Paris Match Belgique

Michael Flynn, le « bouc émissaire » de Trump, démissionne de son poste

Le vétéran Michael Flynn a démissionné de son poste de conseiller à la Maison blanche, ce 13 février. | © Anthony Behar/Consolidated News

Politique

Accusé d’entretenir des liens étroits avec la Russie de Poutine, le conseiller américain à la sécurité nationale a démissionné. Une affaire qui réveille le spectre des « liaisons dangereuses » russes de Donald Trump.

Michael Flynn aura tenu quatre jours : le conseiller à la sécurité nationale du président Trump a démissionné lundi soir, moins de 96 heures après les révélations de la presse sur ses contacts inappropriés avec la Russie, alors que Barack Obama était encore en fonction.

Le scandale et la démission du vétéran de l’armé interviennent alors que Donald Trump est régulièrement accusé d’entretenir des relations « trop amicales » avec la Russie. Au-delà des dénonciations des médias, le ministre de la Justice et le Congrès américain ont lancé des enquêtes distinctes sur de possibles liens entre des conseillers de la campagne Trump et Moscou. Les agences du renseignement ont d’ores et déjà conclu que le président russe Vladimir Poutine était lui-même intervenu pour interférer dans l’élection.

« Allô, Russia ? »

Concrètement, l’administration Obama avait ordonné fin décembre des sanctions contre la Russie pour son ingérence présumée dans les élections américaines. Ce durcissement s’était traduit notamment par l’expulsion de 35 diplomates russes. Au même moment, Michael Flynn assurait quant à lui à l’ambassadeur de Russie à Washington, Sergey Kislyak, que le président élu Donald Trump serait beaucoup moins sévère, une fois en poste. 

Selon le Washington Post et le New York Times, à l’origine vendredi 10 février de ces révélations, de telles discussions étaient potentiellement illégales. L’ancien général avait d’abord nié toute évocation des sanctions, mais M. Flynn était finalement revenu vendredi sur ses propres dénégations, par la voix d’un porte-parole: « Bien qu’il ne se souvienne pas d’avoir parlé des sanctions, il ne peut être certain que le sujet n’a jamais été abordé ».

« C’est avec le cœur lourd que j’ai rendu ma démission au président. Cela a été un honneur et un privilège de servir. Merci à tous pour votre soutien ».

Tromperie

Dans sa lettre de démission, Michael Flynn a reconnu avoir « par inadvertance trompé le vice-président élu [Mike Pence, ndlr] et d’autres personnes avec des informations incomplètes sur [ses] discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie ».

Michael Flynn avait en effet induit en erreur son propre camp, en particulier Mike Pence, le futur vice-président. Il avait déclaré début janvier que la conversation avec l’ambassadeur n’avait pas porté sur les sanctions, une affirmation reprise publiquement par Mike Pence. Sollicité pour savoir si le président Trump était au courant que M. Flynn avait discuté des sanctions avec l’ambassadeur russe, le porte-parole Sean Spicer avait été catégorique : « Non, absolument pas ».

À l’époque de ces discussions téléphoniques avec l’ambassadeur de Russie, Michael Flynn était déjà en poste, travaillant à l’élaboration de la politique étrangère et de sécurité du futur président américain. Le reste de l’équipe Trump était quant à elle encore en pleine période de transition, trois semaines avant de prendre officiellement les rênes du pouvoir.

« Mon unique motivation a toujours été de faire ce qui est le mieux pour notre grande nation. Je n’ai jamais utilisé cette position pour un gain personnel. Néanmoins, j’ai pu être imprudent dans certaines de mes discussions et j’en accepte la pleine responsabilité. Je suis confiant dans le fait d’être innocenté par le FBI ».

Le mauvais candidat ?

La nomination-même de Flynn avait suscité des remous, à l’époque. Dans le renseignement, beaucoup estimaient qu’il ne convenait pas à ce poste crucial, certains affirmant qu’il avait été retiré de la tête du renseignement militaire (DIA) après seulement deux ans pour cause de mauvaise gestion. L’ancien général avait toujours défendu l’idée d’une relation plus proche avec la Russie. Et ces conversations privées avec l’ambassadeur russe avaient eu lieu alors que les Etats-Unis venaient de découvrir la possible ingérence de Moscou dans la campagne présidentielle américaine, afin de soutenir Donald Trump.

©AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM

Dès le lundi 13 février, les démocrates au Congrès avaient réclamé le renvoi de l’ancien général pour ces accusations « ahurissantes », leurs collègues républicains optant pour le mutisme. Une certitude : les conseillers du président Trump ne se sont pas bousculés pour défendre Michael Flynn pendant le week-end. Ce n’est que lundi après-midi qu’une proche conseillère de Donald Trump a tenté de dissiper le malaise, assurant sur MSNBC que l’ancien soldat bénéficiait « de la confiance totale du président ».

Le général à la retraite Joseph Kellogg a aussitôt été désigné par la Maison Blanche pour assurer l’intérim à ce poste stratégique, moins d’un mois après l’arrivée au pouvoir de M. Trump.

Un « bouc émissaire »

Les tiraillements de Michael Flynn sont palpables sur Twitter. Le 11 février, le vétéran s’indigne sur la plateforme : l’affaire serait un coup monté des démocrates, « ridicule et motivé par la politique ». Il ponctue d’un « Triste ! », où l’on reconnait la patte de la communication de Trump.

Désormais, il avoue publiquement ses erreurs et manquements sur Twitter, mettant toute sa confiance dans le président et le reste de l’équipe, en ce qui concerne la « suite des opérations ». Non sans glisser, au passage, une allusion piquante : Michael Flynn serait « le bouc émissaire », dans cette affaire de « liaisons dangereuses » avec la Russie.

« Tandis que j’accepte la pleine responsabilité de mes actions, j’ai le sentiment qu’il en injuste d’avoir été le seul bouc émissaire pour ce qui s’est passé », commence-t-il, dans un tweet, avant d’ajouter, « mais si un bouc émissaire est ce que cette Administration a besoin pour continuer à faire avancer cette grande nation, je suis fier d’avoir fait mon devoir ». Cette déclaration soulève une ultime interrogation, qui reste pour l’instant sans réponse : Michael Flynn a-t-il agit de son propre chef, lorsqu’il a rassuré la Russie quant à la politique future de Trump ?

CIM Internet