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L’approche de la Région wallonne des grandes villes, un « hold-up » pour Liège

Braquage de la diligence, adieu au budget logement | © Flickr @ Flowizm...

Politique

La Région wallonne mènerait-elle Liège à sa perte ? Selon Ecolo Liège, emmené sur la question par Quentin le Bussy, la Cité ardente aurait été spoliée de 11,4 millions d’euros en 4 ans par la Région, dont 7,2 rien qu’en logement. 

En cause : l’arrêt de la politique fédérale des grandes villes suite à la régionalisation. En effet, ainsi que l’explique Quentin le Bussy, élu Ecolo et fervent défenseur du patrimoine liégeois, « la politique fédérale des grandes villes a été régionalisée dans le cadre de la 6e réforme de l’état. La Région wallonne a reçu une compétence imprévue, et il a fallu qu’elle tire son plan. Comme ils n’avaient pas une politique bien réfléchie ni les moyens pour aller avec, ils ont décidé que ce n’était pas fondamental et qu’ils allaient arrêter le projet ». Autrement dit : fini d’octroyer les crédits liés à la politique, notamment 1.8 millions d’euros par an pour le logement, qui permettait par exemple à Liège de rénover le parc immobilier de la ville.

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« Comme tous les moyens n’ont pas été transférés, plutôt que de batailler avec le gouvernement fédéral pour avoir de l’argent, ils ont préféré arrêter la politique ». Une décision qui reflète selon Quentin le Bussy le paysage politique de la Région wallonne. « La plupart des députés ou échevins viennent de petits villages wallons, et donc forcément, pour eux, de l’argent pour requalifier les centre-villes urbains, ce n’est pas prioritaire ».

En Région wallonne, il n’y a pas de vraie politique urbaine avec des priorités bien définies. On se retrouve avec des villes qui se battent avec les maigres moyens du bord pour exister. C’est contre-intuitif, parce qu’en Région wallonne, les centres urbains représentent un poids de plus en plus conséquent.
– Quentin le Bussy

Et l’élu Ecolo d’ajouter que « si on veut une Région qui se développe bien, c’est nécessaire de se doter d’une politique urbaine ». Dont acte : ce lundi, les Verts ont interpellé le Conseil communal de Liège sur la question. Car pour eux, si les centres urbains ne sont pas au coeur de la politique de la Région wallonne, ils devraient pourtant l’être, et vite. « Habiter en ville est le modèle social le moins coûteux, et individuellement, le plus économique. On y mutualise beaucoup de fonctions : logement plus dense, offre de mobilité, accès aux services, emprise limitée au sol… C’est donc un enjeu social tant pour les ménages que pour la société » souligne Quentin le Bussy.

Ramener la mixité en ville

Quitte à tirer la sonnette d’alarme, les Verts ne se contentent pas de se plaindre d’avoir été spoliés mais proposent une série de mesures concrètes pour remettre les grandes villes wallonnes sur la carte. « Il faut ramener de la mixité en ville, c’est à dire augmenter le pourcentage de 25-55 ans en leur proposant des biens adaptés. Les jeunes actifs sont aujourd’hui concurrencés par les spéculateurs sur les maisons unifamiliales, et il faut remédier à ça ». Autre problème du point de vue du logement : les marchands de sommeil. « C’est important de remettre des biens « moyens » sur le marché » souligne Quentin le Bussy. Qui insiste également sur l’importance de mettre fin à l’étalement urbain, et rappelle pour ce faire que l’implication de la Région est nécessaire. « La Région wallonne doit se doter d’une vraie politique urbaine pour les noyaux denses, plus de la moitié des Wallons habitant une agglomération (semi-)urbaine. Cette politique doit être dotée des moyens adéquats, tant pour des opérations mixtes mêlant public et privé que pour proposer du logement public à prix modéré »

Pas de logique d’abandon

Un objectif louable. Mais reste que du côté de la Région Wallonne, et plus particulièrement du cabinet de Valérie De Bue, en charge du logement, on s’étonne de la sortie de Quentin le Bussy. L’arrêt de la politique des grandes villes ? « Il n’y a pas eu d’abandon de cette politique. En 2017, des subventions pour un montant total de près de 13 millions d’euros ont été réparties entre les 5 grandes villes de Wallonie, auxquelles il faut désormais ajouter Mouscron et Verviers ». Ce qui est vrai, par contre, c’est que la politique a changé.

La volonté du précédent gouvernement était d’allouer de l’argent de manière automatique pour les frais de personnes et de fonctionnement. Pour 2018, la volonté de la ministre est de revoir le cadre et d’inciter les grandes villes a investir pour leur déploiement urbain.

Car ainsi qu’on l’affirme du côté du cabinet de Valérie De Bue, « c’est caricatural de dire que la Région wallonne est plus proche des zones plus rurales. Nous ne sommes pas du tout dans une logique d’abandon des centres urbains, au contraire : nous voulons mettre en place une logique d’accompagnement pour établir un changement durable et positif ». Un changement qu’il est temps de mettre en place : selon les chiffres les plus récents, la ville de Liège aurait perdu 430 habitants en 2017, ces derniers ayant préféré prendre la clef des champs. Si habiter en ville est la meilleure option pour le futur, il semble qu’il faille encore composer avant d’y arriver.

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