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Nelson Mandela : l’icône de la réconciliation en 4 discours historiques

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"Madiba" aura marqué l'histoire de par ses discours empreints d'humanité. | © BELGA PHOTO / IMAGO

Politique

L’Afrique du Sud célèbre cette semaine le centième anniversaire de la naissance de son héros Nelson Mandela, activiste et homme politique sud-africain de premier plan dans la résistance contre l’apartheid. Retour sur une vie de combats et de discours qui ont marqué l’histoire.

Cinq ans après sa mort, « Madiba » a gardé son statut d’icône mondiale pour son combat contre le régime raciste blanc et son message de réconciliation. Nelson Mandela, dont on célèbre aujourd’hui le centième anniversaire, s’est battu toute sa vie pour une Afrique du Sud plus juste et égalitaire.

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De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l’Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l’apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l’avait emprisonné durant 27 longues années. Ni brisé ni amer, il avait commencé au début des années 1990 à construire une Afrique du Sud nouvelle, une « Nation arc-en-ciel », qu’il voulait exemplaire.

Un humanisme à l’africaine

Qualifié un jour d’« icône mondiale de la réconciliation » par Desmond Tutu, l’une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, celui que ses compatriotes appelaient « Madiba », surnom hérité de son clan tribal, incarnait des valeurs d’autant plus universelles qu’il n’a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l’africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas.

Nelson Mandela aura lutté toute sa jeunesse contre le régime blanc au pouvoir dans son pays, qui a « inventé » en 1948 le concept d’apartheid, le « développement séparé des races ».

La parole comme plus grande arme

Capturé et emprisonné en 1962, il est envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap où il restera 27 ans. En 1990, il est libéré. Il négocie alors pied à pied avec le régime à bout de souffle l’organisation d’élections enfin universelles et démocratiques. De 1994 à 1999, il a été le premier président noir d’Afrique du Sud.

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Grand orateur, « Madiba » aura marqué l’histoire de par ses discours. Tout au long de sa vie, la parole fut la plus grande arme du héros de la lutte anti-apartheid. Quatre de ses discours auront marqué l’histoire de l’Afrique du Sud, et bien au-delà.

20 avril 1964, procès de Rivonia : « Un idéal pour lequel je suis prêt à mourir »

En 1964, Nelson Mandela est en prison depuis déjà deux ans, condamné pour avoir incité des gens à se mettre en grève pour protester contre les politiques de ségrégation raciale. Mais le 20 avril 1964, Nelson Mandela répond cette fois de chefs d’accusation plus graves : sabotage, haute trahison et complot. Aux côtés de 19 autres dirigeants de son parti, le leader du parti politique est le premier à prendre la parole dans le tribunal de Pretoria. Dans un discours de près de 30 minutes, il raconte à l’assemblée la genèse et les motivations de son engagement politique, esquissant les prémices de la future « Nation arc-en-ciel ».

« Au cours de ma vie, je me suis consacré à cette lutte des peuples africains. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère accomplir. Mais si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ».

13 février 1990, la libération : « L’apartheid n’a pas d’avenir »

La foule attend, impatiente, les premiers mots du plus vieux prisonnier politique du monde, qui a quitté deux jours plus tôt la prison Victor Verster de Paarl. Depuis le balcon de l’hôtel de ville du Cap, Nelson Mandela rompt un silence de vingt-sept années. Dans une adresse formulée à la première personne, il remercie tour à tour toutes les composantes de la société sud-africaine, celles-là même qu’il lui faudra réussir à réunifier pour obtenir la paix du pays, encore régi par les lois de l’apartheid.

« Notre marche vers la liberté est irréversible. Nous ne pouvons pas laisser la peur l’emporter. Le suffrage universel dans une Afrique du Sud démocratique, unie et non raciale est notre seule voie vers la paix et l’harmonie entre les peuples ».

10 octobre 1993 : le prix Nobel

Le comité suédois décerne en 1993 le prix Nobel de la Paix à Nelson Mandela et au président sud-africain Frederik de Klerk pour l’abolition de l’apartheid, en juillet 1991. A l’hôtel de ville d’Oslo, Nelson Mandela choisit notamment de rendre hommage à la mémoire de Martin Luther King.

« Nous sommes ici aujourd’hui pour représenter les millions de personnes qui ont osé se soulever contre un système social dont l’essence profonde était la guerre, la violence, le racisme, l’oppression, la répression, et l’appauvrissement de tout un peuple. (…) Ces innombrables humains, à la fois à l’intérieur et en dehors de l’Afrique du Sud, ont eu la noblesse d’esprit de s’opposer à la tyrannie et à l’injustice, sans chercher leur gain personne. Ils ont compris qu’une blessure faite à une personne est une blessure faite à l’humanité, et ont agi ensemble pour défendre la justice et le sens commun de la décence humaine ».

10 mai 1994, l’investiture : « Une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde »

Le 27 avril 1994, Nelson Mandela est élu à la tête de l’Afrique du Sud, avec 62,2 % des voix. Nelson Mandela prête serment, devenant le premier président noir de l’Afrique du Sud, après quatre longues et difficiles années de négociations avec la minorité blanche.

« Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l’espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l’engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur cœur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine – une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde. Le soleil ne se couchera jamais sur une réussite humaine si glorieuse ».

Avec Belga

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