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Cour suprême : Une femme accuse publiquement le candidat de Trump d’agression sexuelle

Brett Kavanaugh

Le juge Brett Kavanaugh le 5 septembre 2018. | © AFP PHOTO / SAUL LOEB

Politique

Une femme ayant accusé anonymement le candidat de Donald Trump à la Cour suprême de l’avoir agressée sexuellement dans les années 1980 a donné dimanche un témoignage fort au Washington Post, poussant les démocrates à exiger le report du vote de confirmation au Sénat du magistrat.

Le candidat conservateur de Donald Trump à la Cour suprême était dimanche sous le coup du témoignage public d’une femme l’accusant d’agression sexuelle dans les années 1980, lorsqu’il était lycéen. Un retournement qui promet de perturber sa confirmation par le Sénat américain. Magistrat conservateur, ancien conseiller du président George W. Bush, le juge Brett Kavanaugh, 53 ans, conteste catégoriquement ces accusations. Les démocrates ont immédiatement réagi, exigeant le report du vote au Sénat sur sa confirmation.

L’enjeu est grand. Brett Kavanaugh pourrait, s’il est confirmé à ce poste à vie, faire basculer pendant au moins une génération l’équilibre de la Cour suprême. Elle est chargée aux Etats-Unis de trancher sur des questions divisant profondément la société, comme l’avortement ou les armes.  Les républicains disposent d’une très courte majorité (51-49) au Sénat, qui a le dernier mot sur les candidats désignés par le président américain. Déjà sous la loupe, la réaction de deux sénatrices républicaines défendant le droit à l’avortement va donc être scrutée de près dans les prochains jours.

À deux mois d’élections parlementaires qui pourraient voir les démocrates prendre la majorité au Congrès américain, la Maison Blanche et les républicains n’ont pas de temps à perdre. Mais le témoignage de Christine Blasey Ford, publié dimanche par le Washington Post, pourrait enrailler un processus qui s’annonçait rapide.

La victime présumée a parlé des faits pour la première fois en 2012

Professeure universitaire de psychologie âgée de 51 ans, elle affirme qu’au début des années 1980, lorsque Brett Kavanaugh était scolarisé dans la proche banlieue de Washington, ce dernier et un ami « complètement ivres » l’auraient coincée dans une chambre lors d’une soirée. Brett Kavanaugh l’aurait maintenue de force sur un lit, avant de se livrer à des attouchements par dessus ses vêtements, qu’il aurait tenté sans succès de lui retirer. Quand elle aurait tenté de crier, il lui aurait couvert la bouche avec la main. « J’ai pensé qu’il risquait de me tuer sans le vouloir », a-t-elle confié au journal. Elle avait finalement pu se dégager de son étreinte et quitter la pièce.

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Brett Kavanaugh, le 6 septembre. © AFP PHOTO / SAUL LOEB

Christine Blasey Ford dit n’avoir parlé à personne des ces faits, qui l’ont pendant longtemps affectée, jusqu’à une séance de thérapie de couple avec son époux en 2012. Elle a fourni au journal des notes prises par son psychothérapeute à l’époque, quand elle évoquait « une tentative de viol » pendant son adolescence.  Ces informations étaient parvenues dès cet été dans une lettre confidentielle à une influente sénatrice démocrate, Dianne Feinstein, qui n’en avait pas touché mot aux autres sénateurs. Cette dernière avait finalement révélé jeudi avoir donné sa lettre à des inspecteurs.

Christine Blasey Ford explique au Washington Post que face aux rumeurs folles qui couraient depuis sur son identité, elle a décidé de sortir de l’ombre. « J’estime désormais que mon devoir civique pèse plus lourd que mon angoisse et ma terreur face à des représailles », explique cette professeure de l’université de Palo Alto.  Electrice démocrate, elle a fait des petits dons à des organisations politiques, précise le Washington Post.

Le démenti « catégorique et sans équivoque » de Brett Kavanaugh

Un vote en commission sénatoriale est prévu jeudi sur la confirmation de Brett Kavanaugh, avant le vote final en séance plénière qui pourrait intervenir dès fin septembre. Maintenant que l’accusatrice a parlé publiquement « il revient au FBI de mener une enquête. Cela devrait se produire avant que le Sénat n’avance sur cette nomination », a déclaré dimanche Dianne Feinstein, dans un communiqué. « Insister pour voter maintenant serait une insulte pour les femmes américaines et l’intégrité de la Cour suprême », a tonné le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer.

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Le sénateur républicain Lindsey Graham s’est dit prêt à entendre Christine Blasey Ford en commission. © AFP PHOTO / Brendan SMIALOWSKI

Dénonçant depuis jeudi une « opération de la dernière chance », la Maison Blanche a renvoyé le Washington Post vers le démenti « catégorique et sans équivoque » de Brett Kavanaugh publié en fin de semaine. « Je n’ai pas fait cela, que ce soit au lycée ou à n’importe quel autre moment », écrivait le juge, catholique pratiquant, marié et père de deux filles. Plus de 60 femmes disant le connaître à l’époque l’ont défendu dans une lettre. « Au cours de ses 25 ans dans la fonction publique le FBI a consciencieusement et régulièrement étudié le parcours de Brett Kavanaugh », avait insisté jeudi la Maison Blanche. Un argument repris par les républicains au Sénat.

Après la publication de l’interview, le sénateur républicain Lindsey Graham s’est toutefois dit prêt à entendre Christine Blasey Ford en commission si elle le désire. Avant d’ajouter que cela devrait « être fait immédiatement, afin que le processus puisse se poursuivre comme prévu ».

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