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Elio Di Rupo ne ferme aucune porte

Elio Di Rupo a choisi de ne pas être candidat bourgmestre aux prochaines élections communales. Belga. | © Belga

Politique

Elio Di Rupo ne rempilera pas pour un quatrième mandat. Sa priorité : la présidence du parti et la préparation des élections législatives de 2019. Ça, c’est la version officielle. En réalité, il ne se ferme aucune porte. Même après 2019, il pourrait être bourgmestre, député wallon, député fédéral ou député européen. Analyse.

La rumeur courait dans l’air depuis quelques temps mais c’est désormais officiel : Elio Di Rupo ne sera plus bourgmestre de Mons en 2019. C’est Nicolas Martin, l’actuel premier échevin, qui prendra la tête de la liste PS. Elio Di Rupo la poussera depuis la 45ème et dernière place. Depuis cette annonce, d’autres bruits de couloir circulent : l’ancien Premier ministre viserait le parlement européen, à l’instar de Guy Verhofstadt et Jean-Luc Dehaene. Sur ce point, le principal intéressé reste flou. Pour l’heure, tous les médias doivent se contenter d’un vague « c’est une possibilité ».

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Quelles sont ses motivations ? « J’ai beaucoup réfléchi à cette décision », avance-t-il dans les colonnes du Soir et de Sudpresse, expliquant que deux critères ont guidé son choix. « Le premier est que je me dois de me concentrer à 200 % sur la présidence du PS en vue des élections communales d’octobre, mais aussi en vue des élections générales de mai 2019. Le deuxième est que je dois être cohérent avec moi-même: je tiens comme à la prunelle de mes yeux à une politique intergénérationnelle, qui mêle des adultes aguerris et des jeunes moins expérimentés. » 

Le mayeur de Mons affirme aussi vouloir laisser la place aux jeunes. « La jeune génération doit faire ses preuves et à Mons, Nicolas Martin est le candidat naturel du PS pour me succéder. »  L’actuel premier échevin doit déposer avant ce lundi soir à minuit sa candidature comme tête de liste socialiste pour les élections communales. Un vote des militants est prévu le samedi 24 mars.

Elio Di Rupo a annoncé vouloir laisser la place aux jeunes en occupant la dernière place de la liste socialiste à Mons lors des prochaines communales. Belga

Être ou ne pas être… Bourgmestre

Voilà qui met donc fin au suspense qu’a minitieusement entretenu – jusqu’à ce lundi matin, heure de parution des journaux – le bourgmestre de la cité du Doudou. Pour Pierre Vercauteren, politologue, Elio Di Rupo a joué finement son coup. « C’est une décision qui laisse toutes les options ouvertes. Quand il annonce qu’il ne sera pas tête de liste, cela ne veut pas dire qu’il a renoncé à toute ambition à caractère municipal », analyse-t-il.

Pour comprendre, il faut revenir sur la grande nouveauté du scrutin communal d’octobre : la suppression de l’effet dévolutif de la case de tête. Désormais, les candidats seront exclusivement élus grâce à leurs voix de préférences. Le fait d’être en début, en milieu ou en fin de liste ne changera donc plus la donne. « Quand même bien il ne serait pas tête de liste, il pourra toujours être le champion des voix de préférences. Et donc, se retrouver dans une position où il pourrait redevenir bourgmestre », note le professeur de l’UCL Mons. Un scénario loin d’être impossible, vu la forte popularité d’Elio Di Rupo dans la région. « Mais en même temps, il peut renoncer au mayorat, en faveur de Nicolas Martin, qui est aujourd’hui le favori pour lui succéder. » 

Par ailleurs, pour répondre aux exigences en matière de cumul, le Montois se devait de poser un choix. En effet, les élus provenant d’une entité de plus de 50.000 habitants ne peuvent plus cumuler un mandat de bourgmestre et de parlementaire. Résultat des courses : « S’il se représentait en tête de liste, compte tenu de cette règle, il ne pourrait plus briguer un mandat à un autre niveau de pouvoir. En se positionnant en queue de liste, il se donne donc la possibilité d’être – ou ne pas être – bourgmestre et de briguer un mandat de parlementaire régional, fédéral ou même européen », poursuit Pierre Vercauteren. Autrement dit : il reste maître de son destin.

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Un poids lourd pour mener la danse

On le sait, les scandales à répétition (Publifin, Samusocial, ISPPC) ont fortement affaibli le PS. La sanction électorale pourrait être violente. Selon un sondage réalisé en juillet dernier par l’Institut Dedicated, le PS perdait la moitié des électeurs depuis les élections de mai 2014. Une véritable déculottée. « Le PS traverse une phase difficile. Il aura besoin de toutes ses forces pour soit limiter les dégâts, soit essayer de reconquérir. À cet égard, en matière de campagne électorale, une personnalité aussi populaire qu’Elio Di Rupo est un atout nécessaire pour l’ensemble du parti socialiste. » 

L’Europe, ou comment sortir par la grande porte

Quant à son avenir européen ? Cette solution offrirait une élégante porte de sortie à celui qui, pour ses détracteurs mais aussi en interne, a fait son temps. « Il est l’une des personnalités-clés de la vie politique belge depuis plusieurs décennies. Donc, oui, tôt ou tard, la question de sa sortie va se poser. Mais Di Rupo sait très bien – de par son expérience politique – que ses décisions feront toujours l’objet d’un tas de spéculations. Il fallait donc qu’il reste prudent. En fait, il a tout simplement stabilisé le jeu. Compte tenu de la crise que traverse le parti, il ne pouvait se permettre de prendre une décision qui aurait affaibli le PS pour les autres échéances électorales. C’est exactement ce qu’il a fait », conclut le politologue.

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