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Le yoga, entre arme politique et business

En Inde, dans les écoles et les administrations, la pratique du yoga s'est généralisée sous l'impulsion du gouvernement. | © AFP PHOTO / SAM PANTHAKY

Politique

L’Inde a donné le coup d’envoi de la Journée internationale du yoga ce jeudi, initiée en 2014 et censée promouvoir le yoga dans le monde. Mais pas que.

Le yoga, cet art ancestral hindou devenu véritable effet de mode en Occident, est pratiqué par près de 300 millions de personnes dans le monde. Pratiqué au travail, dans des clubs spécialisés ou au parc, il a envahi notre quotidien. Il pèse aujourd’hui des dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le gouvernement nationaliste du Premier ministre Narendra Modi en a fait un instrument du « soft power » indien sur la scène internationale, mais aussi d’encadrement politique sur le plan intérieur.

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Narendra Modi est lui-même un yogi assidu. Chaque matin, le dirigeant indien se lève aux aurores pour méditer et ainsi élever sa spiritualité. Utiliser le yoga comme instrument de rayonnement de son pays, c’est l’une de ses premières victoires sur la scène politique internationale. Dans la foulée de son élection, en mai 2014, l’homme à la petite barbe blanche bien taillée s’est envolé pour New York, direction les Nations unies, où il a parlé paix et lutte contre le terrorisme, développement et éradication des inégalités, mais aussi … création d’une Journée mondiale du yoga.

© Narendra Modi, le Premier ministre indien. AFP PHOTO / CHANDAN KHANNA

Un « ministre du yoga »

À la tribune, il a énuméré les innombrables vertus de cet art ancestral, pour atteindre « l’unité du corps et de l’esprit », lutter contre le stress et même contre le réchauffement climatique. En offrant « l’harmonie entre l’homme et la nature », a-t-il plaidé, le yoga peut nous inciter à « modifier nos modes de vie et éveiller une prise de conscience ». La résolution a été adoptée par 175 pays, sans vote mais sous les acclamations, le 11 décembre 2014. Entre-temps, l’Inde avait nommé, pour la première fois de son histoire, un « ministre du Yoga » ou, plus précisément, de l’Ayush (ayurvéda, yoga, unani, siddha et homéopathie). Le yoga appliqué à la politique, vraiment ?

© Devenu un véritable business, le yoga génère des dizaines de milliards de dollars chaque année. EFE/Andrea De Silva

Aujourd’hui, le gouvernement fait feu de tout bois pour promouvoir torsions et étirements. Il affiche aussi haut et fort sa volonté de contrôler sa bureaucratie : des millions de fonctionnaires ont récemment été convoqués à des sessions de yoga quotidiennes avec leurs familles [idem pour les policiers et les écoliers] ; un système de déduction fiscale a été instauré pour toute contribution financière à un organisme favorisant la promotion du yoga ; et Air India, la compagnie aérienne nationale, forme depuis plusieurs années ses nouveaux mem­bres d’équipage et pilotes aux disciplines hindoues.

Privilégier l’hindouisme et exclure les minorités

Narendra Modi commence toujours ses conférences de presse en hindi, y compris devant les médias internationaux. Et suscite les inquiétudes de certains observateurs. Focaliser l’attention de tous sur des éléments cultu­rellement rattachés à l’hindouisme, comme le yoga, serait selon eux le signe d’un projet idéologique plus vaste : circonscrire l’identité de l’Inde à sa majorité hindoue et en exclure les minorités, notamment musulmanes (13 % de la population).

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Le yoga, tout comme l’ayurvéda, représente aussi un énorme pactole, avec à la clé des millions de touristes et de nouveaux débouchés dans la santé et le bien-être. Aux Etats-Unis, ce « marché » florissant aurait rapporté 23 milliards d’euros en 2013. Celui des médecines alternatives serait, lui, estimé à 88 milliards d’euros dans le monde. Narendra Modi, dont l’ambitieuse campagne « Make in India » est destinée à stimuler la production indienne et à attirer les investisseurs étrangers, n’est pas le premier à vouloir en profiter.

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