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Jean-François Chenut : « Johnny Hallyday a donné sa vie à son public »

Johnny Hallyday en concert au Havre en France en septembre 1993. | © BELGA/EPA/AFP/Joel SAGET

People et royauté

Deux jours avant la disparition de Johnny Hallyday, notre journaliste a rencontré son biographe, Jean-François Chenut. Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l’artiste, témoin privilégié des temps forts de sa carrière, Jean-François Chenut est consultant pour Universal Music France sur l’exploitation du fonds musical de Johnny.

 

Paris Match : En quelques mots, que représente pour vous Johnny Hallyday ?
Jean-François Chenut : Johnny c’est un artiste exceptionnel, incomparable. Je vais employer un mot qui est utilisé un peu n’importe comment, c’est le mot « star ». Star c’est une étoile : ça brille, ça illumine, et Johnny c’est la STAR, c’est la seule star qu’on ait dans le showbiz français. C’est quelqu’un qui a illuminé notre vie depuis 60 ans et qui continuera à l’illuminer quand il ne sera plus là.

Mars 1960, la jeunesse française découvre un nouveau venu, Johnny Hallyday, qui a, je crois, leur âge. En quoi est-ce un phénomène nouveau ? Quel bouleversement cela représente-t-il dans le paysage de la chanson française de l’époque ?
Johnny est né en 1943. En 1960, il n’a même pas 17 ans, il va sortir son premier 45 tours, chez Vogue avec le titre « Laisse les filles »,  qui va « marchoter », et très vite il va avoir la chance de faire un passage à la télévision, avec Line Renaud comme marraine. Ce passage télé va révéler à la France entière ce jeune chanteur qui va tout casser sur sa route. Il se roule par terre, il se contorsionne avec sa guitare, il prend des poses rock’n’roll à la Elvis et son deuxièmes 45 tours va être un grand succès avec notamment la chanson « Souvenirs souvenirs », sa carrière va démarrer très rapidement. Ce qui est fabuleux c’est que ça fait 60 ans qu’il est au sommet, avec très peu de périodes creuses, contrairement à ce qu’on peut entendre. Il a toujours été au top. Arriver au sommet, c’est une chose, durer c’est autre chose. Et pendant 60 ans c’est inégalé, inégalable et ce ne le sera jamais.

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À l’époque, la variété française c’est Sacha Distel, Dalida, et lui va arriver en apportant une musique qui vient des États-Unis avec des rythmes nouveaux, c’est le Rock’n’roll. C’est lui qui va amener en France Elvis et tous ces pionniers du Rock, Eddie Cochran, Chuck Berry, etc. Ça ne ressemble à rien de ce qu’on a pu voir jusqu’ici. C’est un gamin de 17 ans qui a déjà des talents évidents, qui se produit sur des rythmes et avec des attitudes qui paraissent, à la limite, scandaleuses pour l’époque, parce qu’il a des déhanchements, ça choque la bonne bourgeoisie française et la France du Général de Gaulle qui n’est pas habituée à ça. La jeunesse a trouvé avec Johnny un leader qu’elle va suivre, elle va montrer qu’elle existe. C’est ça le phénomène Hallyday, dans les années 60, cela va déchaîner quelques bagarres, et de nombreuses tensions. Il va être interdit dans beaucoup de villes pendant ses tournées. Il y a eu un festival de rock au Palais des Sports, où il était la vedette, et cela s’est terminé en pugilat entre la police et les jeunes qui étaient là. Les gens bien pensant et les médias de l’époque, sont offusqués et le montrent du doigt, c’est le mauvais garçon, c’est le blouson noir. La jeunesse, elle, au contraire, trouve un exutoire. C’est quelqu’un qui va porter une nouvelle parole et une nouvelle façon de vivre.

À ses débuts, en 1960, ne disait-on pas de lui qu’il était Américain…
C’est une histoire totalement rocambolesque, au départ son nom s’écrit Haliday, et le graphiste sur le 45 tours, fait une erreur, et tape le nom avec deux « y », et ça deviendra le nom de Johnny, et il restera avec deux « y ». Puis sa maison de disques croit malin, de raconter une histoire comme quoi il est Américain, que son père est Américain, c’est même écrit au dos de son 45 tours. Je crois que c’est Charles Aznavour (qui va tout de suite croire en lui et beaucoup l’aider dans le début de sa carrière), qui lui dit, « il faut arrêter avec ces histoires ; tu es Français il ne faut pas raconter de bêtises » et ils vont donc corriger le tir très vite.

« Il a fait rêver et fantasmer »

Johnny arrive en pleine « révolution » Salut les copains. En est-il le leader ?
Europe 1 va mettre en place cette émission pour les jeunes, c’est Frank Ténot et Daniel Filipacchi qui vont créer ce rendez vous radiophonique de 17 heures, où on va passer cette musique et ces nouveaux artistes, parce que dans la foulée de Johnny, pleins d’autres artistes vont emboiter le pas. On va avoir Eddy Mitchell et Les chaussettes noires, et aussi Dick Rivers, le chanteur des Chats sauvages.

Il y a un phénomène qui est symbolisé par le fameux rendez-vous de la Nation, en 1963. Salut les copains, c’est une émission de radio mais aussi un magazine, Johnny va en être le porte parole, le leader, il fera la Une du premier, et sera très présent tout au long de la vie du mensuel. En 1963, pour fêter le premier anniversaire de Salut les copains, il y a un concert organisé place de la Nation, on attend 15 000 personnes, mais 150 000 seront présentes ! Johnny et Sylvie Vartan sont parmi les vedettes, ils passent en dernier, ils sont en tournage en Camargue, pour le film D’où viens-tu Johnny ?. Ils arrivent spécialement pour l’occasion en avion, ils vont être isolés dans un hôtel, pour pouvoir se préparer, ils vont arriver à la Nation dans un car de police. Johnny va chanter 5/6 titres avec l’orchestre qui est sur place et ça va déchaîner le public. On va à la fois prendre conscience de l’impact et de la force de ce mouvement, c’est un Woodstock avant l’heure ! 150 000 personnes à la Nation, on n’avait jamais vu ça. Des gens bien pensant vont écrire des choses abominables, Philippe Bouvard va prendre sa plume pour comparer ce rassemblement au discours d’Hitler au Reichstag en 1933. C’est là qu’Edgard Morin, sociologue, et le journal Le Monde vont être beaucoup plus malins.

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Ils vont faire un article où ils vont comprendre qu’il y a un phénomène de société qui se crée. Morin emploie pour la première fois et à cette occasion le mot Yéyé, pour expliquer ce qui vient de se passer. Et ce terme va être appliqué à cette génération : la génération Yéyé dont Johnny va être le leader et le porte-parole. Il est le numéro 1, il va enchainer les 45 tours. Il va changer de maison de disques, il quitte Vogue pour rentrer chez Philips, on va lui donner des moyens beaucoup plus importants, pour enregistrer et faire de bons disques.  Il va être aidé par Charles Aznavour, qui, très vite, lui écrit des chansons, et lui faire comprendre que les textes ont une importance. Son premier énorme succès c’est «  Retiens la nuit », signé par Charles Aznavour. Il chantera le titre pour les beaux yeux de Catherine Deneuve, sur le tournage du film Les Parisiennes.

Toute cette période-là, qui va aller jusqu’à son service militaire, 64-65, va être un enchainement de succès. Cette période se ponctue en 64 par un Olympia historique car Johnny va porter très fort le rock’n’roll dans cette salle mythique. Il va offrir à ses fans avant de partir à l’armée, un disque qui est encore une référence aujourd’hui, notamment pour Philipe Manoeuvre, spécialiste du rock, qui s’appelle « Les rocks les plus terribles ». Il va chanter l’adaptation des 12 classiques du rock avec un orchestre fantastique et un guitariste Joey Greco qui va l’accompagner dans ces années là et qui est encore une perle. Il viendra d’ailleurs au Parc des Princes pour l’anniversaire des 50 ans de Johnny. Ce disque va marquer l’histoire de la musique et du rock en France.

D’où vient son surnom d’Idole des jeunes ?
Peut-être un peu de la chanson L’idole des jeunes, qu’il chante en 62, qui a été un gros tube, c’était l’adaptation, d’un titre de Ricky NelsonTeen Age Idol, qui a été lui même un gros succès. Bien qu’il soit très célèbre on sent une immense tristesse dans le personnage, sûrement liée à l’absence de père et de mère. Il a tout de suite compris qu’il a beau être populaire et aimé, il est très seul. La solitude est un thème qui reviendra en permanence dans sa discographie pendant sa carrière. Il est adulé, les jeunes se déchaînent, les filles montent sur scène pour l’embrasser, il y a des scènes d’hystérie, c’est une vraie idole. Il était très très beau, il a fait la Une des magazines, il a fait rêver et fantasmer. C’est l’idole des jeunes ! La chanson exprime parfaitement ça. Mais malgré tout, on sent un personnage timide et assez renfermé sur lui-même et qui se protège. Il a conscience qu’il ne faut pas céder aux compliments trop faciles.

La France a toujours été fâchée avec les groupes, si on compare à Londres, nous n’avons jamais eu ce phénomène dans l’Hexagone. L’exception c’est Téléphone.

Contrairement à son copain d’adolescence – et ami – Eddy Mitchell, qui chantait à ses débuts dans le groupe Les Chaussettes noires –ou à Dick Rivers – le chanteur des Chats sauvages –, Johnny Hallyday a été, dès le départ, seul sur scène. Pourquoi ?
Il n’en a pas besoin, il a immédiatement eu conscience que c’était lui le chanteur, mais il a toujours considéré son orchestre comme un groupe, il a toujours fonctionné comme un groupe. D’ailleurs Eddy Mitchell a très vite laissé tomber Les Chaussettes Noires, pour faire sa carrière magnifique en solo. Ce qui est génial, c’est qu’Eddy et Johnny se sont rencontrés au Golf-Drouot, très jeunes et il y a eu entre eux une amitié qui a perduré et qui existe encore aujourd’hui. C’est extraordinaire. C’est assez rare dans ce métier : jamais de jalousie, un respect mutuel et une admiration profonde l’un envers l’autre. Les groupes de l’époque n’ont pas perduré. La France a toujours été fâchée avec les groupes, si on compare à Londres, nous n’avons jamais eu ce phénomène dans l’Hexagone. L’exception c’est Téléphone.

« Johnny a découvert Hendrix, il l’a fait découvrir auprès du public, tout le mérite lui revient »

Est-ce que c’est symbolique à vos yeux que son dernier concert était avec son ami Eddy ?
C’est triste, je pense que je l’aurais vu pour la dernière fois à Bordeaux, avec les Vieilles canailles avec ses potes Eddy et Dutronc et c’est vrai que quand je suis sorti de ce concert je me suis dit : « J’espère que ce n’est pas le dernier ». Même si le concert avait été très réussi, et si les gens avaient été émerveillés par ce qu’ils avaient vu, moi qui l’ai vu 118 fois sur scène, je me rendais bien compte que ce n’était pas le Johnny que je connaissais et même si la voix était encore là, j’aurais préféré le voir pour la dernière fois tout seul. Mais je pense que cette tournée l’a beaucoup aidé, lui a fait beaucoup de bien, et c’était tellement sympa de les voir tout les trois, c’était toute notre jeunesse, toute notre enfance. Eddy était exceptionnel ce soir là, il était fantastique.

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Jimmy Page, Jimi Hendrix… Johnny a croisé, je crois, la route de futurs icônes du rock, de futurs légendes de la pop music anglo-saxonne, comment se sont passées ces rencontres ? A-t-il parfois joué un rôle de « découvreur » ?
On connait l’histoire avec Jimi Hendrix, Johnny vient enregistrer à Londres, il va dans une boite de nuit avec Mick Jones avec Lee Hallyday et dans cette boite Hendrix joue et Johnny découvre ce phénomène ! Il est subjugué et le soir même il lui propose de venir chanter avec lui en France. Il va faire l’Olympia le 18 octobre 1966 et une petite tournée de quatre concerts. Hendrix vient pour l’occasion. Ce qui est amusant, c’est que les Français qui vont à l’Olympia et les critiques de l’époque, découvrent Jimi Hendrix en première partie et ils ne comprennent pas sa musique. Ils se demandent qui il est. Il se fait démolir par les critiques. Alors que 6 mois après, il sera porté aux nues par tout le monde, car on verra en lui un génie de la guitare. Après, je ne pense pas qu’il y ait eu d’occasions où Johnny et Hendrix se sont de nouveau rejoints, même si la légende dit le contraire. Johnny a découvert Hendrix, il l’a fait découvrir auprès du public, tout le mérite lui revient. Johnny travaille et enregistre ses disques à Londres, il fréquente tout le gratin de la musique anglaise. Il côtoie des musiciens qui vont devenir des stars : Jimmy Page c’est à l’époque un musicien de studio, c’est lui qui fait la guitare. Avant d’être connu avec Led Zeppelin, il va travailler sur certains titres pour Johnny qui sont musicalement des réussites absolues, et cette période londonienne est très riche, très dense. Johnny a toujours su s’entourer de très bons musiciens, que ce soit des batteurs, des cuivres. Les cuivres des Stones ont enregistré avec lui, il n’est pas connu par le public international mais dans le milieu musical, il est très connu et respecté, et il sait s’entourer des meilleurs.

Dans sa carrière, a-t-il joué un rôle de « précurseur » ?
Le rock’n’roll explose avec Elvis, à la fin des années 50 aux États-Unis, il va, lui, l’apporter en France. Contrairement à certains qui gardent une ligne inspirée du rock, Johnny va sentir les mouvements musicaux de l’époque et se les approprier, et son show de 66, est totalement différent d’avant, il est fortement inspiré par le mouvement de la soul music, de chanteurs comme James Brown, Otis Redding Wilson Pickett. Il va récupérer cette tendance musicale et la faire connaitre en France. On n’a pas les moyens d’écoute musicale comme on les a aujourd’hui. il fallait avoir une radio, et il y avait un ou deux programmes de musique qui passaient. Finalement, tout en ayant son propre style et sa propre personnalité, il va fortement contribuer à porter à la connaissance du public français, ce qui se passe dans le mouvement Pop rock. Pour moi, c’est celui qui va incarner, populariser une musique : la Pop musique inspirée du rock.

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À un moment, il va fortement s’inspirer de Bob Siger, en France personne ne le connait, en chantant certains de ses titres il va le faire connaitre dans l’Hexagone, mais il le fait en étant Johnny Hallyday, en ayant son style propre. Pour moi ses plus grands albums il va les enregistrer dans les années 70 avec Flagrant délit, un album enregistré à Londres, et l’énorme tube « Oh ma jolie Sarah », qui est une création musicale de Nick Jones et Tonny brans s’inspire un peu du son des Rolling Stones. Après il y aura en 73 Ma solitude avec « la musique que j’aime », création de Michel Mallory de Johnny Hallyday, un titre mythique et magique.

Les titres ont grandi avec lui, ils l’ont suivi jusqu’à la fin ?
Ce sont des titres qu’il interprète tout le temps sur scène, et qui sont adorés par son public. Après il y aura une période un peu plus délicate vers la fin des années 70, début des années 80, où là un nouveau mouvement s’impose en France, une sorte de nouvelle variété, avec beaucoup de talents. Mais Johnny saura prendre à nouveau un virage… Il le prendra en 85 avec Michel Berger, qui va complètement changer son approche. C’est la première fois qu’un artiste se voit confier la responsabilité d’un album, paroles et musiques. Et Berger va aider Johnny à agrandir son public et à repartir sur des bases encore plus élevées pour une nouvelle partie de sa carrière. Et l’essai Berger sera transformé par Goldman, un an après. Ces deux compositeurs, vont lui laisser au moins deux titres inoubliables : « Quelque chose de Tennessee » pour Berger et « L’envie » pour Goldman qui sont deux chansons exceptionnelles. Maintenant, je trouve que l’ensemble des albums, et le son de ces albums là n’ont pas toujours bien vieillis. Et moi je préfère les productions des années 70, ça n’engage que moi.

« Johnny a chanté l’amour toute sa vie »

Justement cela ne lui a jamais posé de problèmes de ne jamais pouvoir composer lui même ses chansons ?
Il a composé des musiques, il a fait beaucoup de compositions, certaines très réussies, il a signé « Toute la musique que j’aime ». En ce qui concerne les textes, il n’en a jamais écrit. Ça ne lui posait pas de problèmes car il a eu autour de lui des auteurs très talentueux qui dans un premier temps, sont des gens qui vivaient avec lui, qui étaient très proches de lui qui le connaissaient parfaitement et qui traduisaient sa personnalité dans les chansons. Au début il y a Georges Aber qui a écrit « Noir c’est Noir », Long Chris, son ami d’enfance qui a dû lui écrire une quarantaine de chansons, toutes magnifiques, entre autre « Je suis né dans la rue ». Il y a eu ensuite cette longue amitié et collaboration avec Michel Mallory avec des trésors à la clé comme « La musique que j’aime ». Ensuite il va travailler avec des gens qui ne sont pas dans son intimité. Comme avec l’arrivée de Berger, puis de Goldman, puis d’Etienne Roda-Gil, qui vont apporter leur vision, et qui auront une approche un peu différente. Mais Johnny va toujours s’entourer de nouveaux talents, de nouvelles plumes et ça lui permet de se renouveler beaucoup plus que ceux qui sont auteurs-compositeurs et qui ont besoin de beaucoup plus de temps.

Rocker, hippie, « Mad Max »… l’aspect caméléon de Johnny, au fil du temps et des époques, a-t-il parfois été moqué comme au moment de sa période hippie ?
Il y a beaucoup de gens qui se moquent mais il n’a fait que 2 titres « hippie » C’est parce qu’il a été clivant pendant de nombreuses années, beaucoup ne l’aimait pas. Il est devenu une immense star avec Berger. À ce moment là, il est avec Natalie Baye, il tourne avec Godard, les intellectuels commencent à s’intéresser à lui, il devient un phénomène consensuel. Mais en 1967, 1968, quand on va lui coller l’étiquette de hippie, il va adapter un titre américain qui marche vraiment bien, ça s’appelle « San Francisco ». Dans le fond, Johnny a chanté l’amour toute sa vie. Il fait ce titre et connaît un succès avec « San Francisco ». Et sur la face B il y a « Fleur d’amour et d’amitié ». Est-ce qu’on peut lui coller l’étiquette de hippie parce que il a fait 2 chansons sur 1000. Ce n’est parce qu’il a porté des vestes et des chemises un peu colorées, mais encore une fois Johnny a toujours su s’adapter à son temps.

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Comment a-t-il conservé son public au fil du temps ?
Il a dit une chose « J’ai eu tout le monde à l’usure ». Son public, il l’a eu aussi à l’usure. (rires)

Si Johnny incarne en France, aux yeux d’un très large public, le rock, Johnny, que l’on a si souvent surnommé  «notre rocker national », ses plus grands succès n’ont-ils pas été des ballades – voire des chansons romantiques ?
Je confirme, les chansons de Johnny qui marchent ce ne sont pas des rocks, les rocks c’est sur scène. C’est indispensable au contenu de ses shows. Très souvent il termine ses spectacles par de bons vieux rock and roll. Les grands succès de Johnny ce sont des ballades et des chansons d’amour, car il est un interprète. Il interprète quand il s’approprie une chanson, quand on lui donne un beau texte et une belle mélodie, il en fait une chose incroyable. Ses grands succès, ce sont « Derrière l’amour », « Que je t’aime », « Retiens la nuit », « L’idole des jeunes », « Le pénitencier » qui est très forte, « Marie » on pourrait en citer pleins d’autres, ce sont d’abord des ballades et des chansons d’amour. C’est bien dans ce registre là que son public l’aime. Les fans d’origine voudraient qu’il ne chante que du rock, s’il se met à faire ça, il ne rassemblera pas les foules qu’il rassemble. Les gens l’aiment à travers les émotions qu’il fait passer. C’est là que l’apport de Berger et de Goldman est essentiel, car ce sont de grands compositeurs mais aussi ils savent trouver les mots et les thèmes qui vont le porter au sommet. La chanson qui incarne peut-être le plus Johnny et qui a à la fois ce coté fort, musclé et puissant, c’est « L’envie » de Jean-Jacques Goldman et résume bien Johnny.

Et les Smet en général …
Il y a un titre qui est devenu mythique et incontournable, c’est « Allumez le feu ». C’est une chanson de scène. Le titre quand il sort en single, il ne se vend pas du tout, ce n’est pas un tube. Par contre sur scène, le public l’attend et dès qu’il l’a sorti, la chanson était sur toutes les lèvres de ses fans, on savait que cela allait être un moment fort de ses spectacles.

« Les gens seraient surpris de savoir qui est vraiment Johnny Hallyday »

Existe-t-il un Johnny et un Jean-Philippe comme il existe un Gainsbourg et un Gainsbarre ?
Je pense oui, les gens seraient surpris de savoir qui est vraiment Johnny Hallyday. Très simple, très gentil, très généreux, alors que sur scène c’est le patron, c’est le boss.

Qui sont les fans de Johnny ?
J’ai fait un deuxième livre demandé par un éditeur, une biographie. J’ai voulu la rendre différente et originale en demandant à des fans de raconter leurs rencontres avec Johnny et pourquoi leur amour durait. C’est la France, à travers toutes ses couches sociales, tous ses âges. J’ai fait témoigner aussi bien un directeur et une directrice média, qu’une secrétaire, qu’un patron d’entreprise, qu’un médecin. Le fan de Johnny il n’est pas caricatural, il est multiple. Il touche toutes les couches de la population, ça va de 7 à 77 ans, hommes ou femmes. Aujourd’hui je côtoie un journaliste sportif qui n’a pas 30 ans c’est un grand fan, il fait pleins de concerts, il se déplace partout. C’est pour cela qu’il est populaire et que le jour où il ne sera plus là ce sera une sorte de drame national. Il a partagé notre vie depuis 60 ans, et une France sans Johnny c’est un peu une France sans la Tour Eiffel. J’en connais qui ont malheureusement perdu leurs parents et qui se retrouvaient en Johnny, c’était un peu leur père de substitution.

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Avez-vous une anecdote particulière ?
Ce qui me frappait quand il habitait avenue du Président Wilson avec Sylvie, c’était de voir des gens qui étaient du matin au soir assis sur un banc à l’attendre. Ca me paraissait complètement surréaliste, juste pour le voir passer. Dans ces années là, je sors du cinéma avec mon meilleur ami vers 11 heures du soir et je passe devant chez lui. Il avait à l’époque une Rolls blanche, et la Rolls était garée devant chez lui. Je dis à mon pote « tiens il va sûrement descendre car la voiture est garée en double file ». Mon copain s’arrête et on descend de la voiture comme deux fans et on se met devant la porte. On a vu Sylvie dans la voiture et on a vu Johnny monter dedans. Cet ami que j’ai connu à la fac disait pis que pendre de Johnny, il affirmait que ce n’était qu’un pale copieur et le jour où il est venu avec moi à un concert, il les a après tous faits. C’est incroyable le nombre d’amis que je connais qui ont changé d’avis sur lui après l’avoir vu à un concert.

Que devons nous conserver de lui, l’artiste ou l’homme ?
L’artiste, l’homme n’est pas très connu il a gardé des pans secrets. C’est un interprète exceptionnel, avec une longévité extraordinaire, un homme de spectacle. Johnny d’abord et avant tout c’était un homme de scène, qui faisait passer des émotions, et se livrait de la même façon. Il a dit quelque chose qui est tout lui : « Mon métier c’est chanteur il y a des métiers beaucoup plus importants et des gens beaucoup plus méritants que moi, mon seul objectif c’est de faire oublier aux gens leurs tracas. Alors si j’ai réussi cela j’ai réussi ce que j’aimais faire ». Je trouve que c’est à la fois très humble et très vrai. Il a donné sa vie à son public.

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