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Les dessous de la tribune anonyme anti-Trump

"J'ai senti que c'était un texte très fort, écrit par quelqu'un qui avait quelque chose d'important à dire" | © Reporters / Photoshot

Politique

Le haut collaborateur du président est passé par un intermédiaire pour entrer en contact avec le rédacteur en chef de la rubrique Opinion du New York Times.

La colère de Donald Trump ne s’est pas calmée depuis la parution, ce mercredi 5 septembre d’une (nouvelle) tribune  l’accusant d’être incapable de mener à bien ses fonctions. Et ce qui rend fureur du président milliardaire tenace est que cette fois, le texte a été signé par un de ses hauts fonctionnaires, sous couvert d’anonymat. L’auteur y affirme être entré (avec d’autres hauts gradés) en résistance contre un président « amoral » dont le comportement « menace la santé de notre république ». Une résistance qui continuera selon ses dire jusqu’à ce que, d’une façon ou d’une autre, Donald Trump quitte la Maison Blanche. Depuis, deux questions sont sur toutes les lèvres: Qui est l’auteur ? Comment le New York Times s’est-il procuré ce témoignage ? La première question reste ouverte. Mais Jim Dao, rédacteur en chef de la rubrique Opinion du New York Times a répondu (en partie) à la deuxième question dans un une interview à CNN.

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L’auteur est passé par un intermédiaire

Lorsqu’il explique les raisons qui l’ont poussé à publier la tribune anonyme, il explique: « J’ai senti que c’était un texte très fort, écrit par quelqu’un qui avait quelque chose d’important à dire et qui parlait de ses propres perceptions, de son éthique personnelle et conscience.  C’était notre plus gros point d’attention ». Mais comment le texte lui est-il parvenu ? À travers un intermédiaire, une personne qu’il « connaît bien », dit-il, même si il refuse de décliner son identité. Cet intermédiaire lui a donc soumis un point de vue inédit provenant du cœur de la Maison Blanche, qu’il accepte alors: «Cela m’intéresse toujours de jeter un œil sur des choses nouvelles ». Et en ce qui concerne le timing de la parution, sortie au lendemain de la sortie du livre Fear de Bob Woodward ? « C’est une coïncidence ! » , affirme-t-il.

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« C’était le seul moyen de faire parvenir cette perspective à nos lecteurs »

C’est l’auteur de la tribune qui a demandé au New York Times de garantir son anonymat. Une démarche rare pour le média américain, mais pas exceptionnelle.  Après avoir débattu en interne du bien fondé de cette requête, la direction a décidé d’y répondre positivement. En effet, dévoiler l’identité de l’auteur aurait fait peser une sérieuse menace sur l’emploi de ce dernier. « Nous pensons que publier cet essai de façon anonyme représentait le seul moyen de faire parvenir cette perspective intéressante à nos lecteurs ». Le nommer « haut collaborateur  » a aussi été discuté en interne.

Le nom du collaborateur est ceci dit connu par un très petit nombre de personnes de la rédaction, y compris Jim Dao. Mais à nouveau, il refuse de décliner leurs identités. Le rédacteur en chef souligne aussi à CNN -mais de nouveau, sans donner de détails- que sa rubrique « fait toujours l’effort de vérifier tous les faits pour toutes les dépêches ». Ensuite, Jim Dao a affirmé ne pas avoir retouché le style de l’auteur dans le but de masquer son identité : « Ce serait l’antithèse de ce que nous faisons : laisser les gens s’exprimer » .

Le rédacteur a-t-il vécu un remake de Watergate, avec un rendez-vous anonyme dans un parking? Non. Alors, Rendez-vous face à face ? Messages cryptés ?  Dans l’interview, il n’en dit pas plus. Pour protéger l’identité de l’auteur, Jim Dao refusera également de dévoiler le genre de l’auteur, ou son grade au sein de la Maison Blanche.

Climat de suspicion

Pour le moment, la Maison Blanche recherche activement le « lâche » qui se cache derrière la tribune. Fait notable, même Melania Trump s’est rangée aux côtés de son mari pour vilipender l’auteur du texte calomnieux, en l’accusant de « saboter » le pays.

Et bien sûr, lorsqu’il s’agit de spéculation, la toile n’est pas en reste. Les internautes ont été jusqu’à soupçonner le vice-président Mike Pence d’être l’auteur de la tribune. Rumeur que ce dernier a vivement niée. Pence avait été en outre particulièrement véhément dans ses critiques vis à vis du collaborateur anonyme.

« L’éditorial anonyme publié dans le New York Times est est honteux. Son auteur devrait démissionner » .

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