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Les frappes en Syrie sont « totalement contraires au droit international »

Les frappes ont eu lieu au moment où Donald Trump les annonçait au cours d'une conférence de presse. | © AFP PHOTO / JALAA MAREY

Politique

Le professeur de droit international à l’ULB Olivier Corten fait part de l’incohérence juridique totale des frappes menées par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni en Syrie.

 

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé samedi une série de frappes aériennes coordonnées contre des installations militaires du régime syrien. Ces interventions constituent des représailles à l’usage d’armes chimiques supposé par le régime syrien la semaine dernière à Douma. Une action dénoncée par la Syrie, la Russie ou encore l’Iran, qu’ils qualifient de violation de droit international.

Les frappes menées samedi par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France en Syrie sont « totalement contraires au droit international », analyse quant à lui Olivier Corten, professeur de droit international à l’Université libre de Bruxelles (ULB). « Aucune justification juridique n’est possible, la seule justification est plutôt politique lorsque (les trois pays, ndlr) invoquent une dissuasion (du régime syrien) d’utiliser des armes chimiques ».

Pour les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, leurs frappes permettraient de dissuader le régime d’utiliser de telles armes à l’avenir. « Cela sonne un peu 19e siècle. On n’essaie même pas d’argumenter en droit. Les seules justifications possibles – une autorisation du Conseil de sécurité de l’Onu ou une légitime défense – ne collent pas donc on n’essaie même pas de les invoquer », poursuit-il.

©AFP PHOTO – Quatre Tornado ont lâché des missiles sur des infrastructures militaires à 25 kilomètres de Homs.

Le même procédé avait été observé voici un an lorsque les États-Unis, seuls cette fois, avaient mené des frappes en Syrie en réaction à une autre attaque chimique supposée.

Le risque de créer un précédent

À long terme, cette façon d’opérer pourrait avoir de sérieuses conséquences. « Le risque, en intervenant sans se justifier juridiquement, c’est que les autres agissent de la même manière », prévient M. Corten. Il cite notamment l’intervention des Russes en Crimée ou en Géorgie, qui ont été dénoncées par les Occidentaux comme des violations aux normes internationales.

©AFP PHOTO / POOL / SIMON DAWSON – Theresa May durant la conférence de presse relative aux frappes en Syrie.

« La différence ici est que ce sont des frappes assez limitées. Cela reste symbolique, c’est une démonstration de force » de la part des Occidentaux, souligne Olivier Corten. « Cela peut expliquer qu’on estime qu’il n’est pas utile de se justifier ».

Néanmoins, « même si on peut être d’accord avec les motifs invoqués (l’utilisation d’armes chimiques, ndlr) sur le moment même, les relations internationales fonctionnent différemment. Si l’on commence à agir de cette façon, c’est la porte ouverte à l’instabilité », souligne le professeur de l’ULB. « On joue avec le feu », conclut-il.

Avec Belga

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