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Une semaine marquée par les hommages à Semira Adamu, morte lors de son expulsion il y a 20 ans

Semira Adamu

Manifestation contre la politique migratoire du gouvernement, carrefour de l'Europe, Bruxelles (2017) | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Politique

Alors que la politique migratoire du gouvernement est sous le feu des critiques, les associations ont rendu hommage à Semira Adamu, demandeuse d’asile de 20 ans tuée lors de son expulsion forcée le 22 septembre 1988.

 

La mort de Semira Adamu reste très présente dans les esprits. Le 22 septembre 1988, la jeune Nigériane de 20 ans meurt étouffée par un coussin lors d’un rapatriement forcé. Elle avait fui le Nigéria pour échapper à un mariage forcé et introduit une demande d’asile en Belgique. Cette dernière avait été rejetée et la jeune femme avait été incarcérée au centre fermé 127 bis à Steenokkerzeel. Elle avait fait l’objet de plusieurs tentatives d’explusions, et la dernière lui fut fatale. Le 22 septembre, elle est étouffée lors de son rapatriement forcé à l’aide d’un coussin par deux policiers belges. À l’époque, la technique était autorisée par les autorités dans certaines conditions pour calmer les demandeurs d’asile déboutés.

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95 associations, unies, veulent marquer le coup

À l’heure où la politique migratoire « ferme mais sévère » du gouvernement belge est sous le feu des critiques après – entre autres – l’enfermement de plusieurs familles en centre fermé, plus de 95 organisation se sont unies au sein de la Coordination Semira Adamu 2018 pour rendre hommage à la jeune femme. Leur slogan : « ils ont tué une femme, pas son combat ». L’organisation a voulu marquer le coup, et  dénoncer les politiques de détention de d’expulsion menées en Belgique, ainsi que son alignement a une politique européenne qui a fait, « en vingt ans, des dizaines de milliers de victimes à ses portes et sur son territoire », dénonce le collectif. Les différents rassemblements organisés tout au long de la semaine ont aussi été l’occasion pour la Coordination Semira Adamu d’afficher ses revendications, à savoir l’arrêt des expulsions, la fermeture des centres fermés, la régularisation de tous les sans-papiers, la condamnation des violences patriarcales, racistes, policières et d’État ainsi que la liberté de circulation des personnes.

Hommages en cascade, toute la semaine

Dans la nuit de lundi 17 à mardi 18 septembre, le collectif #SemiraOnOubliePas! a disposé, à Bruxelles, de nombreuses plaques de rue factices à la mémoire de Semira Adamu. On peut lire sur les affiches : « Place Semira Adamu, résistante assassinée lors d’une expulsion. Plus jamais ça ! ». « On a investi les rues de Bruxelles avec les plaques Semira Adamu, pour perpétuer son combat et continuer de marquer la résistance aux centres fermés », a indiqué un membre du collectif dans un communiqué.  Il considère que  « Le gouvernement Michel s’appuie sur un secrétaire d’État n’hésitant pas à tenir des discours racistes, à criminaliser les migrants et leurs soutiens afin d’en faire des boucs émissaires, pour ainsi échapper aux débats de fond sur son (in)action ».

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Semira Adamu
Le Mont des Arts devient « Place Semira Adamu » © BELGA PHOTO / AXEL CLEENEWERCK DE CRAYENCOUR

Samedi 22 septembre – jour exact du triste anniversaire – quelque 300 personnes se sous rassemblées au parc Maximilien, symbole à Bruxelles des luttes et actions en solidarité avec les migrants. L’action se voulait un hommage à la fois commémoratif et revendicatif. Les participants ont aussi eu des pensées pour la petite Mawda Shawri et toutes les victimes de la politique migratoire. Différents acteurs de la société civile ont pris la parole à cette occasion, et des artistes ont adressé un message aux gouvernements belges et européens. La soirée s’est achevée par une veillée aux flambeaux.

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Un rassemblement est également prévu ce dimanche 23 septembre, jusque 16 heures devant le centre fermé 127bis à Steenokkerzeel, où Semira Adamu a été enfermée durant six mois. Une autre occasion pour le collectif d’exprimer ses revendications : « Les violences psychologiques et physiques sont banalisées et pratiquées sournoisement tout le long du parcours d’enfermement et d’expulsion envers ces personnes qui ne sont pas en mesure de les dénoncer. De plus, l’Etat belge a fait le choix d’un retour en arrière inacceptable en autorisant de nouveau l’enfermement de familles avec enfants construisant pour ce faire des lieux clos à deux pas des pistes d’envol », ajoute la Coordination Semira Adamu 2018.

Au total, une vingtaine d’événements (séminaires, expositions, concerts, projections de films, interventions artistiques et activistes etc.) auront lieu du 14 septembre au 13 octobre dans divers lieux à Bruxelles.

Avec Belga 

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