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Amélie Nothomb : son adolescence brisée par une agression sexuelle

Amélie Nothomb à Paris en 2016. | © LEWIS JOLY/SIPA

People et royauté

Amélie Nothomb parle pour la première fois d’un tragique événement de son adolescence.

À chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb surprend son monde. Avec son 25e roman, intitulé « Frappe-toi le cœur », sorti le 23 août dernier, la célèbre romancière a souhaité marquer les esprits. Mais c’est dans le cadre de la promotion de celui-ci qu’elle frappe fort et distille une part de sa propre vie.

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Dans un long entretien accordé au Monde, Amélie se confie pour la première fois sur son enfance heureuse, mais aussi sur une adolescence dévastatrice. Car il a suffi d’un seul jour et d’une balade en mer alors qu’elle n’avait que 12 ans pour tout détruire. Elle raconte : « Une baignade en mer, au Bangladesh, où vivait alors ma famille, et au cours de laquelle j’ai été agressée sexuellement par quatre hommes. Je ne veux pas m’appesantir sur cet événement qu’il m’a fallu dépasser. Disons simplement que l’année de mes 12 ans fut charnière. D’un coup, j’ai découvert la puberté, la violence, la haine de soi, la haine tout court, la fatigue et le froid. Autant de sensations qui m’étaient alors parfaitement inconnues ».

« L’anorexie fait des ravages »

Mais Amélie ne s’arrête pas là. La romancière belge évoque également le traumatisme suite à ce terrible jour. « J’ai soudain eu le sentiment de vivre avec un ennemi intérieur. Une sorte de monstre générateur d’angoisse. Ma vie a totalement basculé ». D’ailleurs celle qui s’est plongée ensuite dans la littérature pour exorciser ses démons a connu un début d’adolescence très difficile. Elle est d’abord frappée par l’anorexie. « On ne sort pas comme ça de l’anorexie pure et dure. Quand on veut recommencer à manger, c’est l’horreur, on découvre qu’on ne sait plus manger, que le corps ne supporte plus rien (…) On a l’impression d’être possédée par le démon ».

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Puis Amélie s’isole et commence à vivre un vrai cauchemar. « Ca ne va pas, et tout le monde voit que ça ne va pas. Cauchemardesque. Alors, même si elle a compté dans ma vie et certainement contribué à faire l’écrivain que je suis, il est hors de question que je valorise l’anorexie. Trop de gens l’idéalisent en pensant qu’il y a quelque intérêt à y trouver. C’est faux ! Elle fait des ravages ».

Près de 40 ans après, Amélie n’a pas oublié cette difficile épreuve. De cette terrible balade en mer à cette période d’anorexie, il lui a fallu près de six ans pour reprendre le dessus et le contrôle de sa vie. Aujourd’hui, à ce sujet, elle le dit : « Ce qui m’est arrivé à 12 ans était une dégradation. Et la dégradation demeure à tout jamais ». Des stigmates indélébiles.

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