Paris Match Belgique

On a tous quelque chose en nous de Johnny… Hallyday

Johnny Hallyday

Stade de France, le 15 juin 2012. Les fans de Johnny Hallyday avant l'ouverture des portes de la salle de concert à l'occasion des 69 ans du chanteur. | © ©Xavier de Torres/Maxppp

People et royauté

Johnny Hallyday s’est éteint ce mercredi 6 décembre à l’âge de 74 ans après avoir lutté plusieurs mois contre un cancer des poumons. Avec le journaliste belge Thierry Luthers, Paris Match Belgique revient sur le phénomène Johnny Hallyday et tout ce qui chez lui nous fascine.

Johnny. L’idole, l’intouchable, l’immortel. En presque 60 années de carrière, la rock star a su garder intacte sa popularité légendaire. Motard au grand cœur, l’ange blond au blouson noir a traversé les âges, les époques et les modes au point d’être devenu un symbole, une véritable institution.

L’idole des jeunes

Johnny Hallyday fascine, tant pour sa carrière artistique que pour ce qu’il incarne. Sa vie, sa famille, son public, ses combats ont fait du lui un mythe que l’on admire et pour lequel on s’inquiète quand sa vie est en danger. Pourquoi tant de passions déchaînées, de louanges chantées et de cœurs brisés face à celui que l’on surnomme le phénix ? Pour Thierry Luthers, journaliste à la RTBF et fan invétéré, « Johnny, c’est Johnny ». Le seul, l’unique. Et depuis toujours, c’est toute la musique qu’il aime.

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Né en 1959, année de lancement de la carrière du rockeur, le chroniqueur de l’émission Le Grand Cactus a vécu toute sa vie avec Johnny. Depuis une quinzaine d’années, il chante le répertoire et raconte les grandes lignes de vie de celui pour lequel il voue une admiration sans nom.

Thierry Luthers chante Johnny au Viva For Life, en 2014. © www.thierrychantejohnny.be

Magnétisme scénique

Johnny Hallyday, c’est d’abord l’histoire d’un coup de foudre. Si dès les années 60, il devient l’idole des jeunes (et des moins jeunes), c’est pour son charisme de feu et ses qualités d’interprète hors pair. « J’ai toujours aimé ses chansons mais ma passion pour lui a pris une toute autre dimension dès que je l’ai vu sur scène », raconte M. Luthers. « C’était en 1976, à Liège, j’avais 17 ans et j’ai vécu une sorte de coup de foudre artistique. Là, j’ai vu à quel point c’était en spectacle qu’il atteignait toute sa plénitude ». 

Sur scène, il dégage une sorte de magnétisme dans sa façon de bouger. C’est assez magique.

Johnny la super star, c’est 57 années de carrière, 1 100 titres au répertoire, des milliers de couvertures de magazines, des stades entiers qui affichent complet. « Certains ont peut-être du mal à se rendre compte mais ce succès et cette longévité, c’est juste hallucinant ! », souligne Thierry Luthers.

© PHOTOPQR/ LE MAINE LIBRE/ HERVE PETITBON

Johnny Hallyday, oiseau de feu immortel

Survivant. C’est ainsi que le chanteur se définit lui-même, après les difficultés qu’il a traversées. Rythmée par la drogue, l’alcool et la cigarette, sa vie d’excès n’aura pas empêché le rockeur à la « Gueule » d’être toujours debout. « C’est un véritable phénix qui renaît toujours de ses cendres », s’émerveille son fan liégeois. « Sa mort a été annoncée plus d’une fois, notamment suite aux graves accidents ou pépins de santé qu’il a fait. Pourtant il est toujours là ! Il a su remonter sur scène, repartir en studio ou en tournée, comme si sa vie en dépendait. À chaque fois, la magie réopère ! Je pense que c’est ça qui est très impressionnant chez lui. »

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Pour toute une génération et celles qui ont suivies, Johnny brille comme un héros invincible et immortel. « Je pense que tous les gens qui ont vécu de près ou de loin avec Johnny ont du mal à admettre qu’il n’est pas immortel et qu’il disparaîtra peut-être même avant eux, alors qu’il a toujours été là », estime Thierry Luthers. « C’est comme quand on vit toute sa vie avec un pape ou un roi, on a l’impression qu’il sera toujours là, voire qu’il est éternel ». Une impression d’éternité toutefois ébranlée par ses soucis de santé, notamment la maladie qui le ronge depuis maintenant plusieurs mois.

Comme l’expliquait son biographe Frédéric Quinonero dans les pages de l’Express, « ce n’est pas seulement son état de santé qui intéresse, c’est lui, c’est sa personne. Johnny Hallyday est un monument donc forcément, quand il y a une information sur son état de santé, ça affole tout le monde ».

Des fans de Johnny, en avril 2012 à Los Angeles. AFP PHOTO/Frederic J. BROWN / AFP PHOTO / FREDERIC J. BROWN

Un mythe désacralisé

Depuis l’annonce publique de son cancer, en mars dernier, Johnny déchaîne toujours autant les foules. Aujourd’hui, c’est toute la France (mais aussi la Belgique) qui est suspendue aux nouvelles sur l’état de santé du rockeur de 73 ans. De plus en plus présent sur les réseaux sociaux, aux petits soins de son épouse Laeticia, Johnny garde la tête haut et le sourire aux lèvres, soutenu par les espoirs communs d’un prompt rétablissement. Mais pour Thierry Luthers, cette « peopleisation » à outrance abîme progressivement l’image de la star.

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« Personnellement, je trouve qu’avec l’hyper utilisation des réseaux sociaux pour informer sur son état de santé, il perd petit à petit son aura de star », confie le journaliste et historien de formation. « On sent qu’il y a clairement une volonté de la part de sa femme de vivre avec son temps en occupant le terrain sur Instagram, Facebook et Twitter. Mais à force de poster tout et n’importe quoi sur le quotidien de Johnny, je trouve que ça démystifie son image ». Affaibli, le phénix légendaire n’est plus qu’un « vieux monsieur photographié en vacances ou au bord de la piscine. Je ne sais pas si c’est très utile de le montrer sous cet angle-là », estime M. Luthers.

Comme un lion en hiver

Si la maladie réveille aujourd’hui les appréhensions quant à son départ, Johnny Hallyday est et restera le monument qu’il a toujours été. « Pour reprendre une célèbre chanson de Barbara, sa plus belle histoire d’amour, c’est son public. Il a ce rôle de grand frère virtuel, d’ami de la famille, entre lui et ses fans, la relation est très intense », déclarait son biographe en mars dernier. Une belle histoire que beaucoup, comme Thierry Luthers, espèrent voir se poursuivre indéfiniment. « Avec le temps, Johnny a acquis une dimension artistique que je qualifierais de fédératrice », conclut-il. « En France, pour moi, il y a la Tour Eiffel, le général de Gaulle… et Johnny quoi ! »

Un mois après la publication de cet article, Johnny Hallyday nous a quitté tandis qu’il se battait depuis plusieurs mois contre un cancer du poumon. Quelques heures après qu’il ait appris la nouvelle, nous avons contacté Thierry Luthers qui a accepté de nous livrer ses premières réactions. « Sous le choc », même si comme beaucoup il s’était préparé à voir partir son idole, M. Luthers a déclaré« Il faut lui rendre hommage en faisant perdurer son charisme, sa personnalité et son répertoire qui ont acquis quelque chose de patrimonial dans la chanson française ».

 

Thierry Luthers chantera (et racontera) Johnny à Liège et à Charleroi les 19 novembre et 17 décembre prochains. D’autres dates au programme sur son site.

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