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Avec une photo, Ivanka Trump relance la polémique sur les enfants migrants

Ivanka Trump, le 7 mai dernier, à la Maison Blanche. | © AFP PHOTO / SAUL LOEB

Politique

En publiant une photo la montrant avec son fils, Ivanka Trump a déclenché une série de critiques en référence à la nouvelle politique américaine, qui sépare les enfants des parents immigrés.

Souriante, tenant son fils Theodore contre elle, Ivanka Trump ne pensait probablement pas qu’une photo pourrait lui valoir tant de critiques, et pourtant. La fille et conseillère du président américain a provoqué la colère des opposants de l’administration Trump, dont certains l’ont accusée de manquer de sensibilité alors que, depuis plus d’un mois, la nouvelle politique migratoire « zéro tolérance » a séparé de nombreuses familles de migrants : « C’est incroyablement de mauvais goût, quand on voit l’indignation publique nourrie par les images d’enfants arrachés des bras de leurs parents à la frontière -une politique barbare dont Ivanka Trump se rend complice en la soutenant », a écrit sur Twitter Brian Klaas, chercheur à la London School of Economics.

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La photo partagée par Ivanka Trump a reçu plus de 19 000 réponses sur Twitter, dont certaines faisaient référence aux 1475 mineurs placés dans des familles d’accueil, après avoir traversé la frontière seuls, et dont l’administration américaine est sans nouvelle. Steven Wagner, l’adjoint au secrétaire de l’administration pour les enfants et familles au sein du département de la Santé et des Affaires sociales, avait donné ce chiffre devant le Sénat, le 26 avril dernier. « J’aimerais que vous ayez le courage de nous dire ce que vous pensez vraiment des enfants disparus. Aucune mère ne peut possiblement penser que ça va. Le pouvez-vous ? », a demandé @tcperret. « Quelle chance de pouvoir faire ça avec vos enfants. Pendant ce temps, leurs parents manquent à 1500 enfants, une conséquence des ordres de Papa. Le fait que vous et d’autres soi-disant dirigeants êtes restés les bras croisés sans rien faire en dit long », a écrit @truthtalk4once. « Une véritable mère aurait de la compassion pour les enfants blessés par les politiques de votre père. Vos opérations de communications fictives sont absurdes », a critiqué @HoarseWisperer.

700 enfants séparés de leurs familles depuis octobre

Si Ivanka Trump avait déjà choqué par une publication « glamour » durant les manifestations contre le décret interdisant l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans, le sort des enfants migrants est un sujet brûlant aux Etats-Unis. Les images montrant des enfants dormant derrière des grilles sur des matelas posés au sol, une couverture de survie sur eux, ont provoqué l’indignation. Sur Twitter, les mots-clés #WhereAreTheChildren (où sont les enfants) et #MissingChildren (enfants disparus) rassemblent des témoignages des conséquence de cette nouvelle politique zéro tolérance, en vertu de laquelle même les parents demandant l’asile pour la première fois risquent d’être poursuivis devant une cour criminelle, séparés de leurs enfants et détenus en attendant l’examen de leur situation si les autorités ont des soupçons de trafic. Les enfants ne pouvant être envoyés en prison, ils sont donc placés dans des familles d’accueil ou des centres de rétention -la possibilité de les accueillir sur des bases militaires a même été évoquée, précise le Washington Post.

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AFP PHOTO / SAUL LOEB

Depuis octobre, selon les autorités, 700 enfants ont été séparés de leurs familles, dont 100 de moins de quatre ans. « Le désespoir dont on parle, celui d’une mère isolée qui ne sait pas où est son enfant pendant quatre jours, c’est maintenant banal sous cette administration. Les enfants et les parents séparés n’ont parfois pas de moyen de communication pendant des jours, des semaines, j’ai vu des mois où un parent n’avait aucune idée d’où se trouvait son enfant qui lui avait été arraché par le gouvernement américain », a expliqué Laura St John, directrice juridique de The Florence Project, une ONG basée en Arizona, à MSNBC. « La semaine dernière, nous avons vu un enfant de 53 semaines être présenté au tribunal sans parent. Nous voyons ça maintenant, car le gouvernement sépare les enfants de leurs parents, le gouvernement en fait des mineurs non-accompagnés et les place en foyers ».

L’histoire d’une Congolaise, qui avait demandé l’asile en Californie, a marqué les esprits : détenue à partir du 1er novembre dernier, séparée de sa fille de six ans quatre jours plus tard, elle a dû attendre qu’un test ADN confirme le lien entre elle et la fillette, placée dans un foyer de Chicago pendant ses quatre mois et demi de détention, pour la retrouver.

AFP PHOTO / Herika Martinez

L’administration Trump assume

Le ministre de la Justice Jeff Sessions a rejeté toute critique, assurant que la responsabilité était celle des personnes entrant illégalement aux Etats-Unis, qu’elles fuient une situation économique catastrophique ou des violences : « Si vous faites entrer clandestinement un étranger, alors nous vous poursuivrons. Si vous faites entrer un enfant illégalement, alors nous vous poursuivrons et cet enfant vous sera probablement enlevé, comme le veut la loi. Si vous ne voulez pas être séparé de votre enfant, alors ne les faites pas passer la frontière illégalement. Ce n’est pas notre faute si quelqu’un fait ça ».

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John Kelly, le « chief of staff » de la Maison Blanche, a lui aussi assumé la politique de l’administration. Lorsqu’un journaliste de NPR lui a demandé si la méthode était « cruelle et sans coeur », il a répondu : « Je ne le dirais pas comme ça. On s’occupe des enfants, ils sont placés en foyer ou quelque chose. Mais le point final est qu’ils viennent aux Etats-Unis illégalement et que c’est une technique dont personne n’espère qu’elle soit utilisée pendant longtemps ». « Si vous êtes un parent ou une personne seule ou que vous avez une famille, que vous traversez entre les points d’entrée, nous demanderons des poursuites. Vous avez enfreint la loi américaine », avait répondu Kirstjen Nielsen, secrétaire à la Sécurité intérieure, à la sénatrice démocrate Kamala Harris.

Donald Trump, lui, a voulu faire porter le blâme aux démocrates : « Je sais que ce que vous traversez avec les familles est très dur. Mais ce sont les mauvaises lois que les démocrates nous ont donnés. Nous devons diviser des familles. Les démocrates nous ont donné cette loi. C’est une chose horrible, nous devons séparer des familles. Les démocrates nous ont donné cette loi et ils ne veulent rien en faire. Ils la laissent comme ça car ils ne veulent aucun changement. Et vous séparez des familles à cause des démocrates. C’est terrible ». L’Associated Press a contredit cette affirmation du président, qu’il a maintenue dans un tweet dimanche.

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