Paris Match Belgique

Comment l’Ukraine a mis en scène l’assassinat du journaliste Arkadi Babtchenko

Le soldat, écrivain, correspondant de guerre, journaliste d'opposition Arkadi Babtchenko. | © Facebook : Аркадий Бабченко

Politique

Alors que tout le monde le croyait mort, le journaliste russe d’opposition Arkadi Babtchenko est apparu vivant aux côtés des services de sécurité ukrainiens, justifiant une mise en scène orchestrée pour le protéger d’une menace mortelle et imminente.

 

L’annonce de sa mort ce mardi avait fait grand bruit, tant en Russie qu’en Ukraine. 24 heures plus tard, l’émotion est d’autant plus vive quand Arkadi Babtchenko apparaît en chair et en os à Kiev, à l’endroit même où l’on était censé l’avoir tué.

Opération spéciale

Lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 30 mai dans la capitale ukrainienne, le journaliste russe de 41 ans était là, bel et bien vivant. Alors que tout le monde le croyait mort après avoir reçu trois balles dans le dos, le procureur général ukrainien et les chefs des services de sécurité (SBU) ont indiqué qu’il s’agissait d’une mise en scène. L’objectif d’une opération spéciale censée déjouer le meurtre de Babtchenko commandité par la Russie.

Lire aussi > L’avenir politique de l’opposant numéro un au Kremlin compromis par une condamnation

Trompé par les autorités ukrainiennes, le tueur recruté par les services russes contre la somme de 40 000 dollars pour assassiner Arkadi Babtchenko a finalement été arrêté, selon le député Anton Guerachtchenko, conseiller auprès du ministère ukrainien de l’intérieur. « Nous devions faire croire aux représentants des services spéciaux russes que l’assassin avait rempli sa mission », a-t-il expliqué. C’est que le journaliste russe, connu pour ses critiques virulentes à l’encontre du Kremlin, se savait depuis longtemps en danger.

Faire taire les menaces

Depuis la Russie, qu’il a quitté en février 2017, en passant par la république Tchèque et Israël, Arkadi Babtchenko s’était finalement installé à Kiev, en exil. « Si quelqu’un jure de vous tuer, faites lui confiance », écrivait-il à l’époque sur sa page Facebook, craignant constamment pour sa vie. En tant que voix critique du président russe Vladimir Poutine, le journaliste d’opposition disait recevoir des « milliers de menaces » et se plaignait d’être la cible d’une « effroyable campagne de harcèlement », rapporte l’AFP. La police de Kiev avait aussitôt déclaré privilégier la piste d’un crime lié à la profession de cet ancien soldat russe engagé dans les guerres de Tchétchénie devenu un reporter de guerre chevronné et respecté. Alors pour le protéger, l’Ukraine n’a pas hésité à simuler son décès.

Lire aussi > La liberté de la presse européenne en danger après l’assassinat d’un autre journaliste

« Grâce à cette opération, nous avons réussi à déjouer une provocation cynique et à documenter les préparatifs de ce crime par les services spéciaux russes », a déclaré le chef des services ukrainiens de sécurité (SBU) Vassyl Grytsak, aux côtés du journaliste. Ce dernier s’est excusé auprès de sa femme et de ses enfants pour avoir tu ce terrible secret, précisant qu’il était au courant du projet de son assassinat depuis environ un mois.

 

CIM Internet