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Comment Brigitte Macron a trouvé sa place

Emmanuel et Brigitte Macron le 11 mars dernier, lors d'une visite du Taj Mahal, en Inde. | © LUDOVIC MARIN / AFP

Politique

Un an après la victoire d'Emmanuel Macron, Paris Match raconte comment la Première dame, Brigitte Macron, est devenue un atout essentiel pour le président.

«On est maquillées comme des camions, c’est pour les photos», plaisante Brigitte Macron en poussant la porte du bureau de ses deux conseillers, tenant par la main sa petite-fille Elise, qui joue les timides. Ce jour-là, pour le Noël de l’Elysée, six de ses sept petits-enfants accueillent, avec les 500 autres jeunes invités, les Kids United. «On a répété les chansons toute la matinée», s’amuse la première dame, qui connaît désormais par cœur «On écrit sur les murs», le tube du groupe star des cours de récré françaises.

Brigitte Macron est une grand-mère comblée et (presque) comme les autres. Elle ne peut vivre sans sa tribu. Ses mercredi et vendredi après-midi lui sont réservés. Et dès que son époux est en déplacement à l’étranger, elle en profite pour voir sa fille Tiphaine. «En fait, première dame, ce n’est que 10 % de mon temps», nous glisse-t-elle en caressant les cheveux d’Elise. Sa famille s’est agrandie à toute allure. «En onze ans, on est passés de 5 à 15 autour de la table», sourit-elle. Et voilà que Nemo débarque à son tour. C’est avec Emma et Thomas –les aînés de son autre fille, Laurence–, qu’elle avait repéré, à la SPA d’Hermeray, ce labrador croisé de griffon noir, abandonné du côté de chez François Hollande, à Tulle. Elle le promène le soir dans les rues de Paris. «Les gens lui disent : “Bonjour Nemo”», s’étonne-t-elle, encore surprise de l’engouement pour l’animal.

Quant à sa propre popularité… A l’inverse de celles qui l’ont précédée, Brigitte Macron semble douée pour le bonheur. Et déterminée à rompre la malédiction de l’Elysée. La presse française –et étrangère– a admiré et salué ses premiers pas. Un sans-faute. Du Maroc à Abu Dhabi, en passant par le Luxembourg, partout on assiste à la même «brigittemania». Dans le monde entier les gens la reconnaissent et la saluent. «En Grèce, en septembre, le bain de foule avec le président était démentiel», assure Pierre-Olivier Costa, un des deux collaborateurs de Brigitte Macron. Quitte à donner des sueurs froides aux services de sécurité... «Le plus fou, c’était en Autriche, au mois d’août, poursuit ce conseiller, un ancien de la mairie de Paris passé par le Centre national du cinéma et le Centre Pompidou. Les Autrichiens reconnaissaient davantage Brigitte que la femme de leur chancelier, qui visitait Salzbourg avec elle !» Les premières dames de passage à Paris sollicitent toutes un rendez-vous. Plus d’une cinquantaine de demandes lui sont déjà parvenues depuis mai 2017. Elle a reçu l’Afghane Rula Ghani venue en Europe sans son mari, a déjeuné avec l’Ivoirienne Dominique Ouattara. Brigitte, qui préfère faire découvrir la France plutôt que prendre le thé au palais, joue avant tout les guides : elle a amené Martine Moïse, première dame de Haïti, au Louvre, s’est rendue à l’exposition consacrée à Christian Dior au musée des Arts décoratifs avec la libanaise Nadia Aoun, a admiré les chefs-d’œuvre de l’art baroque de Bogota en compagnie de la Colombienne Maria Clemencia Rodriguez de Santos.

Au fil des mois, Brigitte Macron, la «part non négociable» du 8e président de la Ve République, impose sa marque et son style. A l’Onu, à New York, en septembre dernier, elle n’a pas hésité à bousculer le protocole, refusant d’être placée derrière son mari «telle une potiche». «Ce n’est pas la place d’une épouse», a tonné Brigitte qui a demandé à être assise à ses côtés ou ailleurs dans la salle. «Elle a tenu bon, elle fait progresser les esprits et la cause des femmes», s’enflamme son conseiller.

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150 lettres par jour lui parviennent

Les Français l’adorent et lui écrivent : plus de 150 lettres par jour lui parviennent, toutes lues et traitées avec attention. A l’inquiétude, au vertige même des débuts, a succédé le plaisir. Si elle n’aime toujours guère le terme de «première dame» –elle ne se sent ni première ni dame–, elle est restée libre. Elle sort tous les jours, pour se promener... et pour travailler. Car Brigitte aime débattre avec ses collaborateurs en marchant. Et il suffit de consulter son agenda, publié a posteriori sur le site de l’Elysée, pour réaliser qu’elle reste, comme elle le dit, «en contact avec la réalité».

Séance selfies dans le centre d'Athènes, le 8 septembre 2017, pour Brigitte Macron. © YIANNIS KEMMOS / Newsbeast / AFP

Il y a ces start-up qu’elle visite comme Constant & Zoé, qui fabrique des vêtements pour handicapés. Pendant deux heures, elle discute avec la fondatrice et quatre personnes directement concernées dont Louna, une étudiante tétraplégique venue avec son beau-père, et David, infirme moteur cérébral qui s’exprime avec une tablette vocale. Il y a ces associations qu’elle rencontre, Women Safe, qui vient en aide aux femmes victimes de violences à Saint-Germain-en-Laye, la Maison des femmes à Saint-Denis, l’Association européenne contre les leucodystrophies à Laxou, Une luciole dans la nuit, qui accompagne les personnes atteintes d’un cancer... Elle s’est aussi rendue au centre d’essai de fauteuils roulants de l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches, et chez TEDyBEAR, une structure d’accueil pour enfants autistes. A chaque fois, Brigitte arrive très préparée, elle dialogue avec le personnel et ceux qui bénéficient du soutien de la structure. Sans aucun média, pour avoir le temps et ne pas briser la sincérité des rencontres. La première dame choisit ses thématiques : femmes, handicap, éducation, enfance.

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Soucieuse de ne pas gêner les ministres, elle entretient des liens étroits avec Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Elle a également vu Muriel Pénicaud (Travail), Françoise Nyssen (Culture), Nicole Belloubet (Justice) et Mounir Mahjoubi (Numérique). Brigitte Macron veut aider, se rendre utile, gérer ce que les ministres n’ont pas le temps de traiter. «Nous ne sommes pas du tout en concurrence. C’est un atout qu’elle s’engage et c’est même moi qui la sollicite, assure Marlène Schiappa. Elle a conscience de ce qu’elle déclenche...» Brigitte Macron se voit comme «un levier d’action supplémentaire, ni dans le gouvernemental ni dans l’associatif, capable de trouver des solutions sur des zones non défrichées», expliquent ses proches. Parfois la solution vient par la visibilité, par le simple fait d’en parler. Mais Brigitte veut aussi aller plus loin et, à l’instar de son mari, «faire». Plusieurs pistes sont à l’étude. La première dame souhaite rester discrète sur ses projets et ne pas en parler avant que les choses se soient concrétisées.

"On a un quinquennat pour résoudre quelques problèmes"

Elle aimerait aider les familles de l’unité de médecine palliative pour enfants de l’hôpital Necker. Les responsables avaient écrit à de nombreuses personnalités, aucune ne leur avait jusqu’alors répondu. Brigitte, elle, y est allée deux fois. D’abord pour rencontrer l’équipe soignante et les enfants hospitalisés. Puis pour distribuer des cadeaux de Noël. Ce qui manque ici, c’est une maison de répit, pour permettre aux enfants en fin de vie d’être accompagnés jusqu’au bout par leur famille. Les mécènes manquent à l’appel. Brigitte a décidé de contribuer à organiser un tour de table pour financer cette maison indispensable. Autre injustice contre laquelle elle s’est mobilisée, avec les médecins de l’hôpital de Garches : le cancer du sein des femmes en fauteuil roulant. Parce qu’il faut pouvoir se tenir debout pour passer une mammographie, ce qu’elles ne peuvent faire, elles ont trois fois plus de risques de développer ce type de cancer. Seuls deux laboratoires en France, tous deux situés à Paris, disposent de machines adaptées. La première dame a rencontré la présidente de la Mutualité française, qui n’avait pas conscience de ce problème et a promis de se pencher dessus. Un autre projet en route concerne la santé et l’alimentation des enfants. Une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) montre que 30% des enfants ne prennent pas de petit-déjeuner chaque matin. Les collaborateurs de Brigitte ont donc pris contact avec les représentants de la filière fruits et légumes pour leur demander s’ils seraient partants pour une opération d’envergure nationale.

«On a un quinquennat pour résoudre quelques problèmes», conclut Pierre-Olivier Costa. Elle ne veut ni compte Twitter ni Instagram. «Ce n’est pas notre rythme, on est dans le temps long», se justifie-t-elle. Certains la poussent à voir plus grand. «Vous êtes une des rares femmes à même de pouvoir porter un sujet au niveau mondial, nous avons besoin de vous», l’a ainsi exhortée Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale. Michel Sidibé, le directeur exécutif d’Onusida, lui a parlé de l’importance de l’éducation des filles dans la lutte contre le VIH. A Lausanne, en juillet dernier, le président du Comité international olympique a souhaité déjeuner avec elle. Toujours bonne élève, elle s’est aussitôt plongée dans le dossier de candidature de Paris pour les J.O.

Emmanuel et Brigitte Macron arrivent en Chine le 8 janvier dernier. © Ludovic Marin / Pool / Reuters

Si elle s’est glissée dans les pas d’une Michelle Obama sur la scène internationale, Brigitte Macron peut aussi se revendiquer l’héritière de Bernadette Chirac, qui fut une maîtresse de maison hors pair à l’Elysée. Pendant douze ans, elle a œuvré pour que cet hôtel particulier du XVIIIe siècle soit «un reflet de l’art de vivre à la française». A son exemple, Brigitte ne laisse rien au hasard. Elle s’est intéressée au savoir-faire des 800 personnes qui y travaillent, des cuisiniers aux lingères en passant par les standardistes et les jardiniers. Et puis elle s’est approprié les lieux. Le palais a certes une histoire ancienne, mais il n’est pas figé. Brigitte a libéré les fenêtres et fait entrer la lumière. Elle s’y sent bien. Elle passe voir son mari dans son bureau. Celui-ci lui réserve une soirée entière par semaine – ils sortent souvent au théâtre –, ainsi que le samedi soir. Et lorsqu’il n’est pas pris par ses obligations, il dîne avec elle aux alentours de 22 heures.

Comme toutes les autres avant elle, Brigitte Macron surveille son look. Taille 36, jambes fuselées perchées sur des talons aiguille, elle aime les jeans (en particulier le Scarlett d’Acquaverde, une marque française). Mais… «Tu es plus Vuitton que Dior», a décrété son amie Delphine Arnault, directrice générale adjointe de Louis Vuitton, pendant la campagne présidentielle. Et elle lui a présenté le créateur de la marque, Nicolas Ghesquière. Brigitte apprécie ses robes qui lui arrivent au-dessus du genou. En Chine, températures négatives obligent, elle a tout misé sur les manteaux et porté six modèles différents en moins de quarante-huit heures ! Par une habile alchimie, entre maturité des traits, jeunesse de la silhouette, modernité du style et classicisme des manières, Brigitte Macron a réussi à incarner et fédérer les générations. Un atout essentiel pour son président de mari.

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