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Nawell Madani : « Le cinéma, c’est enrichissant. Le spectacle, c’est un exutoire »

Vidéo People et royauté

Après avoir fait trembler les planches avec son « one-meuf-show », la plus Belge des humoristes Nawell Madani s’attaque au cinéma, en sortant son premier film « C’est tout pour moi » le 29 novembre prochain. Parcours d’une conquérante.

Le jour où Nawell Madani abandonne la danse pour se tourner vers le théâtre, commence alors une success-story à l’image de l’humoriste, rapide et ambitieuse. En 2011, Jamel Debbouze la repère et l’intègre dans sa troupe du Comedy Club. Après un passage au « Grand Journal » de Canal +, elle se lance dans son premier one-woman-show, « C’est moi la plus belge ». Sans langue de bois et avec une énergie débordante, l’humoriste belge d’origine algérienne y raconte son histoire et fait un carton. Les dates s’accumulent, les salles s’agrandissent. Tout en continuant à monter sur scène, l’humoriste place l’année 2017 sous le signe du cinéma. Après un rôle dans Alibi.com, Nawell Madani voit les choses en grand et sort son premier film, en tant que réalisatrice et scénariste, C’est tout pour moi.

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Pour atteindre ces différents objectifs en si peu de temps, celle qui vit entre Paris et Bruxelles a dû redoubler d’efforts. Car dans le milieu de l’humour, le talent ne suffit pas, surtout pour une femme. « Là où il y a une prédominance masculine, c’est difficile pour une femme », explique-t-elle. « On dit souvent ‘femme qui rit, à moitié dans son lit’ pour vous dire à quel point c’est la meilleure arme de séduction pour un homme. Et on leur vole ça. (…) Quand on sait qu’on est en minorité et qu’on a pas notre place, on est deux fois plus fortes ».

La fierté de ses parents

Cette niaque, se sont des films comme Rocky Balboa, Billy Elliot ou encore Flashdance qui la lui ont transmises. Que des films à l’américaine, donc. « Il n’y a pas de films français où quand tu sors de la salle, t’as envie de tout péter ». Avec C’est tout pour moi, c’est ce sentiment qu’elle essaie de faire passer. « Au lieu de raconter ma vie, ce qui m’importait le plus c’était de faire une épopée », raconte-t-elle. « Je me suis inspirée un peu de ma vie, je l’ai ‘fictionnée’. Et puis, j’ai mis tous les ingrédients qui me semblaient nécessaires pour faire rêver les gens. C’était ça le plus important ».

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Flickr/FIFF Namur/Pauline Willot

Autre sujet important à ses yeux : la conquête de la fierté de son père. « Pour moi, c’était la colonne vertébrale de mon spectacle et c’était la seule thématique qu’on pouvait retrouver dans le film qui ressemble au spectacle », explique la réalisatrice en précisant que sur le reste, elle s’est laissée toute liberté.

Je ne voulais pas lui montrer que je faisais du stand-up, je voulais lui montrer que j’avais réussi.

Aujourd’hui, cette fierté est gagnée mais au début, ce n’était pas certain. Comme tous les parents, le père de cet ancien garçon manqué la voyait faire de grandes études, comme avocate ou médecin. « Lui dire que j’allais devenir un clown ? », demande-t-elle de manière absurde, l’air de dire que c’était impensable. Elle a dû trouver une autre manière de l’annoncer. Au lieu de demander, cette tornade belge l’a imposé. « Quand mon père a appris que je faisais du stand-up, il l’a découvert à la télé. C’est une autre manière de faire passer l’information. Je ne voulais pas lui montrer que je faisais du stand-up, je voulais lui montrer que j’avais réussi. C’est différent, nuance-t-elle. Je savais qu’il n’allait pas comprendre parce que c’était l’inconnu pour lui ». Impatiente de voir comment ses parents vont réagir à son premier film, la femme de 33 ans répète les mots de sa mère pour se rassurer : « t’as fait un film ma chérie, tu l’as fait ».

Le cinéma, un parcours du combattant

Pour arriver à réaliser et écrire C’est tout pour moi, Nawell Madani a redoublé d’efforts. Comme pour son spectacle, comme dans sa vie. « C’est très compliqué de faire un film. Tu peux monter sur scène, t’arriveras toujours à trouver un public, payant ou pas payant. Faire un film, c’est embarquer tellement de financement, de gens, d’acteurs, de personnes qui veulent contribuer de près ou de loin… », compare-t-elle.

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Si le spectacle est du « pipi de chat » comparé au cinéma, l’autodidacte ne pourrait pas choisir entre les deux domaines qu’elle relie par l’humour. « C’est comme choisir entre ma mère et mon père. C’est différent. Les deux m’apportent quelque chose ». En dirigeant des dizaines de techniciens et acteurs dont François Berléand, l’humoriste a appris sur le tas son nouveau rôle de réalisatrice et scénariste. Pour elle, « le cinéma est enrichissant », alors que « le spectacle c’est un exutoire ». « Quand ça ne va pas la journée, je prends un micro à Paris et le soir je fais un sketch. C’est devenu une raison de vivre », c’est devenu même physique. Après avoir joué tous les soirs à 21h pendant des semanines, son cœur avait enregistré cette montée d’adrénaline et battait rapidement tous les soirs à cette même période. « C’est pour cela qu’il y a des gens qui montent sur scène jusqu’à la fin de leur jour. Quand t’es piqué, c’est mort. C’est une drogue, tu ne peux pas t’en passer ».

Après une sortie de film prévue le 29 novembre, l’humoriste ne compte pas chômer. Elle continuera à monter sur scène pour présenter son spectacle, dont celle du Cirque Royal le 16 décembre prochain. « Je ne pourrais pas quitter la scène. La scène, c’est magique ». Ce n’est pas tout pour elle.

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