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Alors que la Corée du Nord fait un pas vers celle du Sud, Séoul se ferme à Tokyo

Un convoi de diplomates a traversé la frontière entre les deux Corées | © Belga/ AFP PHOTO / Ed JONES

Politique

La Corée du Nord a proposé mardi d’envoyer des athlètes et une délégation de haut rang aux prochains jeux Olympiques en Corée du Sud lors d’un exceptionnel face à face après les tensions provoquées par les ambitions nucléaires de Pyongyang.

Séoul a profité de cette première rencontre en plus de deux ans pour demander que soit organisée parallèlement aux jeux d’hiver une réunion des familles séparées par la guerre (1950-53), l’un des héritages les plus douloureux du conflit. En même temps que ses sportifs, le Nord a proposé d’envoyer aux JO de Pyeongchang, qui se tiennent du 9 au 25 février, une délégation de haut niveau, des supporteurs, des artistes et une équipe de démonstration de taekwondo, a expliqué à la presse le ministre adjoint sud-coréen à l’Unification Chun Hae-Sung. Les pourparlers font suite à la main tendue le jour du Nouvel An par M. Kim, qui avait évoqué une participation aux JO.

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La semaine dernière, le téléphone rouge entre les deux voisins a été rétabli après près de deux ans de silence. Reste encore à déterminer si les représentants des deux pays feront une entrée commune lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, comme à Sydney en 2000, à Athènes en 2004 et lors des jeux d’hiver de Turin en 2006. La taille de la délégation nord-coréenne, de même que son hébergement, qui devrait être financé par Séoul, doivent aussi être établis. Seuls deux athlètes nord-coréens se sont qualifiés, si bien que le Nord devrait envoyer au Sud un imposant contingent de pom-pom girls, prédisent les analystes. Lors de compétitions sportives passées au Sud, des centaines d’avenantes supportrices nord-coréennes avaient ainsi créé l’événement. Les médias sud-coréens ont laissé entendre que Pyongyang pourrait envoyer d’éminents représentants, dont la petite soeur de Kim Jong-Un, Yo-Jong, haute dirigeante du parti unique au pouvoir.

Excuses sincères

Et si les relations semblent quelque peu se réchauffer entre les deux Corées, Séoul bat actuellement le froid à Tokyo. En cause, l’accord conclu en 2015 avec le Japon pour régler le contentieux historique sur les « femmes de réconfort », ces esclaves sexuelles de l’armée impériale nippone. La question empoisonne les relations bilatérales depuis des décennies, nombre de Sud-Coréens y voyant le symbole des abus et violences commis par le Japon pendant sa domination coloniale de 1910 à 1945. En décembre 2015, la Corée du Sud et le Japon avaient conclu un accord « définitif et irréversible » aux termes duquel le Japon offrait ses « excuses sincères » et versait un milliard de yens (7,5 millions d’euros) de dédommagements à une fondation afin d’aider les rares femmes de réconfort sud-coréennes toujours en vie. Mais cet accord, conclu par le gouvernement conservateur de l’ex-présidente depuis destituée Park Geun-Hye, avait été critiqué par une partie de l’opinion sud-coréenne, en raison notamment du refus japonais d’assumer une pleine responsabilité juridique.

Accord « très imparfait »

L’actuel président de centre-gauche Moon Jae-In, qui avait promis lors de sa campagne de réexaminer l’accord, avait encore affirmé fin décembre qu’il était « très imparfait » et ne réglait pas le problème. Mardi, la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, a expliqué qu’il était « indéniable » que cet accord avait été officiellement validé par les deux gouvernements. « De ce fait, notre gouvernement ne demandera pas la renégociation de l’accord au gouvernement japonais », a-t-elle dit aux journalistes. Mais, par principe, la Corée du Sud n’utilisera plus l’argent japonais pour aider les survivantes. Elle puisera sur ses propres fonds tout en demandant à Tokyo « des excuses volontaires et sincères ». La plupart des historiens estiment que jusqu’à 200 000 femmes, essentiellement des Coréennes mais aussi des Chinoises, des Indonésiennes et des ressortissantes d’autres pays asiatiques, ont été enrôlées de force dans les bordels de l’armée impériale.

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