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Qui est Oleg Sentsov, le cinéaste ukrainien qui s’oppose à Poutine ?

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Devenu une icône, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov refuse de demander une grâce à Vladimir Poutine. | © AFP PHOTO / Sergei SUPINSKY

Politique

Le Parlement européen a appelé jeudi à la libération « urgente » du cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov, en lui décernant son prestigieux Prix Sakharov 2018, qui récompense « une contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’Homme dans le monde ».

« Je ne vois pas l’intérêt d’avoir des principes si on n’est pas prêt à souffrir, voire à mourir pour eux. » Emprisonné dans un camp sibérien depuis 2014, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov a stoppé sa grève de la faim le 5 octobre, après 145 jours de jeûne, de peur d’être nourri de force. Selon sa cousine, Natalia Kaplan, sa santé a été « gravement éprouvée » par cette longue période de privations, pendant laquelle sa vie ne dépendait que des compléments et vitamines fournies par l’administration pénitentiaire. Ce jeudi, le prestigieux prix Sakharov lui a été décerné par le Parlement européen, récompensant sa lutte acharnée pour les droits de l’homme.

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Un parcours du combattant

Si Oleg Sentsov se trouve actuellement derrière les barreaux entre la vie et la mort, c’est pour des raisons politiques. Le 18 mars 2014, Vladimir Poutine signe le rattachement de la Crimée à la Russie. Accusé de préparer des actes terroristes, le réalisateur ukrainien, opposé à l’annexion de la péninsule, est arrêté chez lui deux mois plus tard. Commence alors un véritable parcours du combattant pour Oleg Sentsov. Il a été condamné pour « terrorisme » et « trafic d’armes » à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty International et dénoncé par Kiev, l’Union européenne et les États-Unis.

Oleg Sentsov lors de son procès. © AFP PHOTO / SERGEI VENYAVSKY.

Un état critique

Depuis le mois de mai, Oleg Sentsov avait entrepris une grève de la faim pour enfin être entendu par le président russe Vladimir Poutine. Sa réclamation ? La libération pure et simple de tous les Ukrainiens incarcérés illégalement en Russie. Détenu dans des conditions d’isolement extrêmement strictes, le réalisateur de 42 ans a bu 3,5 litres d’eau par jour et accepté deux à trois cuillères quotidiennes de substituts alimentaires. Son état est toujours jugé très critique. « Il a un pouls très faible de 40 battements par minute. Il se plaint du cœur qui lui fait mal, de faiblesse générale et essaye de ne pas se lever souvent pour ménager ses forces », s’inquiétait sa cousine.

« Je considère être au centre d’une machination politique car mon procès est basé sur le témoignage de deux suspects obtenu par la torture », a dénoncé l’intéressé lors de son procès qui a fait l’objet d’un documentaire intitulé The Trial.

Passionné et engagé

Détenu depuis août 2015 dans une colonie pénitentiaire du nord de la Sibérie, Oleg Sentsov est connu pour avoir réalisé Gamer, un film à petit budget récompensé en 2012 au festival du film de Rotterdam. Dans ce premier long-métrage, le réalisateur dépeint le portrait d’un adolescent ukrainien passionné par les jeux vidéo. Le film présente des éléments autobiographiques puisqu’Oleg Sentsov était également passionné d’e-sport. Rhino, le film qu’il devait par la suite réaliser, n’a jamais vu le jour à cause de son activisme et notamment son engagement auprès du mouvement Euromaïdan.

Une violation du droit international

Dans le monde entier, nombreux sont ceux à avoir affiché publiquement leur soutien au militant. Ainsi, plus de 150 réalisateurs internationaux avaient signé une pétition à l’appel de la Société des réalisateurs de films (SRF) pour demander sa libération. Jacques Audiard, George Clooney ou encore Stephen King ont tous exigé la révision du cas d’Oleg Sentsov, face au silence retentissant de Vladimir Poutine. « Oleg Sentsov est détenu en Russie depuis plus de quatre ans. Sa condamnation à vingt ans de réclusion par un tribunal militaire russe, au terme d’un procès qui n’a manifestement pas respecté les droits de la défense, est une violation du droit international et des normes fondamentales de la justice », avaient-ils notamment déclaré dans un lettre ouverte publiée par le quotidien Le Monde.


Poutine intransigeant

« Il est prêt à mourir », avait encore déclaré son avocat au média Meduza. Et le cinéaste refuse de demander une grâce à Vladimir Poutine. S’il était question pendant un moment de l’échanger contre le journaliste ukraino-russe Kyrylo Vychynski, inculpé de « haute trahison », Vladimir Poutine en a finalement décidé autrement estimant que « notre journaliste a été arrêté pour son activité professionnelle (…) Monsieur Sentsov, lui, a été arrêté en Crimée non pas pour ses activités de journaliste, mais pour préparation d’un attentat ».

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