Paris Match Belgique

Theo Francken veut contourner la Convention des Droits de l’Homme

theo francken

Theo Francken, le 30 mai dernier. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Politique

Le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration plaide pour le retour aux « refoulements » de bateaux chargés de migrants vers les côtes africaines. Pour y arriver, Theo Francken dit « devoir trouver une manière de contourner la Convention des Droits de l’Homme ». 

Après un échange avec les ministres européens de l’Intérieur à Luxembourg, Theo Francken a déclaré que la réforme du règlement de Dublin, qui détermine l’État membre responsable d’une demande d’asile dans l’UE, était « morte ». Selon le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, pas besoin de continuer la discussion puisque « plusieurs pays ont exprimé des réticences importantes » lors du Conseil, dont l’Allemagne et l’Italie, dont le nouveau gouvernement est ouvertement anti-immigration. Et la Belgique ? « Nous serions d’accord de travailler sur base du texte de la présidence bulgare. Mais il faut aussi parler des frontières extérieures », explique le secrétaire d’État, cité par Le Soir.

Lire aussi > Crise des migrants : Theo Francken et le bourgmestre de Schaerbeek se renvoient la balle

Fermeture des frontières

« Il y a un grand manque de confiance dans l’Union européenne. L’Italie et la Grèce ne croient pas que les autres pays les aideront en cas de crise. Nous devons donc parler de l’essentiel d’abord, c’est-à-dire la lutte contre la migration illégale« , estime Theo Francken à nos confrères de La Libre. Dans un ton plus alarmiste, le secrétaire d’État a mis en garde contre le risque de la fin de l’Union Européenne et de la zone Schengen, « si l’Europe ne résout pas le problème de migration sur le fond ». Pour mener ce combat contre la migration illégale, il a plaidé, devant ses homologues européens pour le retour des « pushback », les refoulements des bateaux chargés de migrants vers les côtes africaines, indique Le Soir.

L’important est que la porte de devant et de derrière soient fermées.

Theo Francken est convaincu que, en appliquant cette politique migratoire australienne, ce sera plus bénéfique pour les pays européens, mais aussi pour les migrants déjà arrivés sur leurs territoires. Fin de l’immigration illégale, installation de camps légaux et corrects, davantage de moyens à l’UNHCR, fin de la mafia des passeurs… « On pourrait faire plus, sans plus accepter des bateaux », assure-t-il au Soir avant de rappeler qu’il plaide « pour cette approche depuis des mois et vais continuer à le faire. Je suis convaincu que si toutes les portes étaient fermées, tous les pays seraient d’accord de preuve de plus de solidarité ».

Lire aussi > Appliquer la politique migratoire australienne : le rêve de Theo Francken est-il possible en Belgique ?

Contourner les Droits de l’Homme

« L’Italie est obligée de sauver les migrants en mer, et elle doit les accueillir, sans pouvoir les renvoyer en Libye ou ailleurs. Mais tant que ce ne sera pas possible, nous aurons le chaos. Nous devons pouvoir renvoyer les bateaux », commente le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration dans Le Soir. Pour ce faire, « nous devons trouver une manière de contourner l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme », soit celui qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants. « Et la jurisprudence doit s’y adapter. Je crois qu’il y a des gens en Europe qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe : ils devraient bien comprendre ce qui est en jeu aujourd’hui… »

Ses propos n’ont pas tardé à susciter une forte indignation dans l’opposition francophone. « Ces propos dépassent l’entendement. Le secrétaire d’État appelle désormais à ne plus respecter le fondement essentiel de toute démocratie », a commenté le président du PS Elio Di Rupo dans un communiqué. Même son de cloche chez le président de DéFI Olivier Maingain, pour qui « il est temps que les démocrates démasquent cette extrême droite ‘décomplexée’ ».

« Les droits fondamentaux font partie du patrimoire européen et de nos valeurs. Dès le moment où nous essayons de régler nos problèmes politiques en les tordant, nous ne sommes pas fidèles à nos propres valeurs européennes », affirme François de Smet, directeur de Myria (Centre fédéral Migration) au micro de la Première. « Je ne crois ni aux frontières totalement ouvertes ou fermées. Il faut trouver un compromis. Je crois que c’est possible, mais pour l’instant on en est loin ».

La correction de son cabinet

Le secrétaire d’Etat Theo Francken n’a pas voulu dire que l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme devait être contourné, mais bien l’interprétation « large » qu’en a faite la Cour européenne des droits de l’homme, a corrigé son cabinet dans une réaction à Belga. « Le problème ne réside pas tant dans la Convention européenne des droits de l’homme en elle-même (qui est en partie un texte de son époque) mais bien dans l’interprétation large qu’en ont faite les juges de Stasbourg », a indiqué le cabinet Francken. « Nous constatons cette interprétation large dans divers domaines, et aussi en matière de migration (arrêt sur les push-backs, arrêts sur les transferts grecs de la procédure Dublin, jugement sur les terroristes renvoyés, etc.) », expose le cabinet Francken.

CIM Internet