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Quand la Corée du Nord enlevait des Japonais pour former ses espions

Les espions devaient aider le régime de Pyongyang à mieux infiltrer son voisin nippon. | © EPA

Politique

Le président américain a assuré son homologue japonais, Shinzo Abe, qu’il aiderait à Tokyo à ramener au pays les ressortissants japonais enlevés dans les années 1970 et 1980 par la Corée du Nord. Si Pyongyang a affirmé avoir enlevé 19 Japonais, la police nippone compte encore 800 disparitions.

On les surnomme « les fantômes de Pyongyang ». Pendant des années, en 1970 et 1980, la Corée du Nord a fait enlever des Japonais pour aider ses espions à comprendre les us et coutumes et apprivoiser la langue du pays du Soleil-Levant. Femmes, enfants, hommes, sont emmenés dans un pays dont il est quasiment impossible de s’échapper. Dans un article consacré, Le Monde raconte que la plus jeune victime s’appelle Megumi Yokota. En revenant de l’école, dans la ville de Niigata, elle est enlevée à l’âge de 13 ans. Le plus vieux a 52 ans. Pendant longtemps, les seuls à s’intéresser au sort de ces disparus étaient leur famille et leurs proches.

En 2002, un changement s’opère. Lors d’une rencontre entre Kim Jon-il et Junichiro Koizumi, alors Premier ministre Japonais, la dictature nord-coréenne admet avoir enlevé treize Japonais. Un mois après ces aveux, cinq ont été autorisés à rentrer au Japon. Pyongyang affirme que les huit autres sont morts, sans fournir de preuves. En Corée du Nord, on considère alors que l’affaire est close. Mais de l’autre côté de la mer du Japon, l’affaire n’a cessé de prendre de l’ampleur, bloquant les relations entre les deux pays.

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Officiellement, les autorités japonaises ont dénombré dix-sept cas avérés d’enlèvement de leurs concitoyens par Pyongyang entre 1977 et 1983. Mais les otages pourraient être encore plus nombreux : la police nippone compte pas moins de 800 disparitions pour lesquelles un enlèvement par Pyongyang ne peut être exclu. L’Association des familles et l’Association nationale pour le secours aux Japonais enlevés par la Corée du Nord (NARKN) évoquent également des chiffres bien supérieurs.

D’autres pays concernés

Ce mercredi, Donald Trump revenait sur cet épisode douloureux, apportant à Tokyo son soutien dans cette affaire. « Nous allons travailler très dur sur cette question et nous allons travailler dur pour essayer de ramener ces gens », a-t-il déclaré. Ces kidnappings en série ont longtemps bloqué les relations entre le Japon et la Corée du Nord. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, porte encore souvent un ruban bleu, en souvenir des personnes disparues. Suite à un accord conclu à Stockholm en 2014, la Corée du Nord avait toutefois repris les enquêtes sur les enlèvement de ces otages. Quatre ans plus tard, les progrès sont cependant minimes et les relations entre la Corée du Nord et la communauté internationale est loin de s’être améliorée.

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En 2014, l’ONU publiait un rapport selon lequel le Japon n’est pas le seul pays à être concerné par les kidnappings nord-coréens. « Depuis 1950, la République populaire démocratique de Corée mène, à titre de politique de l’État et à grande échelle, une politique systématique d’enlèvements et de refus de rapatriement, suivis de la disparition forcée de personnes d’autres pays. Bien plus de 200.000 personnes, y compris des enfants, amenées de pays étrangers en République populaire démocratique de Corée, ont pu être victimes de disparition forcée », y lit-on. Selon ce rapport, il y a d’une part, des Sud-Coréens bloqués au Nord après la division du pays et la guerre de Corée (1950-1953). D’autre part, des ressortissants libanais, thaïlandais, malaisiens, roumains, français ont été enlevés ou ont disparu en séjournant en Corée du Nord entre les années 1960 et 1980. Et plus récemment encore, précise le rapport, la Corée du nord a enlevé, en Corée du Sud et en Chine, un certain nombre de ses propres citoyens.

 

 

 

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