivement

Et puis, en 2011, les Américains se réveillent un 4 septembre sans les encouragements de Jerry Lewis à donner pour ses « kids » atteints de dystrophie musculaire. Sans explications, l’association l’a remplacé par quatre co-animateurs. Le téléthon de 2010, qu’il a clôturé d’un mythique « You’ll Never Walk Alone » sera son dernier et les raisons de son départ de l’association resteront obscures, jusqu’à la fin. « Ce n’est pas un sujet que je veux aborder. Parce que si je le fais, vous ne me récupérerez jamais », avait-il lancé dans une interview pour le Time, alors que le MDA Telethon met un point final au show en 2014. « Ce n’est pas que je ne veux pas en parler. Mais j’ai déjà digéré tout ce que je voulais de toute cette putain d’aventure ». L’acteur a mieux à faire : il est affaibli par des soucis de santé, dont une fibrose pulmonaire.

Sa mort ce 20 août, à 91 ans, rappelle à l’association l’implication impressionnante de l’humoriste pour la cause. Le président de la MDA s’est ainsi fendu de touchants hommages dans un communiqué : « MDA ne serait pas l’organisation qu’elle est aujourd’hui sans les efforts sans limite de Jerry pour ‘ses gamins’. Son enthousiasme à trouver des remèdes à la maladie neuromusculaire n’était égalé que par son incompressible engagement à voir la bataille jusqu’à la fin. (…) Bien qu’il nous manquera au-delà de toute mesure, nous suspectons que quelque part au paradis, il presse les anges de donner ‘juste un dollar de plus pour mes kids’. Merci Jerry, tu es notre héros ».

Il termine par ses condoléances auprès de ses proches : sa femme avec qui il était marié depuis plus de 30 ans, sa fille adoptive Danielle Sarah et ses fils. Comme le show pour lequel il a tout donné, il ne voulait pas les quitter. Pas après les avoir autant aimés.

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