Paris Match Belgique

Pourquoi l'affaire du Kazakhgate éclabousse Armand De Decker

armand de decker

Armand De Decker. | © BELGA PHOTO BRUNO FAHY

Politique

Après son inculpation dans le dossier du Kazakhgate, l'ex-bourgmestre d'Uccle Armand De Decker a décidé de quitter le MR.

 

Le député bruxellois l'a annoncé lundi après-midi dans un courrier électronique adressé au président du Mouvement Réformateur, Olivier Chastel : il démissionne du parti suite à la confirmation plus tôt dans la journée par le parquet général de Mons de son inculpation pour trafic d'influence dans le cadre de l'affaire du Kazakhgate. Armand De Decker a réagi à cette inculpation et clame, une énième fois son innocence en ce qui concerne la modification de la loi sur la transaction pénale. Alors qu'il était soupçonné d'avoir usé de son influence pour faire adopter une loi élargissant la transaction financière en matière pénale, mi-2011, l'ancien président du Sénat estime dans un communiqué que le magistrat confirme ce qu'il affirme depuis le début : il n'y est pour rien dans cette nouvelle loi. "La Commission d'enquête parlementaire dite Kazakhgate l'a aussi confirmé de manière éclatante. J'ai donc été injustement mis sur la sellette à propos de l'adoption de cette loi », jugeait-il, d'après nos confrères de La Libre.

Lire aussi > La pièce la plus accablante du Kazakhgate n'est pas un faux

Cette nouvelle loi avait permis au milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev de payer 23 millions d’euros et d'échapper ainsi à des poursuites judiciaires pour des affaires de faux, association de malfaiteurs et de blanchiments d’argent. Avocat de Chodiev, Armand De Decker aurait également reçu plus de 700 000 euros, au titre de « remerciements » pour son intervention, révélait le Canard Enchaîné en 2015.

Une visite reprochée et contestée

Il lui est également reproché d'avoir rendu visite au ministre de la Justice de l'époque, Stefaan De Clerck, en février 2011, pour lui demander d'enjoindre de conclure cette fameuse transaction sans la moindre base légale. Un reproche qui "ne tient absolument pas la route, ni en fait, ni en droit », selon l'ex-bourgmestre d'Uccle. "Il est absurde de penser que j'aurai rendu visite au ministre et à son cabinet ministériel pour obtenir une transaction qu'il est légalement impossible d'obtenir à cette époque », estime Armand De Decker. "La transaction pénale élargie n'existait tout simplement pas en droit belge au moment de cette visite. La transaction pénale fut possible à la suite du vote des lois adéquates par le Parlement, en dehors de toute implication de ma part. Elle fut, comme la loi le prévoit, proposée et signée par le Parquet général de Bruxelles et, enfin, homologuée par un tribunal indépendant et impartial, la Chambre des mises en accusation de Bruxelles qui n'a fait qu'appliquer la loi ». Pour lui, le trafic d'influence dont il est inculpé est "inconcevable s'il s'agit de demander à un ministre de faire quelque chose qui n'est ni dans ses prérogatives ni dans ses possibilités ».

Lire aussi > Kazakhgate : La fable sombre du milliardaire qui voulait museler le politique

S'il a rendu visite à Stefaan De Clerck, c'était pour se renseigner sur "l'état d'avancement d'une proposition de réforme de la loi sur la transaction pénale et notamment d'un projet du CD&V en la matière », expliquait Armand De Decker, selon qui "cette pêche aux renseignements" était parfaitement conforme à sa mission d'avocat. L'ancien MR annonce qu'il va profiter de cette inculpation pour demander désormais l'accès à son dossier judiciaire. Et de conclure : "Monsieur De Decker attend avec une totale sérénité la suite de l’instruction judiciaire le concernant et défendra son point de vue, juste et bien fondé, avec vigueur ».

CIM Internet