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La rentrée féministe de Myriam Leroy

Qu'on se le dise, dès septembre, Myriam Leroy est prête à en découdre avec le patriarcat sur les planches, les ondes et entre les lignes. | © Wilfried

People et royauté

Myriam Leroy, féministe ? Plutôt sept fois qu’une à la rentrée, qu’elle dézingue à coup de chromosomes XX dans le théâtre, la littérature, ou encore l’humour.

 

De Myriam Leroy, on aime dire qu’elle est « piquante », puisqu’elle verbe comme une sriracha bien corsée. « Provocatrice », ou sa version fielleuse, « arrogante ». « Caricaturale », cela va forcément de pair avec le métier de chroniqueuse. « Partout » : au théâtre, dans les enquêtes journalistiques, à la télé, à la radio, et même à la radio dans la télé – un drôle de concept très vingt-et-unième siècle. « Charmante » aussi, souvent quand on ne sait manifestement pas trop où on veut en venir.

Mais s’il y a un terme avec lequel on évite d’emballer Myriam Leroy, c’est « féministe ». « Féministe », c’est un vilain mot, c’est « caca », semblaient jusqu’ici penser ses nombreux biographes avec l’air dégoûté d’une jeune maman qui prend son fiston la main dans le sac d’horreurs de l’enfance. Et pourtant, s’il y a deux choses que se revendique très clairement Myriam Leroy, c’est « pédophobe » et « féministe ».

Alors forcément, on n’est pas vraiment surpris quand on comprend, au fur et à mesure d’un été morose tant du point de vue du ciel que de la situation des femmes dans le monde, que la rentrée de la chroniqueuse sera engagée. Elle sera théâtrale, littéraire, cinématographique et drôle, mais toujours avec ce combat qui gratte, en filigrane. Et tant pis si on « n’aime pas ».

Sa rentrée théâtrale, « jouissive »

En 2016, Myriam Leroy a rejoint la grande famille des journalistes qui ont fini par s’éprendre des planches. Cherche l’amour est sa première pièce – ou du moins, la première qui ne finit pas dans un tiroir et fait un carton. Si on y parle vraiment d’amour ? Pas exactement, mais on cherche. Et le texte, lui, devrait trouver son public pour sa seconde saison au TTO.

©TTO – Cherche L’amour se réinstalle jusqu’au 18 novembre au Théâtre de la Toison d’Or.

À propos de ses spectateurs, Myriam Leroy se souvient de leur réaction, lors de la première. Des rires, surtout, même là où son écriture ne les avait pas attendus. « Et le rire, c’était comme de la chaleur, ça montait, ça arrivait par vague. Je me suis dit que c’était dingue : quel moment incroyable que de voir le spectacle vivant, à partir d’un truc qui sort de son cerveau, qui était alors totalement désincarné ». L’un des moments les plus « jouissifs » de sa carrière, tous médias confondus.

Surtout que le théâtre, elle n’osait pas en rêver, avant que Nathalie Uffner ne l’y traine. « Écrire pour le théâtre, j’avais l’impression que c’était très, très compliqué, et pas tout à fait dans mes cordes. Surtout que moi, j’écris en essayant de faire un peu de verbe, en faisant un peu la maligne avec des termes et des constructions de phrases élaborés. Et au théâtre, on ne peut pas faire ça. Il faut oublier son envie de briller au profit de l’existence réelle des personnages », décrypte-t-elle.

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Et ses personnages, elle les aime tant qu’elle a bien pensé un moment qu’ils l’avaient roulée dans la farine. « Un certain nombre de mecs m’ont dit qu’ils n’avaient pas le beau rôle dans la pièce », raconte-t-elle. Elle se met alors à comptabiliser les scènes dans lesquelles « les personnages masculins avaient l’air plus cons que les personnages féminins ». Résultat : une superbe parité. « C’est rigolo, les hommes avaient donc un sentiment de déséquilibre, alors que mathématiquement, c’était parfaitement équilibré ». Affaire classée.

Sa (presque) première rentrée littéraire

Myriam Leroy a commencé à lire à trois ans, alors forcément, elle en a dévoré des livres en été. Les siens par contre, c’est la rentrée qui les engloutit : si décidée en juillet et août à accoucher enfin d’un roman, la fièvre de septembre contrecarre toujours tous ses plans. « J’ai des moitiés de romans plein les tiroirs », avoue-t-elle.

D’ici peu pourtant, les éditions Don Quichotte publieront sa première « auto-fiction » : « Le récit d’une amitié toxique entre deux adolescentes, qui porte en elle le poison lent, mais très efficace, qui fera exploser l’histoire ». Mais malgré l’accomplissement, elle ne se colle toujours pas l’étiquette « pompeuse » d’écrivain sur le dos. « Je préfère… ‘écrivante’, parce que j’écris pour vivre ».

Si cet été, elle a lu – comme beaucoup – Despentes, à la rentrée elle conseille pourtant Joy Sorman et son Sciences de la vie, « vraiment très fort ». L’une comme l’autre tournent autour du réel pour construire du récit, un genre qui la passionne. « Ce qui m’intéresse, dans les films et dans les livres, ce n’est pas le spectacle, mais l’exploration des sentiments humains. J’ai un côté très ‘stalkeuse’, j’adore la vie des gens ! », avoue-t-elle.

Sa rentrée auriculaire

« Les gens n’étaient pas prêts », ose-t-elle a propos de « Focus Store », un podcast abandonné en 2014, malgré une petite cour d’admirateurs. En Belgique, mis à part quelques têtes brûlées, peu s’essaient aujourd’hui l’exercice. Myriam Leroy pourrait pourtant bien retenter le coup, à l’occasion d’une série radiophonique féministe. C’est que « il n’y a pas de générique, il n’y a pas de blabla, il n’y a pas d’accueil comme en radio », loue-t-elle à propos de ces formats qui fleurissent partout ailleurs en francophonie.

Les podcasts donnent la possibilité de faire les choses en non-mixité.

« Je pense aussi que le podcast est une voie importante à explorer pour la pensée féministe », encore considérée par beaucoup de médias comme une « problématique de niche ». « Les podcasts donnent la possibilité de ne pas avoir de pub, de faire sa promotion comme on le veut, de ne pas être interrompues, et surtout, de faire les choses en non-mixité », assure celle qui va aussi chercher ses exemples en Suisse et au Québec. À l’instar du super-succès hexagonal et féministe « La Poudre », « un demi-sponsor, et c’est bon ». À bon entendeur.

©Fance Inter – Tout l’été, en parallèle de son podcast « La poudre », Lauren Bastide a été l’hôte des « Savantes » sur France Inter. Une podcasteuse que Myriam Leroy admire pour ses recherches fouillées.

Sa non-rentrée de « Coupé au montage »

Après une année de bons et loyaux services culturels dans « Coupé au montage », Myriam Leroy claque – gentiment – la porte du studio dans lequel elle accueillait les artistes belges francophones. « J’avais envie d’arrêter parce que j’était très fatiguée », explique la journaliste qui arrive aujourd’hui à se préserver, à dire « non » quand tout son être ne crie pas « oui ».

Canal +, « je me suis soumise à leur désir ».

Auparavant, c’était plus compliqué, comme avec l’aventure Canal +, qui n’a mené à « rien d’intéressant », rétrospectivement. « Je ne me sentais pas en position de négocier, parce que je les voyais comme un généreux bienfaiteur qui m’arrachait à mon quotidien misérable et m’offrait une tribune de rêve. Et en fait, je me suis retrouvée à faire des chroniques d’une minute trente sur Rihanna, alors que je n’en avais rien à faire. C’était ce que eux voulaient que je fasse et je me suis soumise à leur désir », regrette-t-elle à propos de son épisode parisien.

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Sa rentrée sexiste, fatalement

« Quelque part, j’ai l’impression de devoir un peu ma carrière au sexisme », analyse paradoxalement Myriam Leroy. Et ça se passe toujours comme ça : « les mecs se cooptent entre eux, créent leur équipe et à la fin, se rendent compte qu’ils ne sont qu’entre hommes. Ça les arrangerait bien de rester entre mecs, parce que quelque part ils se sont choisis, mais ils se disent qu’ils vont avoir des problèmes : qu’on va les critiquer, que ces féministes, ces chieuses, vont les emmerder. Et c’est là qu’ils se disent qu’ils ont besoin d’une nana ! Et souvent, on pense à moi ».

Je ne pense pas que le féminisme soit une lutte contre les hommes. C’est une lutte avec les hommes. C’est contre un système de représentation, en tout cas dans nos pays.

Du coup cette année, Myriam Leroy aimerait bien qu’on arrête de l’employer uniquement comme caution féminine, mais plutôt pour sa réputation de bosseuse fiable, tout en percutant qu’ « à la radio comme à la télé, il y a trop peu de femmes visibles. Ou alors elles le sont dans des rôles normés, qui tournent autour de stéréotypes de genre ».

©Twitter/Myriam Leroy – Dans le magazine politique belge Wilfried, aux côtés des journalistes Alice Dive, Colette Braeckman, ou encore Catherine Joie, Myriam Leroy ne fait pas dans la figuration.

Sa rentrée « (rires) »

En septembre 2017, il y a des choses qui ne font plus du tout marrer Myriam Leroy. Donald Trump, par exemple : « Avant, j’avais encore une espèce de distance ironique sur les choses, mais maintenant plus du tout. Ce qui est lamentable ne me fait plus rire ».

Côté marrade, elle préfère son copain du Focus Vif Guillermo Guiz ou la prochaine « projection festive » de Bravo Martine au Théâtre Saint-Michel, un spectacle culte de son adolescence. « À sa manière, l’existence-même de Laurence Bibot est une profession de foi féministe », ajoute-t-elle. « Même si elle ne se définit pas forcément comme telle, je trouve qu’elle l’est, et depuis toujours. C’est l’une des femmes les plus culottées que je connaisse, elle est super inspirante ».

©Twitter – Fatalement, Laurence Bibot a été l’une des invitées de Myriam Leroy dans « Coupé au montage ».

Sa rentrée cinéma militante

Nul doute que l’indéniable film de la rentrée 120 battements par minute lui a décroché quelques larmes. « Il est vraiment renversant, à tous points de vue. Réussir à rendre si passionnantes des réunions, alors que ce sont des gens qui débattent, assis, dans un auditoire miteux : il faut le faire ! Tout est tellement fluide, tout est tellement gracieux… Et quels personnages émouvants », décrit celle qui est régulièrement invitée dans l’émission culturelle de Jérôme Colin.

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Mais le film lui a surtout filé la rage au ventre : « Ça donne furieusement envie de militer », lâche-t-elle. De là à défiler avec les féministes en rue et à mener des actions spectaculaires à la Act Up ? « Je me suis posée la question pendant tout le film, et sincèrement, je ne sais pas. Je déteste la foule, je déteste le bruit, je déteste être bousculée. Je suis un peu un ours dans ma grotte, dans ma bulle d’isolation sensorielle, ça me coûterait vraiment. Mais peut-être que si le jeu en valait la chandelle, je pourrais le faire ». Même si, pour Myriam Leroy, une grande révolte militante comme celle de 120 BPM serait sans aucun doute encore plus musculeusement réprimée en 2017. « Peut-être simplement parce qu’on n’a plus l’habitude. Mais ça donne envie de se battre ».

De là à lui voir faire sa rentrée politique, il n’y a qu’un pas. Mais si auparavant, elle était convaincue que c’étaient les listes qui changeaient le monde, aujourd’hui, « je n’en suis plus certaine. La politique, c’est quand même l’art du compromis, et est-ce qu’on fait vraiment avancer les choses avec des compromis ? Je me suis toujours dit que la révolte devait être pacifique, bienveillante, mais je suis peut-être en train de revenir là-dessus ».

Dès lors, on ne sait pas trop si l’investissement du TTO en faveur de la lutte contre le VIH à l’occasion de Cherche l’amour est à imputer à Myriam Leroy, ou non. Mais toujours est-il qu’il compte : parce que dans la vie, il n’y a pas que la « colère » qu’elle ressent – il y a aussi les tombolas. On lui suggère cependant de miser sur le numéro 2, du nombre des chromosomes X qu’on aime la voir porter fièrement.

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