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La Belgique face à la menace d’une cyber-ingérence russe dans ses élections

Pour le Lieutenant général Claude Van de Voorde, le risque ne peut être exclu mais la Sûreté est sur le pied de guerre | © Défense nationale

Politique

À la veille du scrutin communal et dans la perspective des futures élections régionales, législatives et européennes de 2019, la menace d’une possible cyber-ingérence russe est prise très au sérieux.

Paris Match a rencontré en exclusivité le Lieutenant général Claude Van de Voorde, chef du service de renseignement de l’armée belge, le SGRS. Il évoque ce que pourrait être les interférences dans la campagne électorale et explique pourquoi la cyber-défense sera l’un des nouveaux champs de bataille du 21e siècle.

Paris Match Belgique. La cyber-défense, est-ce l’un des nouveaux champs de bataille du 21e siècle ?

Claude Van de Voorde. Absolument, oui. Je reste modeste, mais je crois pouvoir dire que nous sommes à la pointe dans certaines niches d’expertise dans ce domaine. Et nous voulons encore progresser, de sorte que nous effectuons un recrutement important et continu, de l’ordre de plusieurs dizaines d’experts par an, dont une grande partie sont des civils engagés sur profil. Nous montons donc en puissance, tout en étant conscient de nos limites. De ce fait, nous recherchons des partenaires dans le monde civil, de façon à externaliser certaines tâches pour lesquelles des contrats sont déjà prévus. L’objectif de cette montée en puissance, c’est d’abord d’être en mesure de défendre nos propres systèmes militaires face à des cyber-attaques, puis d’étendre cette capacité à l’ensemble du pays quand c’est nécessaire, et enfin, à plus long terme, être capable d’attaquer à notre tour des systèmes ennemis par-delà nos frontières. Quoiqu’il en soit, nous sommes déjà opérationnels, en témoignent d’ailleurs les demandes d’assistance reçues de la part de la police fédérale, du CERT national (Cyber Emergency Team, Ndlr), ou d’autres services.

Lorsqu’on parle de cyber-activité inamicale, on songe d’emblée à la Russie. À quoi peut-on s’attendre en Belgique ?

À tout. Ca peut prendre n’importe quelle forme. Les Russes sont loin d’être des idiots et nous vivons dans un monde globalisé. On ne doit donc pas s’attendre à voir leurs attaques éventuelles signées d’un « .ru ». Ils empruntent des chemins détournés et nous ne pouvons pas tout suivre. D’où la nécessité de collaborer avec nos alliés au niveau international. C’est par exemple à la suite d’échanges avec mon homologue allemand que j’ai pu attirer l’attention du ministre de la Défense sur le fait que les scrutins électoraux que nous allons connaître peuvent constituer une cible pour les Russes. Pour y faire face, nous avons mis en place – ensemble avec la Sûreté -, de quoi être prêts le cas échéant.

© Ronald Dersin

Les élections communales du 14 octobre peuvent-elles déjà être la cible d’interférences russes ?

Le risque ne peut être exclu, mais de toute manière, nous serons attentifs à ce qui pourrait se passer. Pour nous et la Sûreté, ce sera surtout un premier test en prévision des prochaines échéances électorales (élections régionales, législatives et européennes de mai 2019, Ndlr) où le risque d’ingérence ne sera pas à négliger.

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Cyber-attaques, hacking, désinformation, tout cela fait donc partie de l’arsenal de déstabilisation de la Russie ?

Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins et le monde cyber en offre beaucoup. Il faut se rendre compte que la guerre classique avec confrontation de chars, ce n’est pas nécessairement du passé, mais à côté se développe un autre type de conflit, non directement perceptible. D’où vient la menace ? Autrefois, on l’identifiait à l’Est et on se rassurait en se disant qu’entre eux et nous, des pays voisins et partenaires feraient obstacles. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : on peut lancer une cyber-attaque de n’importe où pour atteindre la Belgique, le port d’Anvers ou nos centrales électriques. Au plus haut niveau, nos leaders doivent intégrer que notre défense ne peut plus occuper un seul front, mais doit se tourner vers une approche à 360 degrés.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le dernier numéro de Paris Match Belgique, disponible en librairie dès ce jeudi.

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