Paris Match Belgique

Le « playboy populiste » Imran Khan, ancienne gloire du cricket, prend les rênes du Pakistan

Imran Khan est surnommé le "Donald Trump du Pakistan". | © AFP PHOTO / AAMIR QURESHI

Politique

Imran Khan a vu son parti remporter ce jeudi les élections législatives pakistanaises. Il devrait en toute logique devenir Premier ministre après avoir formé une coalition.

Légende du cricket pakistanais, playboy jet-setteur aux multiples conquêtes, et maintenant homme politique d’envergure accusé de populisme – on le compare souvent à Donald Trump. Imran Khan ne laisse pas indifférent et poursuit son destin hors du commun. Il a mené son parti – le mouvement Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) – en tête des élections législatives au Pakistan, selon les résultats partiels annoncés jeudi 26 juillet par la commission électorale. Il sera nommé Premier ministre de son pays une fois qu’il aura réussi à former une coalition.

Lire aussi > Quand l’Inde et le Pakistan soufflent leurs 70 bougies

Un playboy légende du cricket

Si « Immy », comme l’appellent ses partisans, a consacré les deux dernières décennies de sa vie à la politique – il avait déjà échoué à trois reprises aux législatives -, Imran Khan est avant tout une légende dans son pays pour une raison : c’est lui, qui en 1992, mena son pays au seul titre de champion du monde de cricket de son histoire. Le cricket étant au Pakistan ce que le football est au Brésil, l’homme a depuis joui d’une aura à la Pelé ou à la Zidane dans son pays.


Affublé du titre de meilleur joueur de cricket de l’histoire du Pakistan, et issu d’une riche famille pachtoune de Lahore, il avait dans sa jeunesse, déjà, fait rêver l’Angleterre. Lorsqu’il débarque du Pakistan pour finir ses études à Oxford, il est encore un beau gosse d’à peine 20 ans. À Londres, il fait la fête en boîte de nuit. Le play-boy sort beaucoup, se fait des amis riches et haut placés, devient glamour. Plus tard, son mariage en 1995 avec la riche héritière anglaise Jemima Goldsmith, amie de Lady Diana, de 22 ans de moins que lui n’en finira pas de passionner les tabloïds.

La politique comme cerise sur le gâteau

La légende s’écrit. Et Imran Khan n’en reste pas là. Lancé dans le grand bain de la politique en 1996, il met du temps à être pris au sérieux. Son parti, le PTI, c’est-à-dire le « Mouvement pour la justice au Pakistan », a longtemps dû se contenter d’une poignée de sièges. Imran Khan a beau avoir étudié dans les meilleures universités pakistanaises et être diplômé d’Oxford, ses années de playboy à faire la fête, bien entouré, dans les boîtes de nuit de Londres pèsent sur sa crédibilité.

Lire aussi > La censure d’un film sur le viol fait (enfin) souffler un vent de #MeToo au Pakistan

C’est lors de la campagne des élections législatives de 2013 que sa popularité explose : les classes moyennes se retrouvent dans son discours contre la corruption et il affiche son ambition de devenir Premier ministre. Mais ce n’est pas son heure : « Imran Khan’t » (« Imran ne peut pas »), raille une partie de la presse.


Mais depuis quelques années, le profil du « playboy » suscite l’engouement des Pakistanais, lassés de voir les mêmes leaders de partis traditionnels issus de grandes familles monopoliser le pouvoir depuis des décennies. Surtout, même s’il s’en défend, il bénéficie du soutien de la puissante armée pakistanaise. « Il est leur marionnette. Il est là où il est grâce à l’armée et au ISI [le service de renseignement pakistanais, NDLR] », estime même, dans une interview accordée mardi au New York Times, C. Christine Fair, chercheuse à l’université de Georgetown, à Washington, et spécialiste du Pakistan.


Aujourd’hui, il fait rêver ses partisans, grâce à son discours populiste. Il entend nettoyer la classe politique pakistanaise. Mais à quel prix ? L’armée, qui le soutient sans le dire. Des alliances douteuses avec les partis islamistes. Un caractère illisible, un programme qui change au gré de l’actualité. Ceux qui ne rêvent pas d’Imran Khan, ce sont les cercles libéraux, où il a déjà gagné son surnom : le Donald Trump du Pakistan.

CIM Internet