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« Bruxelles, véritable aimant à illégaux » : Les énormités de la N-VA

Theo Francken, porte-drapeau de la N-VA à Bruxelles. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

La campagne électorale de la N-VA est lancée. Des tracts ont été distribués cette semaine dans diverses communes en région bruxelloise. Même celles où les nationalistes flamands ne comptent pas présenter de liste ne sont pas épargnées. 

C’est officiel : la N-VA est entrée en campagne électorale. Le coup d’envoi a été donné plus tôt cette semaine par la star du parti, Théo Francken, qui présentait les têtes de liste pour les élections communales en Région bruxelloise. « La capitale nous appartient aussi et nous allons le montrer », a-t-il martelé.

Le lancement de leur campagne s’est notamment traduit par la distribution de tracts dans diverses entités, même celles où la N-VA ne comptent pas présenter de liste. C’est dire l’ampleur de leur ambition. Sur lesdits tracts, Jan Jambon et Théo Francken prennent la pose au Mont de Arts, torses bombés et cravattes serrées. En toile de fond, on distingue la tour gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles et l’imposante basilique de Koekelberg. Leur message est décliné en néerlandais, en français et en anglais : « la N-VA est la seule garantie d’une politique saine à Bruxelles ».

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Ce petit fascicule invite les lecteurs à devenir membre du parti ou à demander une brochure plus complète. En effet, les quelques phrases imprimées en noir sur fond jaune ne disent pas grand chose du programme électoral du parti. En revanche, elles en disent long sur le discours que véhicule la N-VA à propos de la migration à Bruxelles. « Les politiciens bruxellois de gauche semblent avoir pour seul objectif que chaque maison de Bruxelles devienne un refuge pour les personnes en séjour illégal. Bruxelles risquerait alors de devenir un véritable aimant à illégaux », lit-on. Des mots qui font appel à la théorie de l’appel d’air, que les nationalistes agitent à chaque action humanitaire. Des mots qui criminalisent les hébergeurs, encore relativement épargnés par la classe politique contrairement à ceux qu’ils hébergent. Des mots très accrocheurs, certes, mais qui vendent des énormités. Et qui sont contradictoires, entre autres, avec des propos tenus par… la N-VA.

Il n’y a plus de problème au parc Maximilien… Mais chaque maison devient un refuge

En avançant que « chaque maison de Bruxelles devient un refuge », la N-VA se contredit. En effet, depuis le début de l’action de la Plateforme citoyenne, le discours dominant consistait à dire qu’il n’y a plus de problème au parc Maximilien. Et que s’il n’y a pas de Calais à Bruxelles, c’est grâce à l’action du gouvernement. Fin d’année, après l’éclatement de la polémique sur les ressortissants soudanais, le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration se félicitait sur sa page Facebook de contrôler le parc Maximilien. « Grâce à notre intervention efficace, il n’y a pas de 2e Calais et la situation au parc est sous contrôle. Les enfants du voisinage peuvent de nouveau y jouer tranquillement », écrivait-il. Ce message avait suscité l’indignation au sein de la Plateforme qui se démène chaque soir, depuis huit mois, pour trouver un toit à tous ceux qui en ont besoin.

Herinnert u zich de hevige discussie over het Soedanezen in het Maximiliaanpark? Iedereen was het eens dat er geen…

Publiée par Theo Francken sur lundi 4 décembre 2017

Alors quelle vérité croire ? Si la « situation au parc est sous contrôle », comment se fait-il que des « maisons deviennent des refuges » ? La N-VA est prise à son propre piège. D’ailleurs, il suffit de se rendre à la gare du Nord pour constater le triste état des lieux de cette situation soi-disant contrôlée.

La Plateforme n’a pas de couleur politique

La Plateforme a souvent dû s’en défendre : cette initiative citoyenne est apolitique. Les bénévoles et les hébergeurs viennent de tout horizon. Rappelez-vous, même le libéral Hervé Jamar a accueilli des migrants chez lui. Et si les « politiciens de gauche » se montrent effectivement en faveur de l’hébergement, aucun n’est à l’origine du mouvement citoyen porté par la Plateforme.

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La levée de boucliers provoquée par l’avant-projet de loi sur les visites domiciliaires a également prouvé que l’hébergement n’a pas de couleur politique. Collectif de chercheurs universitaires, groupe de constitutionnalistes, loge maçonnique, Église catholique se sont prononcées contre, comme autant d’associations de défense des droits de l’homme, de communes, et même de certains membres du MR, pourtant partenaire de la N-VA au fédéral.

Théo Francken présente les têtes de liste pour les élections communales en Région bruxelloise. BELGA PHOTO NILS QUINTELIER

Appel d’air : la faute à la géographie

Oui, la Belgique attire des migrants de transit qui rêvent de passer en Angleterre. Mais l’accueil des maisons bruxelloises n’y est pour rien. Les migrants de transit passaient par le parc Maximilien avait l’action de la Plateforme. Ils y seront encore après. La N-VA, toujours à la pointe sur les questions migratoires, le sait. Mais elle joue le jeu politique et choisit de faire porter le chapeau à sa cible préférée à Bruxelles : les socialistes.

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S’il y a un appel d’air ou un effet d’aimant, c’est tout simplement parce que la Belgique fait face à l’Angleterre. C’est de la pure géographie. Si la Jungle s’est établie à Calais et non à Marseille, à Nice ou à Bayonne, ce n’est pas pour rien : il est tout simplement plus facile d’y traverser la Manche. N’en déplaise aux nationalistes.

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