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Ce que contient la note anti-FBI dévoilée par Trump

Donald Trump dans le Bureau ovale le 2 février 2018. | © AFP PHOTO / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS

Politique

En autorisant la publication d’une note compilée par un parlementaire républicain pour mettre en doute la crédibilité de l’enquête sur les liens entre Donald Trump et la Russie, le président américain sonne l’heure de la contre-attaque.

Donald Trump a lancé l’offensive contre les enquêteurs qui cherchent à savoir s’il a bien entretenu des liens avec la Russie et s’il a tenté d’entraver la justice. « Ce qui se passe dans notre pays est une honte », a-t-il déclaré dans le Bureau ovale vendredi, avant la publication de la note de quatre pages par la Chambre des représentants. « Les plus hauts responsables et enquêteurs du FBI et du ministère de la Justice ont politisé le processus sacré d’investigation en faveur des démocrates et contre les républicains », a-t-il également tweeté.

Que contient vraiment ce document ? La presse américaine l’a publié et abondamment commenté, à l’image du Washington Post. Avant même sa publication, les services de renseignements avaient supplié la Maison Blanche de ne pas le divulguer. L’opposition démocrate avait dénoncé le caractère biaisé du document compilé par Devin Nunes, représentant républicain de Californie. L’homme, contesté, avait déjà dû se déclarer « en retrait » des investigations au printemps dernier, après avoir fait preuve d’une proximité étonnante avec la présidence.

Le rôle d’une ex-espion britannique

La note évoque « des doutes » quant à « certaines interactions » entre le FBI, le ministère de la Justice et une cour de justice dite « FISA » (« Foreign Intelligence Surveillance Court ») qui a autorisé en octobre 2016 une enquête sur un des conseillers de Donald Trump durant la campagne de 2016, Carter Page. Le texte tente de démontrer que c’est un rapport réalisé par un ex-espion britannique, Christopher Steele, qui a déclenché l’action de la justice américaine. Ce rapport, qui avait été publié par Buzzfeed début 2017, contient des allégations graves de collusion entre la campagne Trump et la Russie, ainsi que d’autres accusations d’ordre privé contre Donald Trump. Steele avait collecté ces informations dans le cadre d’une mission pour l’entreprise Fusion GPS, mandatée pour enquêter sur le candidat Trump, d’abord par l’un des opposants républicains du milliardaire, puis par la campagne Clinton. Ce lien politique avec le camp démocrate est, aux yeux des défenseurs du président, une preuve de l’invalidité du rapport. Dans sa note, Devin Nunes s’efforce de prouver que c’est ce document contesté qui est à l’origine de l’enquête, aujourd’hui menée par le procureur spécial Robert Mueller.

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Une phrase qui remet tout en question

La note, très courte, s’appuie sur des éléments d’un mandat FISA, obtenu pour déclencher la surveillance du conseiller de Trump, Carter Page. Selon ceux qui dénoncent la publication de la note, Devin Nunes semble n’avoir sélectionné que quelques informations tirées du mandat original, alors que les mandats dans ce type de cas sont des documents très volumineux. Pis, le Washington Post souligne que la note comporte probablement une phrase qui pourrait à elle seule retourner les arguments des pro-Trump. Vers la fin du texte, il est en effet précisé que l’enquête du FBI sur l’implication de la Russie a été ouverte « fin juillet 2016 par l’agent du FBI Pete Strzok », suite à la découverte d’informations sur George Papadopoulos, un autre conseiller de Trump, qui s’était vanté en mai 2016 auprès d’un diplomate australien d’avoir appris que la Russie détenait des emails volés à la campagne d’Hillary Clinton, d’après le Post et le New York Times. Papadopoulos est aujourd’hui un des témoins de l’enquête du procureur spécial, après avoir reconnu qu’il avait menti au FBI. Si l’enquête a commencé en juillet 2016, le rapport Steele ne peut en être le seul déclencheur. Et les « doutes » soulevés par la note de Devin Nunes ne sont donc pas réellement pertinents.

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