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Le comédien Robert Hirsch avait le théâtre dans la peau

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Robert Hirsch en 2007, lorsqu'il reçoit le Molière du meilleur acteur. | © AFP PHOTO / PIERRE VERDY

People et royauté

Le comédien Robert Hirsch est décédé à l’âge de 92 ans à Paris.

Robert Hirsch disait avoir « la religion du théâtre » où il a endossé tous les rôles, du drame à la comédie et au boulevard, en presque 70 ans de carrière dont un quart de siècle à la Comédie-Française. Décédé jeudi à 92 ans à Paris, Robert Hirsch disait avoir « horreur des vacances » et « haïr la retraite ». À près de 90 ans, il triomphait tous les soirs dans Le Père une comédie grinçante où il incarnait un vieil homme touché par Alzheimer qui défend bec et ongles son indépendance face à sa fille compatissante.

« Le théâtre est ce qui me fait vivre » disait-il. Le virus l’avait gagné tout petit, lorsqu’il contemplait fasciné les stars sur le grand écran du cinéma Apollo, près du Casino de Paris, qu’avait racheté son père avant la guerre. Bette Davis dans l' »Insoumise » de William Wyler était son modèle absolu.

Sosie, « l’un des rôles qui m’a rendu le plus heureux »

En 1939, son père juge prudent de quitter Paris. À Montmorillon (Vienne) où s’installe la famille, Robert fait la connaissance de jeunes filles qui pratiquent la danse classique. Mordu, il prendra des cours à Paris et tentera même d’intégrer le ballet de l’Opéra de Paris, avant d’être « happé » par le théâtre. Il gardera de cette formation de danseur une agilité particulière, une présence très physique, à l’époque où les comédiens déclamaient encore. Entré à la Comédie-Française dès sa sortie du conservatoire en 1948, avec deux prix de comédie en poche, il dira y avoir passé « les 25 plus belles années de ma vie ».

Il campe un « Scapin » bondissant en 1956. Son Sosie dans Amphitryon du même Molière (1957) et son Bouzin pathétique dans Un fil à la patte de Feydeau (1961) soulèvent l’enthousiasme, même si certains critiques lui reprochent « d’en faire trop ». De Sosie, « l’un des rôles qui m’a rendu le plus heureux« , il disait : « il est encore plus drôle que Scapin. Toutes les répliques font mouche, et physiquement c’était un bonheur ».

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Parallèlement, il tourne pour le cinéma, du Dindon de Claude Barma (1951) à Si Versailles m’était conté de Sacha Guitry (1953) et Hiver 54, l’abbé Pierre de Denis Amar, qui lui vaut un César du meilleur second rôle en 1990. Il réussit même le prodige de surpasser avec ses treize rôles dans Pas question le samedi d’Alex Joffé en 1964 la performance d’Alec Guiness dans Noblesse oblige.

Le soir même, triple pontage. Et c’est reparti. C’est miraculeux.

Mais c’est le théâtre qui l’habite et lui donne ses plus grands rôles. Lorsqu’il aborde Richard III de Shakespeare (1972) le critique du Monde Bertrand Poirot-Delpech, pourtant très critique vis-à-vis de « sa tendance naturelle au paroxysme clinique », ne tarit pas d’éloge : « Il se contente de poser en commençant les contours physiques du personnage, la tête posée en biais au bas de la bosse, le rythme cassé de la marche, le bruit de pied-bot foulant le sol, mais le regard et la voix restent aussi insondables dans la détresse du dépouillement que dans la férocité ».

Devenu sociétaire honoraire de la Comédie-Française en 1974, il enchaîne une seconde carrière où il alterne comédies de boulevard et grands textes. Son interprétation magistrale dans La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertold Brecht mis en scène par Georges Wilson au TNP (1969) fera date. Le Gardien de Harold Pinter lui vaut en 2007 un de ses nombreux Molières. Il a presque 90 ans lorsqu’il en décroche encore un en 2014 pour son interprétation du « Père » de Florian Zeller, qu’il a créé au Théâtre Hébertot. Les cheveux ont blanchi, il s’appuie désormais sur une canne mais l’énergie est intacte, en dépit de deux infarctus, dont l’un lors d’une tournée avec Le Gardien, qu’il racontait avec entrain : « Le soir même, triple pontage. Et c’est reparti. C’est miraculeux ». Il aura encore le temps de jouer « Avant de s’envoler », du même Zeller, au théâtre de l’œuvre en 2016, avant de partir à son tour.

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