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Tatiana Silva : Miss Météo entre dans la danse en France

Le tutu d’une ballerine, et une énergie qui n’appartient qu’à elle. | © Kasia Wandycz / Paris Match

People et royauté

De Miss Belgique à Miss Météo en France, rencontre avec la Belgo-Capverdienne Tatiana Silva.

 

Avis de canicule, la planète se réchauffe. Mais la nouvelle Miss Météo de TF1, 1,78  mètre, teint couleur pain d’épice, grands yeux bruns rieurs et chevelure luxuriante de déesse, n’en est pas consciente… Nous parlons du microclimat qui l’entoure, bien sûr. Elle ignore l’effet qu’elle produit. « Tatiana est d’abord une professionnelle », soulignait Catherine Nayl, aux commandes de l’information de la première chaîne française depuis 2009. « Pour le poste, il fallait qu’elle ait à la fois l’expertise du domaine et le charme, et qu’elle s’inscrive dans une dimension de complémentarité avec le team Evelyne Dhéliat-Louis Bodin, qui l’a choisie et intronisée. Quand on a un programme dont tout le monde s’inspire, il faut les épaules pour le porter ».

Depuis avril dernier, en remplacement de Catherine Laborde, la Belgo-Capverdienne est à l’œuvre, gérant avec le calme d’un maître zen le passage des cellules orageuses, des cyclones, des tempêtes. « Les gens croient souvent qu’il s’agit de lire un prompteur pour faire notre métier, explique Tatiana, mais cela nécessite une foule de connaissances. J’ai dû suivre une formation avec des prévisionnistes à Météo-France. Ces mêmes personnes nous briefent au quotidien. “Toi, tu pilotes le bolide, ont-ils coutume de dire. Nous, nous sommes les mécaniciens. Mais il faut que tu connaisses les rudiments de la mécanique des fluides pour comprendre ce que tu dis” ».

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Tatiana est née en Belgique, à Molenbeek-Saint-Jean, et a été élevée à Anneessens. « Après avoir lutté pour l’indépendance, mon père a quitté le Cap-Vert pour le Mozambique. La Belgique, qui recevait pourtant peu d’étudiants de ce point le plus occidental d’Afrique, l’avait accueilli. Il était arrivé à Bruxelles pour ses études de prothésiste avec ma mère, Crisalida, et leurs deux premiers enfants ». Petite dernière de la famille, Tatiana a pratiquement vingt ans de différence avec ses aînés Solange et Victor. « Quand mes parents ont divorcé, je me suis retrouvée seule avec ma mère, élevée presque comme une fille unique ». De son enfance, qu’elle qualifie de « très humble » –  sa mère faisait des petits boulots et la pension du père, retourné vivre au Cap-Vert, parvenait irrégulièrement –, Tatiana ne garde que de jolis souvenirs. Comme ses voyages en bus jusqu’à Lisbonne, où sa maman avait de la famille.

Son physique, elle reconnaît l’avoir hérité de ses parents, mais son courage, Tatiana se dit fière d’en être « 100 % responsable ». © Kasia Wandycz / Paris Match

« Trente heures de route, que nous préparions comme une aventure fabuleuse, avec ces arrêts aux mêmes restoroutes, ces stops gazoline qui permettaient de se dégourdir les jambes et ces paysages qui se coloraient au fur et à mesure que nous approchions du Sud ». Mais, en 1999, sa mère lui annonce qu’elle a un cancer. Tatiana a alors 14  ans. « Je voulais qu’elle soit forte et s’occupe de moi, pas la voir affaiblie par la chimiothérapie qui lui donnait d’affreuses nausées et lui faisait perdre ses cheveux. Un jour, nous sommes allées acheter une perruque, elle ne devait pas coûter plus d’une quarantaine d’euros. Cette chevelure imitée n’était vraiment pas réussie, j’étais désespérée à l’idée qu’on voie que ma mère était malade ». Pour excuser ce « déni de la réalité », elle avoue : « J’aurais aimé être plus empathique ». Deux ans plus tard, sa mère meurt. Son frère comprend qu’elle n’a envie ni de s’installer chez lui ni d’aller vivre dans un foyer. Avec le revenu d’intégration sociale et les quelques sous que son frère lui verse, elle se débrouille. « Terminées l’adolescence, l’insouciance… J’ai dû payer les factures, signer mes bulletins scolaires et ne pas sortir du droit chemin, comme me l’avait enseigné ma mère ».

Au-delà des costumes magnifiques, de l’ambiance, des rencontres, ce qui m’intéresse est de libérer mes émotions.

S’ensuivent ces expériences qui transforment les orphelines en héroïnes : le bac, la nécessité des petits boulots et, enfin, l’idée de s’inscrire à l’élection de Miss Belgique. Et là, c’est la victoire. La fin de la zone sombre. Tatiana emporte la couronne. Elle voyage, découvre quatorze pays, représente la Belgique au concours Miss Monde et à celui de Miss Univers, élection durant laquelle elle est présentée à Donald Trump, alors propriétaire de l’organisation. Du rêve, des paillettes, mais toujours pas d’argent. En Belgique, la Miss nationale reçoit des cadeaux, pas de subsides. Bilan, Miss Belgique ne peut plus payer son loyer. Sa vie, tel un grand huit, monte et descend. « Back to basic », dit-elle avec humour. C’est le retour aux petits boulots, hôtesse d’accueil chez Cameleon, premier magasin éco-construit d’Europe. Elle y rencontre Marie-Pierre Mouligneau, la Evelyne Dhéliat locale, qui lui propose de passer un casting pour un job météo à la RTBF. Sa carrière commence. Elle va se poursuivre sur M6 et TV5, jusqu’à ce que TF1 la contacte via Facebook. Pour elle, son service météo est la Rolls-Royce du genre, mis au point grâce au travail d’Evelyne Dhéliat.

Nous avons vécu une merveilleuse histoire. Stromae est une belle personne et nos échanges ont été incomparables.

Pourquoi, alors, le quitter un temps pour  Danse avec les stars ? « Au-delà des costumes magnifiques, de l’ambiance, des rencontres, ce qui m’intéresse, dit-elle, est de libérer mes émotions ». Et puis, c’est par intermittence… Mais la force rédemptrice de l’effort, Tatiana la connaît bien. Il y a quelques années, elle a participé à  Koh-Lanta  version pays du Nord. « Après avoir failli abandonner, je suis arrivée en finale. J’étais en pleurs, et tout le monde a pensé que c’était à cause de la douleur. En fait, j’étais ivre de fierté d’être allée au bout de moi-même. Désormais, je connaissais mon potentiel de courage et j’en mesurais les limites. Mon physique, je l’ai hérité de mes parents, je n’ai aucun mérite ! Dans cette épreuve, j’étais 100 % responsable ! Je veux retrouver cela sur “Danse avec les stars” ». Onze personnes à battre, donc : les dix candidats et elle-même ! Sacrée personnalité, la Belgo-Capverdienne ! Pas étonnant que le maestro belge Stromae soit tombé amoureux d’elle en 2011. Une période courte mais intense, qu’elle préserve jalousement. « Nous avons vécu une merveilleuse histoire. Stromae est une belle personne et nos échanges ont été incomparables ». Aujourd’hui, l’heure n’est pas à l’amour mais à l’effort.

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