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Vincent Dedienne : « L’humour c’est la beauté du pauvre »

Vincent Dedienne. © Julien Weber

People et royauté

Ne cherchez plus, c’est complet. Où qu’il passe, Vincent Dedienne fait salle comble avec son spectacle « S’il se passe quelque chose », créé en 2014.

Paris Match. Tu démarres ton spectacle avec cette sentence : “Je suis né à Mâcon de parents inconnus et la mauvaise nouvelle dans cette phrase, ce n’est pas ‘parents inconnus’.” Tu voulais mettre les pieds dans le plat tout de suite ?
Vincent Dedienne. J’arrive déjà totalement nu sur scène, moi qui déteste pourtant l’exhibitionnisme. Mais ça avait du sens par rapport au spectacle qui est un peu impudique. Ça met la salle au diapason, même les dames bourgeoises pouffent. Et ça met tout de suite dans le contexte de l’enfance, la seule époque de ta vie où tu peux traverser une pièce tout nu. J’aimais bien aussi l’idée de m’habiller devant les gens, parce que ça donne le signe que je vais quand même un peu tricher ou raconter des bêtises…

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Mais pourquoi as-tu eu besoin de dire que tu étais un enfant adopté ?
Toute ma vie, quand je racontais que j’étais adopté, les gens s’excusaient : « Oh pardon, je ne savais pas ». Mais cela ne m’a jamais posé de problème. J’ai appris très jeune la réalité de ma situation. Un jour, à l’école, le maître nous a réunis pour nous annoncer qu’un de mes camarades avait été adopté. En rentrant chez moi, ma mère était sur la machine à coudre en train de reprendre l’un de mes pantalons, je lui raconte l’histoire. Et là, elle m’a dit : « Ah oui, Adrian a été adopté. Eh bien toi aussi ». Et ça a été la fin de l’histoire.

Vous n’en avez plus jamais reparlé ?
Une fois, à 19 ans, lors d’une crise, je lui ai balancé : « De toute façon, t’es pas ma mère ». Mais je ne le pensais pas. [Il rit.]

En vérité, ça me plaît plutôt d’être une énigme.

As-tu cherché à savoir qui sont tes géniteurs ?
Non. Je me dis parfois que le hasard a pu faire que j’ai croisé mon frère sur la ligne 13. Mais c’est juste parce que j’aime bien me raconter des histoires. En vérité ça me plaît plutôt d’être une énigme, même si je suis l’exemple type d’adoption réussie. Il faut dire que mes parents sont géniaux… Et tout ce que je vis aujourd’hui est grâce à eux. Donc je n’ai aucune raison d’aller chercher ailleurs.

N’en croire rien, ni ses yeux ni son coeur… (ni cette casquette !)

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En quoi ressembles-tu à tes parents adoptifs ?
Ma mère est frisée et un peu métisse, et souvent on lui dit : « Oh bah, Vincent, ça se voit que c’est votre fils ». Ça nous fait rire. Elle est très drôle aussi, elle a un vrai sens de l’autodérision. Mon père était instit, ma mère éducatrice spécialisée, mais ils étaient abonnés à Télé 7 jours, pas à Télérama. Et on était branché sur Europe 1 plutôt que sur France Inter.

J’ai toujours rêvé d’être un très beau garçon.

Ce sont eux qui t’ont fait découvrir Muriel Robin ?
Non, c’est la sœur de mon père qui a offert la cassette vidéo à ma grand-mère. Je l’ai assez vite récupérée car la jaquette m’attirait. Alors c’est sûr qu’à l’école, au collège ou au lycée, ce n’était pas facile de dire « je suis fan de Muriel Robin » !

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Étais-tu un petit garçon différent ?
J’étais surtout un petit garçon moche, avec plein de cheveux, de l’acné, des élastiques dans les dents, et qui, pour être aussi populaire que Kevin, jouait les sketchs de Robin dans la cour de récré. Avant de la découvrir, je ne connaissais pas le monde du théâtre. Grâce à elle, j’ai trouvé un univers, une profession et une discipline. Je rêvais de jouer à l’Olympia comme elle.

Galérais-tu avec les garçons au lycée ?
À l’époque j’étais porté sur les filles, mais oui, je galérais grave. Et c’est l’humour qui m’a sauvé, c’était une arme. J’ai toujours rêvé d’être un très beau garçon. Si je refaisais une vie, je choisirais celle d’icône sexuelle. L’humour, c’est la beauté du pauvre. Mais, gamin, cela m’a permis d’avoir des copains, d’être regardé. Aujourd’hui encore, je passe ma vie à dire que je suis moche, même si je suis un tout petit peu plus à l’aise avec moi-même.

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le nouveau numéro de Paris Match

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