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Au Nicaragua, le couple sanguinaire qui se cramponne au pouvoir

Début juillet, l’inséparable couple au pouvoir du Nicaragua prend la parole alors que la colère gronde depuis trois mois dans le pays. | © AFP PHOTO / I. OCON

Politique

Le couple présidentiel Ortega-Murillo à la tête du Nicaragua réprime dans le sang les manifestations contre le pouvoir, qui durent depuis le 19 avril, et s’accroche désespérément à son trône. Près de 300 personnes ont déjà perdu la vie dans le petit État d’Amérique centrale.

Retranchés dans leur résidence de Managua, capitale du Nicaragua, le président Daniel Ortega et sa femme, la vice-présidente Rosario Murillo, n’entendent pas le peuple qui gronde et se révolte dans toutes les rues du pays.

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Comparé au couple machiavélique de la série à succès House of Cards, les Underwood, le duo présidentiel à la tête du “Nica” réprime dans le sang la colère qui monte depuis trois mois dans la rue. Près de 300 personnes ont été tuées et on compte des milliers de blessés, selon le Centre nicaraguayen des droits de l’homme (Cenidh).

© AFP.

Depuis le 19 avril, un mouvement de contestation d’une ampleur inédite exige la fin du régime autoritaire et corrompu mis en place par Ortega, et la tenue d’élections anticipées en 2019 au lieu de celles prévues en 2021. “El commandante”, surnom donné à cet ex-guérillero révolutionnaire, a déclaré encore samedi dernier qu’il ne céderait pas à la pression de la rue et aux pressions internationales.

Une véritable dynastie mise en place

En 2016, l’homme qui a 72 ans cette année était élu pour la quatrième fois à la tête du pays, en tenant bien gentillement à l’écart les partis d’opposition de l’élection.

Poignets recouverts de bracelets multicolores et tenues bariolées, sa femme de 67 ans est une poétesse excentrique qui s’affiche en mère du peuple. Après avoir dirigé d’une main de fer la communication et l’agenda de son mari, elle s’offrait, également en 2016, la vice-présidence.

© AFP PHOTO / MARVIN RECINOS

Sur les dix enfants élevés ensemble, dont certains d’unions précédentes, la plupart occupent des postes importants dans la politique, l’économie et les médias. De quoi réveiller les mauvais souvenirs dans ce pays habitué aux dynasties familiales.

Le moustachu et la « sorcière »

« Dans les années 1980, Ortega faisait partie d’un projet de changement révolutionnaire. À présent, c’est un capitaliste amoureux du pouvoir, qui se consacre à renforcer ses privilèges et sa fortune », déclare à l’AFP l’ancienne guérillera Monica Baltodano.

Une chose toutefois n’a pas changé : l’homme à la moustache fournie s’appuie toujours sur Rosario Murillo, surnommée « la sorcière » par ses détracteurs.

© AFP PHOTO / Inti OCON

Tous deux « sont machiavéliques dans le sens où (pour eux), la fin justifie les moyens », commentait fin 2016 Gioconda Belli, ancienne camarade de lutte devenue écrivaine et opposante au gouvernement, dénonçant une « monarchie » au pouvoir.

Un duo loin du peuple et de la rue

Omniprésente aux côtés de Daniel Ortega, Rosario Murillo décrit cette vague de violence comme « une période d’obscurité » provoquée par des « malins ». Dans ses rares interventions, lui parle de « paix », d’« amour » et de « dieu », renforçant l’image d’un tandem déconnecté du quotidien.

En Nicaragua continúa la violencia: Fuerzas de Daniel Ortega atacaron poblados y mataron a diez personas. . Al menos 10 muertos – dos de ellos menores de edad- fue el resultado de la llamada “Operación Limpieza” del Gobierno de Nicaragua, en violentas acciones armadas contra los civiles que bloqueaban carreteras. . La Asociación Nicaragüense Pro Derechos Humanos (ANPDH) hizo un reporte detallado a la agencia EFE: “Hay dos muertos en Diriá, dos en Masaya y uno en Catarina”, dijo a Efe el secretario ejecutivo de la ANPDH, Álvaro Leiva. . El régimen de Ortega actuó con fuerzas integradas por policías, antimotines, parapoliciales y paramilitares. Estos grupos violentos sacaron por la fuerza de sus casas a Almer Morales y Allan Morales (padre e hijo) y fueron ejecutados, afirmó la organización activista. . En el barrio Camilo Ortega, de la ciudad de Masaya, ese organismo humanitario también reportó otras dos víctimas aún no identificadas . En las crueles acciones se reportan 20 heridos, entre ellos dos de gravedad: una niña en Catarina que recibió un disparo en el abdomen y un niño de 13 años de Masaya. . Lo más inhumano del caso es que la policía y parapolicías tomaron por la fuerza el centro hospitalario departamental Masaya y niegan la atención a las víctimas . En casi tres meses de protestas ya son 351 los muertos. Los videos compartidos en redes sociales sobre las violentas acciones son impactantes.

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À l’aise en français comme en anglais, elle impose ses choix pour orner la capitale de dizaines d’« arbres de vie », géants métalliques illuminés la nuit au coût exorbitant… et jetés à terre ces dernières semaines par les manifestants en colère.

“Ce dictateur et sa folle de femme montrent leur visage le plus cruel. Leurs policiers et leurs troupes de choc tirent sur nous à l’arme lourde alors qu’on n’a que des mortiers pour nous défendre”, déclare un habitant de Managua au journal Le Monde.

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En 1979, 40 000 personnes avaient été assassinées avant le renversement du dictateur Somoza. Les Nicaraguayens, habitués à devoir se soulever contre les tyrans, en ont vu d’autres. Espérons qu’ils arrivent, et vite, à se débarrasser de leur omnipotent président.

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