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Du Watergate au chaos de la Maison Blanche sous Trump, le journaliste qui flinguait les présidents

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Bob Woodward en avril 2011 à Paris. | © PHOTOPQR / OUEST FRANCE / Daniel FOURAY

Politique

Dans son livre à paraître, Fear, la légende du journalisme Bob Woodward dresse le portrait d’un président américain inculte, colérique et paranoïaque.

Journaliste à l’origine des révélations connues sous le nom de Watergate avec son collègue Carl Bernstein, qui aboutirent à la démission de Richard Nixon de la présidence des États-Unis en 1974, Bob Woodward est devenu la terreur des présidents outre-Atlantique. Il s’attaque, dans un nouveau livre, à une autre figure effrayante, Donald Trump.

Une idée du journalisme à l’américaine

Le célèbre journaliste du Washington Post a pris la bonne habitude de consacrer un livre à pratiquement chaque président des États-Unis : Mensonges d’État – Comment Bush a perdu la guerre, Les Guerres d’Obama ou encore Les Hommes du président, qui aura inspiré le mythique film éponyme dans lequel il est incarné par Robert Redford (rien que ça), font partie de sa longue bibliographie.

Le plus gros coup de Woodward restera sans aucun doute le scandale du Watergate, qui aura vu le président Nixon démissioner de son poste de « commander in chief » en 1974 après deux ans de tourbillon politico-médiatique, déclenché par un cambriolage dans l’immeuble du parti démocrate (immeuble qui s’appelait le Watergate). Les hommes arrêtés lors du cambriolage étaient en possession de matériel d’écoute et il apparaîtra bientôt qu’ils étaient liés à la Maison Blanche.

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Bien que Nixon ait dans un premier temps été réélu en novembre 1972, les révélations sur les liens entre l’administration Nixon et les cambrioleurs ainsi que sur des financements politiques se succèdent les mois suivants dans la presse américaine. Et principalement dans le Washington Post, sous la plume de deux jeunes journalistes inconnus du public, Bob Woodward et Carl Bernstein, qui obtenaient la plupart de leurs informations d’un mystérieux informateur surnommé « Deep Throat«  (« Gorge Profonde »).

Prix Pulitzer en 1973

En janvier 1973, le Sénat américain s’en mêle et tout s’enchaîne. Une commission d’enquête sur les abus commis par les républicains lors de la campagne de 1972 est mise en place. Rapidement, un témoin clef révèle que le Watergate n’était qu’une petite partie d’une vaste opération d’espionnage politique menée par la Maison Blanche. Les révélations se suivent, les démissions aussi, jusqu’à celle du président. Et l’enquête des deux journalistes, qui remportent le prix Pulitzer en 1973, de devenir un modèle de journalisme d’investigation.

Plus de quarante plus tard, Bob Woodward récidive. Fear, son livre à charge contre Donald Trump, n’atteindra sûrement pas le scoop et les révélations du Watergate. Mais reste que certains passages dévoilés en primeur par le Washington Post sont saisissants et accablent un président américain attaqués de toutes parts et déjà mis à mal par deux autres ouvrages récents : Le feu et la fureur de Michael Wolff et Unhinged d’Omarosa Manigault Newman.

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Bob Woodward dresse dans son ouvrage le portrait d’un président inculte, colérique et paranoïaque, que ses collaborateurs s’efforcent de contrôler pour éviter les pires dérapages. « C’est juste un autre mauvais livre », a réagi Donald Trump dans un entretien au Daily Caller, dénonçant des histoires colportées par d’anciens membres de son équipe mécontents ou « tout simplement inventées par l’auteur ».

« Woodward est-il un agent démocrate ? Vous avez noté le calendrier ? », a-t-il tweeté un peu plus tard, évoquant l’approche des élections législatives du 6 novembre, à l’issue desquelles les républicains redoutent de perdre la Chambre des représentants.

Des révélations saisissantes

Selon les éléments rassemblés par Bob Woodward, après l’attaque chimique d’avril 2017 attribuée au régime de Bachar al-Assad en Syrie, Donald Trump aurait appelé le général Mattis, son ministre de la Défense, et lui aurait dit qu’il souhaitait assassiner le président syrien. « Tuons-le bordel ! Allons-y ! On leur rentre dedans et on les bute », aurait-il déclaré. Après avoir raccroché, Jim Mattis se serait tourné vers un conseiller et aurait dit : « Nous n’allons rien faire de tout cela. Nous allons être beaucoup plus mesurés ».

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Le livre, qui doit prochainement être traduit en français, décrit aussi longuement la frustration récurrente du secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, qui est traditionnellement l’homme le plus proche du président au sein de la « West Wing ». Lors d’une réunion en petit comité, il aurait ainsi affirmé, à propos de Donald Trump : « C’est un idiot. C’est inutile d’essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a complètement déraillé. On est chez les fous. Je ne sais même pas ce que nous faisons là ».

L’auteur affirme avoir cherché, sans succès, à interroger Donald Trump pour ce livre. Il précise que le locataire de la Maison Blanche l’a appelé mi-août, alors que le manuscrit était terminé. Le Washington Post a publié l’enregistrement de la conversation entre les deux hommes, au cours de laquelle Donald Trump affirme que personne ne lui a fait passer le message du journaliste et assure qu’il aurait « adoré lui parler ».

« Vous savez que je fais un travail extraordinaire pour le pays […]. Vous comprenez tout ça ? Enfin j’espère », lance-t-il au milieu de cet étonnant dialogue où il donne, par moments, l’impression d’être résigné.

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