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À Liège, la solidarité envers les sans-papiers transcende les partis et fait l’unanimité

valeureux liégeois

Les irréductibles liégeois démontrent que l'union fait décidément la force. | © KW

Politique

Ce lundi soir, le Conseil communal de Liège a fait fi des couleurs politiques et voté à l’unanimité des conseillers présents une motion contre la proposition de loi autorisant les visites domiciliaires; soit un laissez-passer de la police chez les citoyens hébergeant des personnes en séjour illégal. Une motion qui en dit long sur la mentalité liégeoise. 

Car si Liège est connue en tant que Cité ardente, ce n’est pas tant pour sa météo, tout aussi aléatoire que dans le reste du pays; mais bien pour le tempérament bouillonnant de ses habitants. Une pugnacité gravée dans leur ADN, mais aussi à même la ville. Ainsi, dans la pierre bleue de la cité administrative, peut-on lire les mots immortels du chancelier français Michel de L’hospital : « les Liégeois ont été plus que tous les ans domptés, néanmoins, ils ont toujours relevé leurs crestes ». Pas question en effet de céder face à l’envahisseur, qu’il s’agisse d’un ennemi réel menaçant la ville, ou bien d’invasions du domicile, ainsi qu’une nouvelle loi le prévoit.

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Une loi qui vise à encadrer des visites domiciliaires, soit des perquisitions menées en vue d’interpeller des personnes ayant reçu un ordre de quitter le territoire afin de les expulser. La loi n’a pas encore été publiée au Moniteur belge, que déjà, à Liège, son refus est carrément unanime : toutes les formations politiques rassemblées au sein du Conseil communal ont voté ce lundi une motion s’opposant aux visites domiciliaires. Et s’il reste à prouver que l’union fait la force, la motion devant encore passer par la Chambre, une chose est certaine : cet élan fait la fierté du Bourgmestre de Liège.

Un peuple de résistants

« C’est une réaction très saine de la part de l’ensemble du Conseil communal, parce qu’on se dirigeait vers quelque chose de très dangereux. Je suis juriste et avocat de formation, et cette proposition de loi posait pas mal de problèmes à mes yeux, on sortait du cadre de l’état de droit. Je ne dirais pas que je m’attendais à ce vote à l’unanimité, mais je l’espérais, car il s’agit là pour moi d’une limite à ne pas franchir et j’aurais été déçu que les Liégeois ne prennent pas cette décision. Je suis fier de présider ce Conseil communal » affirme Willy Demeyer. Pour qui ce vote témoigne également du tempérament liégeois.

Les Liégeois sont un peuple de résistants, aux idées reçues, à l’oppression… Nous avons été capitale de la Résistance durant la Deuxième guerre mondiale, accueilli beaucoup d’opprimés… Liège est une terre d’accueil et d’asile pour les opprimés.

Willy Demeyer

« Il faut replacer ce vote dans la tradition liégeoise, qui est faite de respect des droits et des libertés; mais aussi dans le cadre de la paix de Fexhe, qui était la première manifestation en Europe de libertés individuelles pour les nécessiteux. On avait alors un proverbe qui disait « charbonnier en sa maison est roi », et qui interdisait aux Princes-évêques de rentrer dans les maisons sans décisions de justice ».

Willy Demeyer au Conseil communal – BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Et si on n’en attend pas moins d’un élu socialiste, la surprise de ce lundi soir a été de voir le MR, emmené à Liège par Christine Defraigne, s’opposer également aux visites domiciliaires. Une loi pourtant proposée par le gouvernement fédéral, où les libéraux se partagent le pouvoir avec le CD&V et la N-VA. Pas question de rébellion ou de sécession pour autant dans le chef des valeureux liégeois. Ainsi que l’a expliqué Christine Defraigne sur son compte Twitter, ce n’est pas tant le fond qui dérange, mais bien la forme.

Anticonstitutionnel, le projet de loi ? C’est la conviction d’Ecolo Liège, où Guy Krettels qui a déposé la motion et a bataillé pour rassembler le Conseil autour de ce refus. Parmi les arguments avancés dans la motion, le fait que « la loi offre déjà aux forces de sécurité tout le loisir d’intervenir et de contrôler toute personne susceptible de nuire à l’ordre public« , mais aussi qu’un rappel du statut très particulier du domicile.

Le domicile est inviolable selon l’article 15 de la Constitution, que les exceptions à l’inviolabilité du domicile sont strictissimes et que le juge d’instruction n’ordonne une perquisition que dans le cadre d’une infraction ou d’une instruction pénale et non d’une procédure administrative.

Et Guy Krettels de souligner au micro de la RTBF que « tous les démocrates qui sont attachés aux libertés se bougent, et c’est essentiel qu’on se bouge, parce que là on est en train de franchir une ligne rouge qui nous mène quand même dans des eaux très troubles ». Alors pour éviter la noyade, les partis liégeois n’ont pas hésité à faire des vagues.

Ville hospitalière

La motion signé ce lundi, qui sera déposée à la Chambre, invite le Parlement fédéral à rejeter le projet de loi et invite le gouvernement fédéral à reconsidérer sa position au regard des différents avis émis jusqu’à présent. Et en attendant, la Cité ardente reste fidèle à son statut auto-proclamé de « ville hospitalière, responsable, accueillante et ouverte », voté à l’unanimité également par le Conseil communal en novembre dernier. Fiers comme des coqs, toujours les crestes relevées.

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